L’opération d’État policier du FBI contre Trump

Par Patrick Martin
15 janvier 2019

Un article en première page publié samedi dans le New York Times révèle que le FBI a ouvert secrètement une enquête de contre-espionnage sur le président Donald Trump après qu’il eut congédié le directeur du FBI James Comey, qui a mis à nu une conspiration policière massive entre les agences de renseignement américaines.

Le Times a publié l’article dans un effort pour relancer la campagne anti-Russie contre Trump, promouvant l’affirmation non fondée et très douteuse que Trump est un agent russe. Les faits présentés dans le rapport du Times sont, en réalité, beaucoup plus accablants pour le FBI que pour Trump.

Malgré les intentions du journal, le tableau dressé par le Times du FBI est alarmant. Le Times dépeint une agence de renseignement hautement politisée dont les responsables surveillent attentivement les activités des deux principaux partis capitalistes, en ayant un œil vigilant sur toute déviation du consensus sur la sécurité nationale à Washington.

Le Times affirme que Trump « avait attiré l’attention des agents de contre-espionnage du FBI lorsqu’il a demandé à la Russie, lors d’une conférence de presse en juillet 2016, de pirater les e-mails de son adversaire, Hillary Clinton ». Étant donné qu’il s’agissait d’une remarque sarcastique de campagne contre l’utilisation par Clinton d’un serveur de courriel privé alors qu’elle était secrétaire d’État et qu’elle a prononcé une conférence de presse publique, la déclaration de Trump ne peut guère être interprétée comme la preuve d’un complot.

L’article du Times poursuit en décrivant comment les responsables du FBI ont surveillé la plate-forme adoptée à la Convention nationale républicaine, rapportant que l’agence d’espionnage « a regardé avec inquiétude le Parti républicain assouplir sa plate-forme conventionnelle sur la crise en Ukraine d’une manière qui semblait profiter à la Russie ». Autrement dit, le principal service de police du pays craignait que les positions adoptées contreviennent à certains principes fondamentaux des sections dominantes de l’establishment de la politique étrangère.

Par quelle autorité constitutionnelle le FBI peut-il, sur la base des positions politiques adoptées par l’un ou l’autre des deux principaux partis capitalistes, ouvrir une enquête secrète sur la trahison et le complot ? Une telle opération fait penser à un État policier et rappelle les méthodes du NKVD stalinien.

L’agence a également enquêté sur quatre aides de campagne de Trump au sujet d’éventuels liens avec la Russie, et a même utilisé le fameux dossier Steele, constitué de potins anti-Trump recueillis de sources russes par un ancien agent de renseignement britannique sur les salaires du Parti démocratique.

Après que Trump eut congédié Comey, selon le Times, « les responsables de l’application de la loi sont devenus tellement préoccupés par le comportement du Président qu’ils ont commencé à enquêter pour savoir s’il avait travaillé pour le compte de la Russie contre les intérêts américains […] Les enquêteurs du contre-espionnage ont dû examiner si les propres actions du président constituaient une menace possible pour la sécurité nationale. Les agents ont également cherché à déterminer si M. Trump travaillait sciemment pour la Russie ou s’il était involontairement tombé sous l’influence de Moscou. »

Les opérations du FBI, encouragées, aidées et encouragées par le Times, rappellent les divagations paranoïaques de la John Birch Society, le groupe d’extrême droite formé dans les années 1950, dont le fondateur, Robert Welch, a affirmé que le président Dwight D. Eisenhower, l’ancien commandant des forces alliées en Europe, était « un agent dévoué et conscient du complot communiste ».

Des affirmations qui étaient autrefois le fait d’un groupe extrémiste, en marge de la politique américaine, sont aujourd’hui adoptées par l’appareil de renseignement militaire, font la une du quotidien américain le plus influent et dominent l’actualité des réseaux et de la télévision par câble.

Mais ces allégations n’ont aucune crédibilité. Pourquoi quelqu’un devrait-il croire que Trump, à 70 ans, après avoir été pendant des décennies un magnat de l’immobilier, un escroc et une célébrité des médias, avec une fortune d’un milliard de dollars, a soudainement décidé de tout miser sur Vladimir Poutine ? Même le rapport du Times lui-même admet, en une seule phrase enfouie dans le texte de deux mille mots, que « rien ne prouve publiquement que M. Trump était secrètement en contact avec des représentants du gouvernement russe ou qu’il avait reçu des directives de ceux-ci ».

