Corbyn, dirigeant du Labour britannique, soutient l'appel de la droite blairiste à un second référendum sur le Brexit

Par Robert Stevens
28 février 2019

Le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a annoncé lundi soir qu'il était prêt à soutenir un deuxième référendum « pour empêcher qu’un Brexit dommageable des conservateurs soit imposé au pays ».

Cette décision intervient après des mois de pression, encore intensifiée depuis la conférence annuelle du Parti travailliste en septembre dernier, de l’aile droite blairiste qui exige que le parti soutienne un maintien dans l'Union européenne (UE).

Jusque là, Corbyn avait dit, conformément à la politique convenue à sa conférence, que le Parti travailliste voulait mettre en œuvre, dans «l'intérêt national», un « Soft-Brexit » [sortie douce de l’UE] avec un accès sans tarifs douaniers au marché unique européen, après une victoire électorale du Labour. Il ne soutiendrait d’autres options, notamment un deuxième référendum ou «vote populaire», que si cela ne s’avérait pas réalisable.

Le communiqué de presse indiquait: «D'une manière ou d'une autre, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher un Brexit avec un No Deal et pour nous opposer à un Brexit conservateur préjudiciable fondé sur l'accord de Theresa May déjà rejeté par le Parlement. C'est pourquoi, conformément à la politique adoptée par notre conférence, nous nous sommes engagés à présenter ou à soutenir également un amendement en faveur d'un vote populaire afin d'éviter qu'un Brexit conservateur dommageable ne soit imposé au pays. »

Corbyn a présenté un amendement qui devait être voté mercredi soir au parlement et qui définit le plan du Labour pour le Brexit. L'échec de cet amendement, plutôt que l’exigence d'élections générales, mettra en route un soutien pour un deuxième référendum.

Si l’initiative de Corbyn ne modifie pas vraiment l'équilibre des forces politiques dans le conflit faisant rage dans la classe dirigeante sur l’issue du Brexit, elle confirme une nouvelle fois qu'il acceptera toutes les demandes formulées par les blairistes. Ceux-ci ont clairement indiqué qu'ils s'opposaient à une élection générale et souhaitaient le maintien des conservateurs au pouvoir.

Cependant, même si les travaillistes déposent une motion pour un deuxième vote référendaire, il n’existe pas à ce stade de majorité au Parlement pour qu’elle ait du succès. Jusqu'à 35 députés travaillistes s'y opposeraient. De nombreux députés travaillistes, dont beaucoup de l’aile droite du parti, représentent des circonscriptions du nord de l'Angleterre, où l’on a fortement soutenu le Brexit. Parmi ceux qui ont déjà déclaré leur opposition à un deuxième référendum, il y a au moins trois ‘ministres fantômes’ travaillistes. De plus, huit ministres fantômes figuraient parmi les 17 députés travaillistes ayant voté contre ou s’étant abstenus lors d'un amendement de la blairiste Yvette Cooper, le mois dernier, qui aurait autorisé la prolongation de l'article 50 et donc le report du Brexit.

La dernière capitulation de Corbyn a eu lieu quelques heures seulement avant la déclaration au Parlement de la première ministre Theresa May, qui a manœuvré pour gagner du temps en vue de modifier l'accord qu'elle a conclu avec l'UE. May cherche à modifier certaines parties de l'accord relatives à la frontière post-Brexit entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande. Elle voudrait rendre l’accord plus acceptable à son aile pro-Brexit dur (sans accord) et au Parti démocratique unioniste d’Irlande du Nord, dont elle dépend pour maintenir son gouvernement minoritaire.

May a dit qu'elle accorderait aux députés un vote « significatif » sur son accord le 12 mars. Si cette proposition est rejetée, elle tiendra un autre vote le lendemain sur la question de savoir si les députés soutiendront un Brexit dur le 29 mars (date à laquelle le Royaume-Uni doit quitter l’UE). Un vote contre un Brexit dur déclencherait un autre vote le 14 mars pour un report de l’application de l'article 50, mais seulement pour une durée de trois mois, au plus tard jusqu'à fin juin.

May, s’adressant à son aile pro-Brexit dur du Groupe de recherche européenne, a déclaré: «Une extension au-delà de fin juin signifierait que le Royaume-Uni participerait à l’élection au Parlement européen. Comment les plus de 17 millions de personnes qui ont voté pour la sortie de l'UE il y a près de trois ans comprendraient-ils cette démarche? [ ...] Et la Chambre des communes devrait indiquer clairement qu'une courte prolongation – pas au-delà de fin juin – serait presque certainement un cas unique ».

