Des rapports font état d'abus sexuels sur des enfants immigrés détenus aux États-Unis

Par Eric London
1 mars 2019

Les documents récemment publiés par le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) des États-Unis révèlent qu'entre octobre 2014 et juillet 2018, 4556 plaintes pour harcèlement sexuel d'enfants immigrants détenus ont été déposées.

Les documents mettent en lumière la criminalité de l'impérialisme américain, qui a arraché des milliers d'enfants aux bras de leurs familles ouvrières après avoir détruit leurs pays d'origine d'Amérique centrale au cours de décennies de guerre, de dictature et d'exploitation par de grandes entreprises.

Des cas individuels d'abus datant à la fois des administrations Obama et Trump brossent un tableau du cauchemar subi par de nombreux enfants en détention. Faisant référence aux victimes avec le terme déshumanisant «UAC» (enfant étranger non accompagné), un rapport du Centre de traitement de Shiloh au Texas se lit comme suit:

«UAC a déclaré qu’il a été agressé à deux reprises par le même membre du personnel… Dans un premier temps, il a déclaré que l’employé, qui était assis, lui a pris la main et l’a attirée vers son ventre. L'UAC a tenté de s’éloigner, mais le membre du personnel lui a serré la main et l'a maintenue sur son entrejambe pendant environ 40 secondes. Le personnel a ensuite giflé l'UAC derrière la tête. Quelques jours plus tard, alors que l’UAC dormait, le membre du personnel lui a pincé la zone de son entrejambe à travers ses vêtements. L’employé a menacé l’UAC de ne rien dire.»

Le rapport note que l'affaire a fait l'objet d'une enquête, mais «aucune conclusion n'a été tirée» et que le membre du personnel est resté employé.

D'autres rapports révèlent des histoires similaires.

«Le jeune a déclaré qu'un membre du personnel l'avait attrapé à l'entrejambe et l'avait serré après l'avoir immobilisé physiquement», explique une note rédigée par le Shenandoah Valley Juvenile Center, en Virginie. Le rapport conclut: «L'incident n'a pas fait l'objet d'une enquête.»

Un enfant de Southwest Key Campbell, à Phoenix, en Arizona, a déclaré que le personnel «entrait dans sa chambre et la touchait pendant qu'elle dormait», ajoutant que «les forces de l'ordre ont interrogé le personnel, mais avaient seulement consigné l’affaire sans mener d’enquête».

Parmi les autres exemples d'abus, citons les actes menés par des détenus plus âgés contre des détenus plus jeunes du fait de l'indifférence et de la négligence du personnel embauché par le gouvernement.

À la fin de 2018, environ 15.000 enfants étaient en détention à un moment donné. Un rapport (article en anglais) publié par le World Socialist Web Site en novembre 2018 a révélé le traitement brutal et les peines sévères infligés aux enfants d'immigrants détenus.

Les médias des grands groupes n’ont pas fait grand cas de cette dernière révélation d'abus sexuels généralisés sur des enfants immigrants détenus. Au moment d’écrire ces lignes, ni le New York Times ni le Washington Post n’avaient publié de tribune sur le sujet depuis la parution de cette information mardi après-midi.

Alors que les médias ont largement relégué cette question au fait divers, les principaux organes de presse ont plutôt attiré l’attention sur le cas «humanitaire» de l’intensification de la pression diplomatique et militaire sur le Venezuela et sur les dernières allégations de #MeToo contre diverses personnalités publiques.

Les documents du HHS révèlent le caractère hypocrite des affirmations de l'administration Trump et des politiciens du Parti démocrate selon lesquelles l'opération du coup d'État dirigée par les États-Unis contre le président vénézuélien Nicolás Maduro est justifiée par la cruauté du gouvernement et la nécessité de restaurer la «démocratie». Les déclarations par des gens comme Bernie Sanders soutenant les prétextes «démocratiques» des efforts de Washington pour mettre en place un gouvernement fantoche au Venezuela sont des mensonges émanant d'un gouvernement engagé dans la persécution systématique et la maltraitance d'enfants sans défense victimes de violences et séparées de leur famille pour le «crime» d’avoir migré.

Si les États-Unis recevaient des informations selon lesquelles un gouvernement dans leur ligne de mire (comme la Syrie, la Russie, la Chine ou le Venezuela) aurait emprisonné 15.000 enfants et dissimulait les agressions sexuelles infligées par les gardiens et le personnel, tous les chroniqueurs des réseaux de télévision et du New York Times s’époumoneraient en pleurant des larmes de crocodile, exprimant leur indignation et donnant des conférences sur «l'impératif moral» de réduire ce pays en cendres sous les bombes.

