Pence menace de guerre le Venezuela lors du sommet colombien: «Il n'y a pas de retour en arrière»

Par Eric London
27 février 2019

Le vice-président américain Mike Pence a prononcé un discours belliqueux devant les représentants de 14 pays d’Amérique latine lors d’une réunion du groupe de Lima à Bogotá, en Colombie, avant-hier. Les remarques ont été programmées pour coïncider avec les provocations orchestrées par les États-Unis à la frontière vénézuélienne au cours du week-end, ce qui a provoqué des affrontements qui ont fait plusieurs morts.

Pence a reformulé des phrases plagiées à partir de discours prononcés par George W. Bush à l’approche des guerres en Afghanistan et en Irak, en les combinant avec des dénonciations du socialisme.

«Il n’y a pas de retour en arrière», a dit Pence. «Toutes les options sont ouvertes».

«Un nouveau jour s’annonce en Amérique latine», a-t-il poursuivi. «Au Venezuela et dans tout l’hémisphère occidental, le socialisme se meurt et la liberté, la prospérité et la démocratie renaissent sous nos yeux». Pence a lancé un ultimatum à l’armée vénézuélienne, il menaçait que si elle ne renversait pas Maduro, «Vous ne trouverez pas de port sûr, pas de sortie facile, pas d’issue. Vous allez tout perdre».

Pence a annoncé que les États-Unis allaient imposer des sanctions supplémentaires aux fonctionnaires du gouvernement vénézuélien. Il a aussi appelé les gouvernements de droite d’Amérique latine à «transférer la propriété des actifs vénézuéliens dans votre pays» au gouvernement du pantin américain Juan Guaidó.

En d’autres termes, les États-Unis sont en train de commettre des vols à main armée dans tout le continent américain.

Dans son discours, Pence a donné plusieurs justifications à l’intensification des menaces de guerre contre le Venezuela. Le Venezuela exploite les tribus indigènes, endommage l’environnement par l’exploration pétrolière et appauvrit sa population, a dit Pence.

Ces affirmations seraient risibles si ce n’était la gravité des menaces. Les États-Unis sont les pires délinquants au monde dans chacun de ces domaines.

L'attaque de Pence contre le Venezuela pour avoir refusé d'héberger les immigrés «déplacés» le long de sa frontière a été particulièrement répugnante.

Le Washington Post a écrit que M. Pence avait «embrassé un homme âgé en sanglots», un immigrant qui attendait d'entrer au Venezuela. Les journalistes du Post, les larmes aux yeux, ont écrit que Pence «a dit à l'homme en anglais: "Nous sommes avec vous"».

Le reportage du Post ne fait aucune mention des milliers d’immigrants qui dorment actuellement dans les rues des villes mexicaines le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique après que les États-Unis leur ont interdit d’entrer dans le pays pour y demander l’asile.

Simultanément à l’affrontement prévu ce week-end, l’armée américaine a intensifié ses plans de guerre. CNN a rapporté que «l’armée américaine a effectué un nombre accru de vols de reconnaissance dans l’espace aérien international au large des côtes du Venezuela au cours des derniers jours pour recueillir des renseignements classifiés» en vue d’une éventuelle intervention militaire.

Samedi, le gouverneur portoricain Ricardo Rosselló a rapporté que l'armée vénézuélienne avait menacé d’«ouvrir le feu» sur un navire américain qui entrait dans les eaux territoriales vénézuéliennes sans autorisation. Bien que le navire ait été immatriculé à Vanuatu, il battait pavillon américain en violation du droit maritime international. Les autorités américaines affirment que le navire transportait 200 tonnes d’«aide humanitaire».

Les responsables vénézuéliens affirment que l’«aide humanitaire» des États-Unis inclut les livraisons d’armes à la Colombie. Mercredi dernier, le chef des forces armées colombiennes, le général de division Luis Navarro Jiménez s’est rendu en Floride, où il a rencontré les dirigeants du Commandement sud des États-Unis.

