Les enseignants de Los Angeles font la grève dans le deuxième plus grand district scolaire des États-Unis

Par David Brown
15 janvier 2019

Plus de 33 000 enseignants de Los Angeles, en Californie, se sont mis en grève lundi matin, mettant en place des piquets dans plus de 1200 écoles publiques du deuxième plus grand district scolaire des États-Unis. Les enseignants exigent des salaires plus élevés, des classes moins nombreuses et plus de personnel de soutien.

Il s’agit de la plus grande lutte des enseignants depuis la vague de grèves à l’échelle de l’État en Virginie occidentale, en Oklahoma et en Arizona, de mars à mai 2018. Contrairement à ces grèves précédentes, où les enseignants étaient en grande partie face à des gouvernements d’État contrôlés par les Républicains, les enseignants de Los Angeles sont dans une bataille directe avec le Parti démocratique, qui contrôle chaque levier du gouvernement à Los Angeles et en Californie.

Une partie du rassemblement à Oakland

Le surintendant de la Zone scolaire réunie de Los Angeles (Los Angeles Unified School District—LAUSD), Austin Beutner, ancien banquier d’affaires, est soutenu par de puissants intérêts patronaux, dont la Eli Broad Foundation, qui préconise la privatisation de l’éducation publique partout dans le pays. Beutner exige des enseignants qu’ils acceptent de facto un gel des salaires réels, une augmentation des coûts des soins de santé et une augmentation de la taille des classes.

Arne Duncan, l’ancien secrétaire à l’éducation qui a dirigé le programme de réforme scolaire soutenu par le président Obama, a pris la parole pour dénoncer les enseignants de Los Angeles. LAUSD, a-t-il dit, « dépense un demi-milliard de dollars de plus chaque année qu’il n’en rapporte et se dirige vers l’insolvabilité dans environ deux ans si rien ne change […] Il n’a tout simplement pas l’argent pour financer les demandes de l’UTLA. »

En fait, l’UTLA a abandonné bon nombre des demandes les plus critiques des enseignants, y compris la fin des tests illimités et l’expansion des écoles à charte à but lucratif, qui drainent annuellement quelque 600 millions de dollars des écoles publiques.

Cependant, les enseignants de Los Angeles, avec le soutien écrasant des élèves et des parents, sont déterminés à défendre le droit à une éducation publique de qualité.

Le district scolaire et l’État de la Californie ont tous deux des excédents budgétaires. Beutner et le gouverneur démocrate, Gavin Newsom, retiennent délibérément des fonds qui pourraient aller aux établissements publics pour provoquer une crise budgétaire afin d’exiger de vastes concessions et davantage de privatisation. Tout en accordant des milliards de dollars en réductions d’impôts à la Silicon Valley et aux industries du divertissement, de la finance et de la défense, la Californie n’a toujours pas rétabli le financement des écoles aux niveaux d’avant 2008. Elle se classe au 43ᵉ rang du pays pour ce qui est des dépenses par élève.

L’idée d’une grève à l’échelle de l’État fait l’objet d’un large soutien dans toute la Californie. Des milliers d’enseignants, de parents et d’élèves ont protesté samedi à Oakland contre la menace de fermeture d’un tiers des 76 écoles du district. Des enseignants de Virginie, d’Indiana, de Denver, du Colorado et d’autres États menacent de déclencher des grèves et des manifestations.

Susan Chiodo

Susan Chiodo, enseignante de troisième année à l’école primaire Sequoia, a déclaré au World Socialist Web Site : « Une grève nationale est importante parce que je ne pense pas que ce soit seulement un problème local. La raison pour laquelle il faut qu’il y ait une grève plus importante qu’une seule circonscription, ou même qu’un seul État, c’est pour que tout le monde joigne le geste à la parole, et cela devient un moment où tout le monde dit : « En tant que nation, nous voulons l’éducation publique, alors nous devons changer ». »

Dans un article, « La grève imminente des enseignants de Los Angeles pourrait annoncer une nouvelle vague d’agitation », Politico a averti que la grève représentait le danger d’une « nouvelle vague d’activités d’un « printemps des enseignants" », mais cette fois dans les États sous contrôle démocrate… « La lutte est suivie de près en Californie et ailleurs pour voir si elle annonce une action similaire dans le reste du pays », écrit le magazine.