Des dirigeants de premier plan de la campagne de droite #MeToo ont répondu aux documents du HHS, tout comme les rapports antérieurs signalant des abus sexuels sur des enfants migrants détenus, par le silence.

Ces dernières semaines, les médias des grands groupes et le Parti démocrate ont mis en vedette une série d'allégations d'abus sexuels, notamment à l'encontre du chanteur-compositeur Ryan Adams, du gouverneur de la Virginie, Justin Fairfax, et de l'animateur John Lasseter. Dans chacun de ces cas, les partisans de #MeToo ont appelé à la démission ou au licenciement et à la ruine sociale de ces personnalités publiques sur la base d'allégations non corroborées. Lasseter, par exemple, est accusé d'avoir donné des «câlins non sollicités».

En revanche, les documents du HHS font état de véritables abus sexuels à grande échelle commis pendant plusieurs années par le gouvernement des États-Unis. Souvent, l’abus est filmé. Ceux qui commettent ou permettent les abus sont des geôliers adultes agissant en tant que sous-traitants gouvernementaux, dans de nombreux cas avec une impunité sanctionnée par l'État.

Parmi ceux qui, à ce jour, n’ont pas encore publié ne serait-ce qu’un tweet sur le rapport HHS, citons: Tarana Burke, fondatrice de la campagne #MeToo; Rose McGowan et Asia Argento, qui ont accusé Harvey Weinstein de les avoir agressées; les écrivains Joe Coscarelli et Melena Ryzik du New York Times, qui ont rapporté de fausses allégations contre Ryan Adams; Mandy Moore, l'ex-femme d'Adams, qui a prétendu qu'il l'avait «maltraitée» en ne lui accordant pas assez de temps au studio d'enregistrement; Kirsten Gillibrand, candidate démocrate à la présidence et promotrice de #MeToo; la chroniqueuse Maureen Dowd du New York Times, qui a qualifié la semaine dernière Woody Allen de «monstre» et Ronan Farrow du New Yorker, qui avait lancé les accusations initiales portées contre Weinstein en 2017.

En dépit de leurs déclarations moralisatrices sur les «survivants» et les «victimes», ces riches carriéristes ne s’intéressent pas aux abus sexuels systématiques commis envers les immigrés pour la simple raison qu’il n’y a pas d’argent à gagner ni aucun moyen de faire progresser leur carrière en se penchant sur la souffrance de ces enfants.

À la base, #MeToo est une initiative de droite visant à réaffecter la richesse et les postes de privilège aux femmes appartenant aux 10 pour cent de la population la plus riche. Celles qui en font la promotion avancent l'argument antidémocratique selon lequel la présomption d'innocence et les garanties d’un procès en bonne et due forme doivent être abolies et que les accusatrices/accusateurs «doivent être crus sur parole».

Cette campagne contre un procès en bonne et due forme est tout à fait cohérente avec l'attaque fasciste de Trump sur les immigrants et contribue à l’alimenter. En 2018, Trump a explicitement appelé à l'abolition d’un procès en bonne et due forme pour les immigrants, en tweetant: «Quand quelqu'un arrive, nous devons immédiatement, sans juge ni procès, le ramener à son lieu d'origine. Notre système est une caricature d’une bonne politique d'immigration et de l’état de droit.»

Si le terme «immigration» est remplacé par «agression sexuelle», le tweet de Trump devient impossible à distinguer de la ligne de la campagne #MeToo.

Trump et son conseiller néonazi, Stephen Miller, affirment que les immigrés sont des «violeurs» et des «criminels». Ils ont utilisé ces calomnies racistes pour détenir des centaines de milliers de personnes, en faisant des rafles dans des écoles, des églises, des lieux de travail et des palais de justice.

Les implications antidémocratiques plus larges de ce pogrom contre les immigrants apparaissent déjà dans la revendication de pouvoirs quasi dictatoriaux de Trump via sa déclaration d'urgence nationale et ses attaques fascisantes contre le socialisme. En sapant le soutien populaire à un procès en bonne et due forme, la campagne # MeToo ouvre la voie à de nouvelles attaques contre les droits démocratiques de la classe ouvrière et des opprimés.

Construire un mouvement contre les attaques fascisantes du gouvernement Trump exige de s’opposer à tous les appels en faveur de l’abolition des droits démocratiques et du respect de la légalité. Un tel mouvement s'appuiera non pas sur les arrivistes égoïstes dans les 10 pour cent supérieurs de la population, mais sur la classe ouvrière internationale dans le cadre de la lutte révolutionnaire pour l'égalité sociale.

(Article paru en anglais le 28 février 2019)