Des enseignants indiens et des employés du gouvernement déclenchent une grève illimitée au Tamil Nadu

Par Deepal Jayasekera
26 janvier 2019

Dans une autre flambée de luttes ouvrières massives en Inde, environ 700.000 enseignants et employés du gouvernement de l’État du Tamil Nadu, dans le sud du pays, sont en grève illimitée depuis mardi. Ils ont passé en revue une liste de revendications qui comprend l’annulation des réductions des pensions de retraite, des augmentations salariales et la sécurité d’emploi des enseignants et des employés des anganwadis (garderies).

La police a arrêté plus de 20.000 grévistes qui manifestaient dans la rue partout dans l’État. Les manifestants défiaient les menaces disciplinaires du gouvernement de l’État dirigé dirigé par le All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam (AIADMK) de droite basé sur le communautarisme. Mercredi, la Haute Cour de Madras leur a ordonné de retourner au travail d’ici aujourd’hui – un avertissement de nouvelles représailles de la part du gouvernement.

Piquets de grève des enseignants du Tamil Nadu

La grève s’inscrit dans le cadre d’une recrudescence croissante de la classe ouvrière internationale après des décennies d’aggravation des conditions et d’accroissement des inégalités sociales. La révolte comprend la grève de dizaines de milliers de travailleurs des maquiladoras de Matamoros à la frontière entre la Mexique et les États-Unis. Des enseignants à Los Angeles et à travers les États-Unis faisaient grève, et les manifestations des Gilets jaunes en France.

Les travailleurs de toute l’Asie du Sud ont mené des actions syndicales déterminées. Les travailleurs des plantations sri-lankaises ont fait une grande grève de neuf jours du mois dernier ou ils réclamaient le dédoublement de leurs salaires avant que les syndicats l’aient trahi. Enfin, des ouvriers de textile au Bangladesh ont fait grève pendant huit jours ce mois-ci. Ils demandaient des salaires plus élevés.

Il y a tout juste deux semaines, les 8 et 9 janvier, les travailleurs de toute l’Inde se sont joints à une grève de deux jours contre la «réforme» pro-investisseur et les mesures d’austérité du gouvernement hindouiste Bharatiya Janatha (BJP - parti suprémaciste hindou) du Premier ministre, Narendra Modi. À la fin de l’année dernière, plus de 3000 travailleurs de trois grandes usines automobiles d’Oragadam, près de la capitale de l’État du Tamil Nadu, Chennai-Yamaha, Royal Enfield et Myoung Shin India Automotive, ont participé à une grève de deux mois.

Les enseignants et les autres employés du gouvernement de l’État veulent supprimer le régime de pension contributif (CPS) et renverser l’imposition du régime national de pension (NPS), qui a réduit les salaires et placé leurs fonds de retraite dans les mains des marchés boursiers.

Le dernier gouvernement central dirigé par le BJP a imposé le NPS en 2014. Depuis lors, tous les nouveaux employés du gouvernement central et de l’État ont perdu l’ancien système de retraite et 10 pourcents de leur salaire ont été détournés vers un fonds de pension qui ne fait qu’engraisser les investisseurs boursiers.

La liste en sept points des revendications des grèvistes comprend: le paiement des arriérés de salaire de 21 mois; les employés à temps partiel et les enseignants des anganwadis doivent devenir des employés permanents; et le salaire pour les enseignants des écoles secondaires. Les travailleurs non permanents se trouvent de plus en plus exploités. Ces institutions utilisent divers subterfuges comme des catégories telles que «contrat», «temps partiel», «stagiaire» et «apprenti», dans les secteurs public et privé, pour imposer des salaires de niveau de pauvreté et diviser la classe ouvrière.

La grève a entraîné la fermeture de nombreuses écoles dans tout l’État. Les travailleurs d’autres ministères de l’État, comme le Trésor public, la santé, le développement rural et l’agriculture, se sont joints à la grève.

Malgré des arrestations massives, les grévistes ont participé à des manifestations dans la capitale Chennai et dans d’autres grandes villes comme Mudurai, Coimbatore, Virudhungar, Ramanathapurum, Sivaganga, Theni, Vellore et Dindigul.

Grévistes à l’extérieur d’un bureau de perception de district

Le militantisme croissant des travailleurs a contraint les syndicats àappeler à l’action. Toutefois, les syndicats eux-mêmes restent totalement opposés à toute mobilisation de la classe ouvrière contre les attaques du gouvernement. De surcroît, leur alliance: le conseil d’action joint des organisations des enseignants de Nardu Tamoul (JACTTO) et des organisations des employés gouvernementaux (GEO) prétend que le gouvernement de l’AIADMK peut faire l’objet de pressions pour renverser ses politiques.