Le plus grand obstacle à l’unité des enseignants et des sections plus larges de la classe ouvrière est l’UTLA et ses organisations mères, l'Association nationale de l'enseignement (National Education Association—NEA) et la Fédération américaine des enseignants (American Federation of Teachers—AFT). Alliées au Parti démocrate et dirigées par des dirigeants syndicaux, dont leurs grands salaires les ont faits de millionnaires, la NEA et l’AFT s’efforcent d’isoler les enseignants de Los Angeles et de mettre fin à la grève le plus rapidement possible, avant qu’elle ne dégénère en une véritable confrontation avec les Démocrates.

Dans un tweet la semaine dernière, la présidente de l’AFT, Randi Weingarten (salaire annuel de 514 000 dollars) a écrit : « Il ne s’agit pas d’une vague de grève, mais d’une lutte spécifique pour les enfants et les écoles publiques de Los Angeles ». C’est une reprise du rôle joué par Weingarten et son homologue de la NEA, Lily Eskelsen Garcia (salaire annuel de 317 826 dollars), qui ont sillonné les États-Unis l’an dernier pour tenter d’éviter que les grèves des enseignants ne se transforment en grève nationale.

Il est impossible pour les enseignants de Los Angeles de lutter seuls contre les puissantes forces corporatives et politiques qui s’élèvent contre eux. Les enseignants doivent retirer la conduite de la lutte aux syndicats en formant des comités de grève de base pour tendre la main à l’échelle de l’État, sur les plans national et international.

Ces comités devraient faire appel aux plus de trente mille aides de cafétéria, concierges et autres membres du personnel de soutien que le Syndicat international des employés de service (Service Employees International Union—SEIU) envoie sur les piquets de grève pour appuyer la lutte des enseignants. Ils organiseraient des piquets de grève massifs pour fermer les 244 écoles privées sous contrat, qui ont l’intention de fonctionner pendant la grève.

Les enseignants de LA doivent s’associer aux enseignants d’Oakland pour organiser une action de grève conjointe en vue d’une grève à l’échelle de l’État. Dans le même temps, les enseignants doivent s’adresser à toutes les catégories de travailleurs – travailleurs fédéraux en lock-out, Amazon, UPS et autres travailleurs de la logistique, travailleurs des raffineries de pétrole, dockers, travailleurs des télécommunications, de la technologie et de la fabrication – pour obtenir leur soutien à une grève générale visant à combattre l’austérité et les inégalités sociales.

La bataille des enseignants californiens fait partie d’une vague croissante de conflits de classe aux États-Unis et dans le monde. Les travailleurs de General Motors à Oshawa, au Canada, ont organisé une série d’actions syndicales sauvages la semaine dernière et les travailleurs américains s’organisent pour s’opposer aux fermetures d’usines.

Des milliers de travailleurs français, y compris des enseignants, ont organisé des manifestations hebdomadaires en gilet jaune contre la politique d’austérité du président Emmanuel Macron, et les enseignants et maîtres de conférence néerlandais ont voté pour la grève en mars. Les travailleurs des plantations sri-lankaises et du secteur de l’habillement du Bangladesh ont organisé des grèves au début du mois et des dizaines de millions de travailleurs indiens ont mené une grève générale de deux jours la semaine dernière.

La grève des enseignants de Los Angeles annonce l’escalade de la lutte des classes dans le monde entier à partir de 2019.

(Article paru d’abord en anglais le 14 janvier 2019)