Guaidó retourne au Venezuela pour la prochaine étape de la tentative américaine de renverser le régime

Par Bill Van Auken
6 mars 2019

Le «président par intérim» autoproclamé, Juan Guaidó, est rentré au Venezuela après 11 jours d’absence lundi 4 mars. Une phalange de diplomates occidentaux l’a accompagné lors de son arrivée au pays, dont les ambassadeurs des États-Unis, d’Allemagne, de France, du Canada, du Brésil et de plusieurs autres pays.

Avant son retour, Washington a proféré des menaces de représailles contre toute tentative des autorités vénézuéliennes d’appréhender Guaidó. Ce dernier a violé une ordonnance de la Cour suprême vénézuélienne. L’ordonnance lui interdit de quitter le pays après que les procureurs ont annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle. L’enquête doit porter sur la participation de Guaidó à un coup d’État orchestré aux États-Unis.

Le conseiller américain pour la sécurité nationale, John Bolton, a averti que toute interférence avec la marionnette vénézuélienne de Washington provoquerait «une réaction forte et significative» des États-Unis.

De même, le vice-président américain Mike Pence a tweeté que toute mesure prise à l’encontre de Guaidó «ne serait pas tolérée et serait rapidement suivie d’une réponse».

Guaidó a quitté l’aéroport Simon Bolivar pour aller directement à un rassemblement dans l’est de Caracas, le quartier riche de la capitale du Venezuela, où il a dit à une foule de partisans que le fait qu’on ne l’ait pas arrêté à son arrivée était la preuve que les forces de sécurité vénézuéliennes n’obéissaient pas aux ordres du gouvernement du Président Nicolas Maduro. «On a brisé la chaîne de commandement», a-t-il dit.

Il a adressé une grande partie de son discours aux militaires. Il leur a demandé de ne pas «rester les bras croisés». Il leur a ordonné d’arrêter les partisans armés du gouvernement Maduro organisé dans les «colectivos» ancrés dans les quartiers pauvres de Caracas et autres villes du Venezuela.

Guaidó a quitté le Venezuela le 22 février pour diriger l’opération cheval de Troie d’«aide humanitaire» organisée par Washington. Le lendemain, lui et ses bailleurs de fonds américains avaient tous les deux encouragé une tentative de passage en force à travers la frontière vénézuélienne depuis la Colombie avec une poignée de camions. Les camions transportent de la nourriture et d’autres ravitaillements venant des stocks de l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Cette provocation était mise en avant comme un événement qui allait faire tomber le gouvernement Maduro, ainsi obligeant les militaires à se retourner contre lui.

Rien de tel ne s’est produit. Les convois «d’aide» ont été facilement bloqués, tandis que les affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants ont fait plusieurs morts, concentrés parmi une population indigène à la frontière du Venezuela avec le Brésil.

Le «raz-de-marée» d’aide et les millions de sympathisants que Guaidó avait promis ne se sont pas matérialisés. Toute l’opération était un coup de propagande sale et cynique organisé par un gouvernement américain qui a offert une bouchée de pain en matière d’approvisionnement alimentaire, alors même qu’il étrangle systématiquement l’économie du Venezuela et appauvrit sa population en imposant des sanctions sévères interdisant au pays le système financier à dominante américaine et bloquant ses exportations de pétrole.

Dans son discours prononcé lundi dans l’est de Caracas, Guaidó a promis que d’autres sanctions seraient imposées, mais il n’a fourni aucun détail quant à leur portée.

Au cours de ses 11 jours à l’extérieur du Venezuela, Guaidó a rencontré en Colombie Pence et le Groupe dit de Lima, composé de plusieurs gouvernements latino-américains et du Canada. Il s’est ensuite rendu au Brésil pour rencontrer le nouveau président, l’ancien capitaine de l’armée, le fasciste Jair Bolsonaro. Ensuite il est allé en Argentine où il a rencontré le gouvernement de droite de Mauricio Macri. Il a continué au Paraguay pour des pourparlers avec Mario Abdo Benítez, un ancien officier militaire qui a fait l’éloge de la dictature d’Alfredo Stroessner, dont son père fut le secrétaire privé. Il s’est également rendu en Équateur pour une rencontre avec le président Lenin Moreno, qui tente de gagner les faveurs de Washington.

Tout au long de cette tournée, Kimberly Breier, la secrétaire adjointe aux affaires de l’hémisphère occidental du Département d’État et la «manipulatrice» américaine de Guaidó l’a accompagné. Le site web du Département la décrit comme une «experte politique et professionnelle du renseignement possédant plus de 20 ans d’expérience».

Guaidó, membre du parti de droite, «Voluntad Popular» (Volonté populaire), qui a reçu une aide financière substantielle du «National Endowment for Democracy» (une vitrine pour le CIA), et d’autres agences américaines, est une créature du renseignement américain, préparée à une opération de changement de régime et inconnue de la population vénézuélienne avant de se déclarer «président intérimaire» le 23 janvier.

Les appels lancés par Guaidó à l’armée vénézuélienne, offrant une amnistie générale à tous ceux qui soutiennent son coup d’État et les garanties de leurs intérêts, tout en menaçant de poursuivre ceux qui ne le font pas, n’ont donné jusqu’ici que peu de résultats. Le gouvernement colombien et l’opposition de droite vénézuélienne affirment que quelque 700 membres des forces de sécurité – sur une force de 235.000 personnes – ont fait défection, tandis que le gouvernement Maduro estime ce nombre à 116.