Bien qu’il n’y ait aucune preuve d’une conspiration entre Trump et Moscou, le rapport du Times lui-même est la preuve d’une conspiration impliquant les agences de renseignement et les médias bourgeois pour renverser l’élection présidentielle de 2016 – que Trump a gagné, quoique dans le cadre non démocratique du Collège électoral – et installer un gouvernement qui serait différent de Trump principalement en étant plus engagé dans une confrontation militaire avec la Russie en Syrie, Ukraine et autres.

Une enquête de sécurité secrète menée par un puissant service de police contre un Président ou un Premier ministre élu ne peut être décrite que comme l’antichambre d’un coup d’État perpétré par les militaires ou les services de renseignement.

Historiquement, le FBI a toujours été au centre de ces dangers aux États-Unis. Son directeur fondateur, J. Edgar Hoover, était connu pour son pouvoir incontrôlé, en particulier pendant la période de la chasse aux sorcières anticommuniste de McCarthy, quand il a accumulé des dossiers sur pratiquement tous les politiciens démocrates et républicains et autorisé l’espionnage généralisé des groupes pacifistes et de défense des droits civiques.

Le président John F. Kennedy était tellement préoccupé qu’il a installé son frère Robert comme procureur général – et supérieur nominal à Hoover – pour surveiller le bureau. Cela n’a pas sauvé Kennedy de l’assassinat de 1963, un événement lié de manière encore confidentielle à des cercles d’extrême droite, y compris des exilés cubains aigris par la catastrophe de la Baie des Cochons, des ségrégationnistes du Sud, et des sections de l’appareil de renseignement militaire en armes depuis que Kennedy a signé avec Moscou un traité interdisant des essais nucléaires.

Le rapport du New York Times – et un article d’accompagnement publié dimanche dans le Washington Post affirmant que Trump a gardés secrets des détails clés de ses conversations privées avec Poutine – sert à légitimer la conduite antidémocratique et inconstitutionnelle de l’appareil du renseignement militaire.

Ces rapports mettent en lumière l’étonnante complaisance des médias « grand public » face aux menaces de Trump de déclarer un état d’urgence nationale, sous prétexte de son conflit avec les Démocrates du Congrès au sujet du financement d’un mur frontalier, qui a conduit à la fermeture partielle du gouvernement fédéral pendant trois semaines.

Si l’on prend pour argent comptant la thèse principale des rapports des deux journaux, leur acquiescement à une éventuelle déclaration de Trump d’état d’urgence est inexplicable. Après tout, si Trump est l’agent de Poutine, une déclaration d’état d’urgence de Trump, lui conférant une autorité quasi absolue, placerait les États-Unis sous le contrôle de Moscou.

L’explication est que le Times et le Post accueillent favorablement la discussion sur l’état d’urgence, pour préparer les forces de l’État aux conflits à venir avec la classe ouvrière. Leur seul désaccord avec Trump est de savoir quelle faction de l’élite dirigeante – Trump ou ses opposants du Parti démocrate – devrait diriger la répression.

Une chose est certaine : si Trump déclare un état d’urgence nationale, ou si, comme le Post l’a suggéré dans un éditorial, ses opposants de l’élite dirigeante déclarent un état d’urgence nationale à propos d’une prétendue « ingérence » russe dans le but de l’éliminer, cela constituera une rupture irrévocable avec la démocratie.

Il est impossible de déterminer quel camp est le plus réactionnaire dans ce conflit sordide. La classe ouvrière est face à deux alternatives : soit la crise politique actuelle sera résolue par une faction de l’élite dirigeante prenant l’initiative contre l’autre, en utilisant les méthodes du coup de palais et de la dictature, dont la cible essentielle est la classe ouvrière, soit les travailleurs prendront l’initiative en masse contre l’ensemble de l’establishment politique et le système capitaliste qu’elle défend.

(Article paru d’abord en anglais le 14 janvier 2019)