Milan, Italie: 200 000 personnes manifestent contre le racisme

Par Marianne Arens
12 mars 2019

Quelque 200.000 personnes ont manifesté samedi dernier à Milan, en Italie, contre les politiques du gouvernement de coalition de droite de la Lega et du Mouvement des cinq étoiles (M5S) qui ferment les ports aux navires immigrants, laissent les gens se noyer dans la Méditerranée et, avec de nouvelles lois, poussent des dizaines de milliers d’immigrants dans l’illégalité.

Les organisateurs de la manifestation estiment que près d’un quart de million de participants se sont rassemblés devant la cathédrale de Milan. Les revendications et slogans sur des pancartes et des banderoles colorées et peintes à la main déclaraient: «Nous avons tous le même sang», «Le monde appartient à tous», «Stop au racisme», et «Protégez les gens, pas les frontières.» Les migrants qui doivent travailler comme moissonneurs en Calabre portaient des affiches avec l’inscription: «Arrêtez l’exploitation».

Protest in Milan, Italy

De nombreux participants sont venus en costumes carnavalesques, certains en masques de Matteo Salvini et Luigi Di Maio (leader M5S). Il y avait aussi plusieurs chars représentant des migrants mourant en Méditerranée. La devise de la manifestation, «D’abord les gens», était dirigée contre le cri de guerre du ministre de l’Intérieur et patron de la Lega Matteo Salvini, Prima gli Italiani (les Italiens d’abord). La manifestation était organisée par une association de six organisations sociales et ONG et soutenue par le maire de Milan, Giuseppe Sala.

Sala fait partie d’un réseau de maires qui rejettent le décret raciste de Salvini parce qu’ils le considèrent inapplicable dans leurs municipalités (Palerme, Naples, Florence, Milan et autres grandes villes). Dans ces villes italiennes, l’opposition au gouvernement se renforce et environ 1200 initiatives, ONG, groupes de quartier, etc. ont fait connaître la manifestation de Milan sur Internet.

Les organisateurs ont évité de prononcer des discours lors de la manifestation, invitant par contre des chanteurs, des musiciens et des DJs à se produire. A la fin du rassemblement, ils ont joué «People Have the Power» (les gens ont le pouvoir) de Patti Smith.

Néanmoins, plusieurs hommes politiques éminents du prétendu «camp de centre-gauche» sont apparus en marge du rassemblement pour accorder des entretiens aux médias dans lesquels ils ont essayé de se présenter comme les porte-parole d’une «nouvelle gauche».

«C’est là que commence la reconstruction de la gauche», a déclaré le maire Giovanni Sala, lui-même membre «indépendant» du camp politique de l’ancien dirigeant du Parti démocratique (PD) Matteo Renzi.

Étaient également présents au rassemblement Maurizio Landini, président du plus grand syndicat italien, la CGIL, Enrico Rossi, gouverneur de la Toscane, et Maurizio Martina et Nicola Zingaretti, anciens et nouveaux présidents du PD.

Zingaretti, qui est également président de la région du Latium, a été élu nouveau chef du PD après avoir remporté 70% des plus de 1,5 million de voix, et plusieurs journalistes l’ont déjà célébré comme «le visage de l’autre Italie», qui, affirment-ils, mènera la résistance d’en bas contre le gouvernement de droite.

March in Milan, Italy

En réalité, Zingaretti n’est rien de cela. Agé de 54 ans, cet homme politique professionnel depuis l’âge de 20 ans représente l’aile PD issue du Partito Comunista Italiano (PCI) stalinien. A l’âge de 17 ans, il a rejoint leur organisation de jeunesse, dont il est devenu le président, et depuis, il a participé à toutes les transformations et fusions du PCI-après la chute de l’Union soviétique: fin 1991, c’était le Parti de la gauche démocratique (PDS), en 1998 les Démocrates de gauche (DS) et en 2007, en fusionnant avec une fraction démocrate chrétienne, le Parti démocratique (PD).