Guaidó, avant et après la débâcle de l’«aide humanitaire» du 23 février, a ouvertement appelé à une intervention militaire américaine pour assurer le renversement du gouvernement Maduro. Il s’est installé comme président en janvier à l’Assemblée nationale vénézuélienne. Là, le mois dernier, il a affirmé que l’Assemblé avait l’autorité pour approuver l’intervention d’une «force internationale» pour «rétablir l’ordre constitutionnel et protéger la vie de nos citoyens». Il a également invoqué la doctrine de la «responsabilité de protéger» utilisée pour justifier les précédentes opérations qui visaient à renverser des régimes, telles que celles menées en ex-Yougoslavie et en Libye.

Le Groupe de Lima a formellement rejeté l’intervention militaire au Venezuela, optant pour une «pression diplomatique et financière» pour renverser le gouvernement Maduro.

Dans un entretien accordé le 1ᵉʳ mars à Patricia Janiot, présentatrice de la chaîne de télévision américaine de langue espagnole Univision, Elliott Abrams – nommé en janvier représentant spécial du gouvernement Trump pour le Venezuela – a nié que Washington se prépare à utiliser la force militaire, soit pour renverser Maduro, soit pour faire passer des stocks d’«aide humanitaire» qu’il a constitués aux frontières du Venezuela.

Abrams, il convient de le noter, est un menteur condamné, qui a donné un faux témoignage au Congrès américain. Il tentait de cacher le complot illégal qui visait à armer et financer les «contras», des terroristes organisés par la CIA, qui sont intervenus au Nicaragua dans les années 1980. Il a été l’homme de confiance de l’Administration Reagan pour justifier et couvrir les atrocités des dictatures soutenues par les États-Unis au Salvador et au Guatemala.

Dans un entretien accordé dimanche à CNN, John Bolton a cependant défendu avec force l’intervention américaine au Venezuela en déclarant: «Dans ce gouvernement, nous n’avons pas peur d’utiliser le terme: la Doctrine Monroe.»

Il se référait au dogme vieux de près de 200 ans de la politique étrangère américaine qui considère que Washington a le droit d’utiliser la force pour empêcher des puissances extérieures de s’établir sur les continents américains, la prétendue arrière-cour des États-Unis.

À l’origine, les États-Unis ont invoqués la Doctrine Monroe comme politique américaine pour s’opposer à toute tentative des empires européens de recoloniser les pays nouvellement indépendants d’Amérique latine. Cependant, les États-Unis l’ont transformée en déclaration une sphère d’influence impérialiste américaine et elle est devenue la justification de quelque 50 interventions militaires américaines directes dans la région ainsi que la fomentation des coups d’État soutenus par la CIA qui ont imposé des dictatures fascistes et militaires sur la majeure partie de la région dans la seconde moitié du XXᵉ siècle.

Si cette doctrine est aujourd’hui ressuscitée contre le Venezuela, c’est en raison des liens économiques et politiques étroits établis par Caracas avec Beijing et Moscou. Les États-Unis, comme Bolton l’a déjà reconnu, sont déterminés à ramener le pays et sa richesse pétrolière – les plus grandes réserves prouvées au monde – sous la domination de l’impérialisme américain et des conglomérats énergétiques basés aux États-Unis.

Un article publié dans le quotidien espagnol El Pais par Hector Schamis, formateur à l’école du Service extérieur des États-Unis pour ce qui concerne l’Amérique latine, donne une idée des intentions réelles de Washington.

Il écrit que si «la solution diplomatique serait idéale» au Venezuela, «le problème est que, en politique, l’idéal se réalise rarement dans la réalité.»

Il poursuit en déclarant que: «sans les troupes américaines, [le président yougoslave Slobodan] Milosevic ne serait pas allé à la table des négociations diplomatiques. et encore moins serait-il mort prisonnier à La Haye en 2006.»

Guaidó a appelé à des manifestations antigouvernementales samedi et a annoncé qu’il rencontrait aujourd’hui les dirigeants des syndicats des employés du secteur public. Les directions syndicales cherchent à canaliser la colère généralisée des travailleurs contre les politiques d’austérité et les mesures répressives du gouvernement bourgeois de Maduro derrière le renversement du régime par l’impérialiste américain.

Le succès de cette opération imposerait une dictature brutale de l’impérialisme américain et des intérêts capitalistes vénézuéliens sur les masses de travailleurs, conduisant à des mesures d’austérité beaucoup plus sévères et à une répression d’État policier.

La mobilisation politique de la classe ouvrière vénézuélienne est la seule force qui peut combattre la crise désespérée créée par le capitalisme et la menace d’une intervention militaire américaine au Venezuela. Cette mobilisation doit avoir lieu de manière indépendante du gouvernement capitaliste de Maduro en faillite et de ses pantins syndicaux. Les ouvriers doivent organiser des assemblées ouvrières afin d’exproprier les intérêts capitalistes étrangers et nationaux. Ces assemblées doivent servir également à établir le contrôle des travailleurs sur les vastes richesses pétrolières du pays. Enfin, elles doivent être combinées à une lutte pour unir la classe ouvrière vénézuélienne aux travailleurs de tout l’hémisphère pour mettre un terme au capitalisme internationalement.

(Article paru d’abord en anglais le 5 mars 2019)