May se retrouva sans autre choix que de jouer la montre, vu que son actuel cycle de négociations avec l'UE a échoué, des dirigeants importants de l'UE suggérant un délai supplémentaire de deux ans pour une sortie de la Grande-Bretagne de l’UE.

Les événements de cette semaine signifient que les blairistes ont de fait un contrôle total sur la politique du parti, un peu plus de trois ans après leur défaite écrasante face à Corbyn lors de la course à la tête du Labour.

La défection de huit députés travaillistes, qui ont rapidement été rejoints par trois conservateurs pour constituer le Groupe indépendant pro-UE la semaine dernière, a accéléré le processus. Au cours du week-end, des informations ont été divulguées à la presse pro-UE selon lesquelles jusqu'à 20 députés et lords travaillistes envisageaient également de quitter le parti.

Lorsque les huit transfuges sont partis, suivis par un autre député anti-Corbyn, John Mann, le principal sentiment des membres du Parti travailliste était que cela devrait être suivi de la destitution de tous les autres députés blairistes.

Mais la réponse de Corbyn est d'appeler une nouvelle fois à l'unité avec les blairistes. Sa prosternation et celle de son chancelier fantôme, John McDonnell, ont permis au chef adjoint du Parti travailliste, Tom Watson, de dire au Andrew Marr Show de la BBC, que Corbyn devait « unir le parti et remanier le cabinet fantôme pour donner plus de poids aux députés de tendance social-démocrate aux dépens de ceux défendant des vue socialistes ».

Cette semaine, il s'est engagé à réunir un groupe de députés de droite «qui croient en la tradition social-démocrate du parti, pour élaborer des politiques».

Le refus de combattre les blairistes a des conséquences dévastatrices pour les partisans de Corbyn, qui doivent faire face à une chasse aux sorcières encore plus féroce basée sur des accusations sans fondement d'antisémitisme dirigées contre quiconque ose critiquer l'État d'Israël et sa répression des Palestiniens.

Watson a informé les députés travaillistes cette semaine que tous les cas présumés d'antisémitisme au sein du parti devaient maintenant être transmis à son bureau pour être « consignés et contrôlés…».

Cela après avoir accusé Corbyn d'avoir ignoré 50 cas d'antisémitisme qu'il avait personnellement vus. La réponse de Corbyn a été d'inviter Charles Falconer, ancien colocataire de l'ex-Premier ministre Tony Blair, proche confident et conseiller clé de l'invasion illégale de l'Irak en 2003, à superviser toutes les allégations d'antisémitisme. Une source a déclaré au Daily Mail qu'il serait autorisé à « tout voir et à parler à tout le monde ».

Tony Blair lui-même, qui reste membre du Parti travailliste alors qu'il est de loin l'homme politique le plus haï de Grande-Bretagne, a salué ses protégés qui ont fait scission et ont formé le Groupe indépendant. Il a dénoncé « les membres du Parti travailliste » qui sont « sous l'emprise d'un populisme de gauche ».

Pour s’assurer que les calomnies antisémites continuent, il a déclaré: «La plaie ouverte depuis deux ans a été la querelle de l'antisémitisme, où des députés travaillistes juifs ont été attaqués sans répit […] La riposte est en cours au sein des deux principaux partis et en dehors d’eux avec la défection la semaine dernière de plusieurs députés pour former un nouveau groupe politique ».

Même ce soutien ouvert à un groupe politique extérieur au Parti travailliste est accepté par Corbyn, permettant à Blair d’échapper à toute forme de censure.

Ces développements démasquent le mensonge promu assidûment par toutes les tendances pseudo de gauche selon lequel Corbyn allait transformer le Parti travailliste en parti véritablement socialiste. C'est exactement le contraire qui se produit : les blairistes peuvent affirmer leur hégémonie sans opposition.

Ces événements conduisent à ce que de plus en plus de membres de base du Labour prennent conscience de ce que Corbyn est directement responsable d’avoir cédé l’initiative politique aux blairistes et facilité un dangereux regroupement à la droite de la politique officielle. Ceci jette les bases, fondées sur la clarification continue de la classe ouvrière par le Parti de l'égalité socialiste, pour une rupture d’avec le Parti travailliste vers la gauche, de la part de larges couches de travailleurs et de jeunes.

(Article paru d’abord en anglais le 27 février 2019)