Ce que les travailleurs ont vécu, c’est le contraire: une répression gouvernementale. Lundi, la veille du début de la grève indéfinie, la secrétaire en chef de l’État, Girija Vaidyanathan, a menacé de supprimer les salaires des grévistes et a annulé tous les congés, sauf pour des raisons médicales, pendant la grève. Le ministère de l’Éducation de l’État a décidé d’embaucher des briseurs de grève, offrant aux personnes nommées à titre temporaire une maigre somme de 7500 roupies (93 euros) par mois.

Le dernier gouvernement de l’État, l’AIADMK, a déclenché une répression brutale contre les fonctionnaires en grève en 2003, licenciant des centaines de milliers d’employés.

Les grévistes ont également eu des expériences amères avec les syndicats. Les travailleurs se sont présentés à maintes reprises pour lutter contre la SCP. En février 2016, par exemple, ils ont déclenché une grève indéfinie, mais l’Association des employés publics de Nardu Tamoul (TNGEA), une alliance de 68 syndicats, a mis fin à la grève après 10 jours sans répondre à leurs revendications.

Les syndicats ont justifié cette trahison en citant les fonctions d’élections et d’examens scolaires que les employés du gouvernement devaient accomplir, et en donnant soi-disant au gouvernement le temps de réfléchir aux revendications des travailleurs. JACTTO a refusé de se joindre à la grève, affirmant que le budget 2016 du nouveau gouvernement de l’État ferait des concessions aux revendications.

Les gouvernements successifs, tant au niveau central qu’au niveau des États, ont poursuivi ces «réformes économiques» socialement incendiaires, imposant aux travailleurs le fardeau de l’aggravation de la crise du capitalisme indien et mondial depuis la crise financière mondiale de 2008.

Sous l’égide du Fonds monétaire international, des États dans le monde entier ont instauré des «réformes» similaires à la CPS. Ces réformes ne seront pas renversées en remplaçant le gouvernement Modi lors des élections générales indiennes qui doivent avoir lieu en avril-mai. Le parti du Congrès de l’opposition – le parti traditionnel de l’élite dirigeante indienne – et les partis capitalistes régionaux comme le Dravida Munnetra Kazhagam (DMK), l’actuel rival de l’AIADMK au Tamil Nadu, sont également engagés dans les mêmes mesures en faveur des grandes entreprises.

Une seule stratégie est viable pour vaincre ces attaques, comme au Mexique, aux États-Unis, en France et dans le monde. Elle est fondée sur la lutte de classe internationale et la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière contre l'ordre capitaliste réactionnaire.

Les principaux partis parlementaires staliniens de l’Inde – le Parti communiste indien (marxiste) (CPM) et le Parti communiste indien (CPI) – tentent de canaliser le mouvement croissant des travailleurs derrière le retour d’un nouveau gouvernement capitaliste, dirigé par le parti du « Congrès » ou une série de petits partis régionaux de droite – après les élections générales d’avril-mai, sous prétexte de vaincre le BJP fondé sur communautarisme Hindou.

Les mêmes partis staliniens ont conclu une alliance électorale avec l’AIADMK lors des élections de l’État du Tamil Nadu en 2011, même après ses licenciements massifs de fonctionnaires en grève en 2003.

Comme l'a expliqué le World Socialist Web Site dans sa perspective du 12 janvier sur l'importance politique de la grève générale nationale de deux jours en Inde: «Tous ces partis ont joué un rôle central dans la mise en œuvre de la volonté de la bourgeoisie indienne de faire de l’Inde un havre de travail bon marché pour le capital mondial. Entre 1991 et 2008, le CPM et le CPI ont maintenu au pouvoir une succession de gouvernements, pour la plupart dirigés par le Parti du Congrès, qui ont mené un programme néolibéral et resserré les liens avec Washington».

Les travailleurs indiens devraient suivre l’exemple des travailleurs des plantations de thé d’Abbotsleigh au Sri Lanka, qui, sous la direction du Parti de l’égalité socialiste, ont créé un comité d’action totalement indépendant des appareils syndicaux qui ont imposé leur exploitation brutale pendant des décennies. Les travailleurs de l’automobile aux États-Unis, face à des fermetures d’usines et à des milliers d’autres pertes d’emplois, ont suivi une voie similaire.

De tels comités d’action sur le lieu de travail doivent développer une contre-offensive de la classe ouvrière en unifiant les luttes des travailleurs à travers l’Inde et en tendant la main aux travailleurs à travers le monde, dont ils sont étroitement liés par la production capitaliste mondiale.

Avant tout, les travailleurs indiens ont besoin d’un parti révolutionnaire, fondé sur un programme et une stratégie socialiste internationaliste. Ce parti incarne toutes les leçons stratégiques des luttes de la classe ouvrière mondiale, pour poursuivre la lutte pour le pouvoir des travailleurs. Ce parti est le Comité International de la Quatrième Internationale (CIQI) et ses sections nationaux les Partis de l’égalité socialiste.

L’auteur recommande également :

L’importance politique de la grève générale de deux jours en Inde

[13 janvier 2019]

(Article paru d’abord en anglais le 25 janvier 2019)