Le Washington Post a écrit hier que dans les coulisses de Bogota, Guaidó «cherchait à obtenir l’assurance que les États-Unis pourraient utiliser la force si nécessaire». Le chef de l’opposition de droite vénézuélienne Julio Borges a tweeté dimanche que l’opposition «exhortera à une escalade de la pression diplomatique et à l’usage de la force contre la dictature de Nicolás Maduro».

Le président Trump a depuis longtemps exprimé en privé son intérêt poiur faire la guerre au Venezuela. Dans son livre récemment publié, l’ancien directeur par intérim du FBI, Andrew McCabe, rapporte que Trump a un jour évoqué le Venezuela en sa présence, en disant: «C’est le pays avec lequel nous devrions entrer en guerre. Ils ont tout ce pétrole et ils sont tout près.»

Un article du Washington Post publié hier par Francisco Toro, qui dirige le groupe de réflexion «Groupe des 50», a illustré l’humeur belliqueuse à Washington. Un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale a fondé ce groupe avec le soutien du «Carnegie Endowment for International Peace» impérialiste.

Malgré le titre de l’article, «Avec l’action militaire américaine, le Venezuela pourrait devenir la Libye des Caraïbes», Toro plaide pour pousser la région au bord de la guerre. L’affrontement frontalier du week-end dernier a «déplacé l’action militaire pour déloger le régime vénézuélien de la spéculation marginale à un débat politique sérieux», écrit Toro.

L’armée vénézuélienne, poursuit-il, «a peu de chances de se rebeller contre Maduro à moins de calculer qu’une action militaire américaine est réellement imminente... La meilleure solution maintenant est donc une stratégie conçue pour convaincre les généraux du Venezuela que, s’ils ne renversent Maduro rapidement, ils seront bombardés jusqu’à l’anéantissement – un message qui devrait être livré par des gens qui comprennent que les bombarder jusqu’à l’anéantissement serait une catastrophe. Ce que les États-Unis doivent faire, en d’autres termes, c’est bluffer, en prenant d’autres mesures qui rehaussent la perception par les généraux vénézuéliens d’une menace.»

L’article se termine: «Que Dieu nous vienne en aide».

Cette stratégie incendiaire bénéficie du soutien bipartite de l’establishment politique américain. Comme l’a écrit José Cárdenas, ancien responsable de l’administration Bush, dans Foreign Policy:

«La politique américaine à l’égard du Venezuela a fait l’objet d’un consensus bipartite au Congrès à travers les administrations successives. Des démocrates comme le sénateur Bob Menendez, le membre le plus haut placé de la Commission sénatoriale des affaires étrangères, et le représentant, Eliot Engel, le président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, ont critiqué activement l’effondrement de la démocratie au Venezuela au fil des ans».

Il n’est toutefois pas certain que les États-Unis puissent aligner leurs alliés derrière leurs menaces d’intervention militaire. Les menaces croissantes de guerre ont creusé les divisions entre Washington et ses alliés dans la région et en Europe.

Alors que la déclaration du Groupe de Lima appelait à la démission immédiate de Maduro, il notait également que «la transition vers la démocratie devrait être menée par les Vénézuéliens eux-mêmes de manière pacifique [...] par des moyens politiques et diplomatiques, sans recours à la force.»

Le vice-président du Brésil, Hamilton Mourão, a déclaré lundi à Bogotá qu’«une option militaire n’a jamais été une option» pour le Brésil, et que «nous plaidons pour ne pas intervenir». Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell, a déclaré dimanche à l’agence de presse Efe: «Nous avons clairement averti que nous n’appuierions pas – et condamnerions fermement – une intervention militaire étrangère.»

Les gouvernements de la région et d’Europe soutiennent l’opération de changement de régime américaine. Mais ces déclarations reflètent les inquiétudes que suscite le fait que les États-Unis agissent avec une certaine témérité qui risque de plonger l’hémisphère entier dans un chaos sans précédent.

L'Administration Trump a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, maintenant prévue pour hier. Les États-Unis saisiront probablement l'occasion pour dénoncer la Russie et la Chine, qui sont susceptibles d'exercer leur droit de veto en tant que membres permanents pour bloquer une feuille de vigne internationale pseudo-légale aux machinations de l'impérialisme américain en Amérique du Sud.

(Article paru d’abord en anglais le 26 février 2019)