Jusqu’à l’année dernière, le PD occupait la position de leader au gouvernement sous la direction de Matteo Renzi, alors à la tête du parti. C’est le ministre de l’Intérieur de Renzi, Marco Minniti (PD), qui a lancé le cours raciste actuel en Italie. Sous Renzi et Minniti, la Méditerranée a été complètement bouclée et un accord a été conclu avec les garde-côtes libyens pour renvoyer les migrants contre leur gré en Libye, où ils sont soumis à des conditions inhumaines, battus, violés et affamés. C’est aussi le gouvernement Renzi qui a commencé à faire pression sur les ONG de sauvetage en mer pour finalement rendre illégales les missions de sauvetage.

À la suite de ses attaques sociales contre la population ouvrière, le gouvernement Renzi a finalement été tellement discrédité que l’extrême droite Lega, soutenue par le Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, a pu prendre le pouvoir en juin dernier.

Remarquablement, Zingaretti doit une partie de sa popularité en tant que meneur de l’opposition au fait que son frère aîné, qui lui ressemble, est la vedette populaire Luca Zingaretti dans la série télévisée «Commissario Montalbano». Cela donne à penser que le prestige actuel du nouveau président de la DP est fondé sur un malentendu et qu’il a peu de profondeur.

En fait, l’Italie est un pays profondément divisé, et le PD en est tout aussi responsable que les partis de droite qui dirigent actuellement le gouvernement.

Cinq millions d’Italiens vivent dans la pauvreté totale, trois fois plus qu’il y a 11 ans, avant la récession qui a commencé en 2008. Dans le même temps, les chiffres de Forbes publiés mardi ont révélé la fortune gigantesque des cinq Italiens les plus riches: Le roi du Nutella Giovanni Ferrero (22,4 milliards de dollars), le fondateur de Luxottica Leonardo Del Vecchio (19,8 milliards de dollars), l’entrepreneur pharmaceutique Stefano Pessina (12,4 milliards de dollars), le créateur de mode Giorgio Armani (8,5 milliards de dollars) et l’ancien chef du gouvernement et entrepreneur des média, Silvio Berlusconi (6,3 milliards de dollars).

«Nous avons aboli la pauvreté», s’est vanté mercredi dernier le ministre des affaires sociales et vice-premier ministre Luigi Di Maio, qui est également à la tête du Mouvement cinq étoiles. La raison en était l’introduction du Reddito di Cittadinanza (revenu des citoyens). À partir du 6 mars, les Italiens pourront demander les 780 euros promis par mois.

Cependant, cette démarche conduira rapidement à la désillusion des plus démunis. Les gens découvriront bientôt que le revenu du citoyen n’est rien de plus qu’une mauvaise version du détesté système allemand Hartz IV. Seuls les Italiens qui se déclarent immédiatement disponibles pour travailler et qui satisfont à l’examen impossiblement strict de leurs revenus et de leurs biens auront droit à ce salaire, et les non-Italiens en sont exclus.

Les bénéficiaires du revenu citoyen doivent accepter une offre d’emplois sur trois, même si l’offre les oblige à parcourir 50 kilomètres pour se rendre au travail. Les revenus du citoyen sont enregistrés sur une carte chèque spéciale, qui ne peut être utilisée que pour des retraits d’espèces d’un montant maximum de €100 à la fois et est limitée à un maximum de 18 mois. De plus, seuls ceux qui sont prêts à faire au moins huit heures de service communautaire par semaine reçoivent de l’argent. En cas d’«abus» de l’allocation, ils sont passibles d’une peine sévère pouvant aller jusqu’à six ans d’emprisonnement.

La manifestation la plus récente à Milan, comme celle du 9 février à Rome, où travailleurs, retraités et lycéens ont manifesté à grande échelle, montre qu’en Italie, comme dans le reste du monde, la résistance augmente et la lutte des classes se réveille.
Cependant, elle ne peut se développer de manière progressiste que si elle rompt avec le camp bourgeois du PD et son environnement pseudo-gauche et prône une perspective internationale et socialiste. Cela nécessite la création d’une section italienne du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru en anglais le 11 mars 2018)