Dave North s‘adresse en Nouvelle-Zélande à une réunion célébrant 80 ans de la Quatrième Internationale

Par nos correspondants
13 décembre 2018

David North, président du comité international de rédaction du World Socialist Web Site et du Parti de l’égalité socialiste (SEP, États-Unis), a donné sa conférence intitulée «Quatre-vingts ans de la Quatrième Internationale (1938-2018): la lutte des classes, la révolution et le socialisme au XXIe siècle» dimanche à l’Université Victoria de Wellington en Nouvelle-Zélande.

Cela faisait partie d’une série de meetings internationaux commémorant la fondation de la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste, par Léon Trotsky en 1938. Au cours des deux derniers mois, North a donné des conférences dans plusieurs villes des États-Unis, au Sri Lanka et en Australie.

David North s'adressant à l'assemblée

La réunion de Wellington, organisée par le Groupe de l’égalité socialiste (Nouvelle Zélande) et l’«International Youth and Students for Social Equality», a attiré un public diversifié de plus de 50 personnes, dont des étudiants, des travailleurs, des chômeurs et des universitaires. Certains lecteurs du WSWS sont venus d’Auckland et d’autres régions du pays pour y assister.

North a commencé par pointer le mouvement de protestation explosif des Gilets Jaunes en France, dans lequel des centaines de milliers de travailleurs avaient marché contre l’inégalité sociale et l’austérité. La résurgence de la lutte des classes, a dit North, ne peut être comprise que dans son contexte historique et international plus large. Les contradictions du capitalisme, qui ont produit des catastrophes au XXe siècle — la Dépression, la montée du fascisme et deux guerres mondiales — ont de nouveau conduit à une crise systémique aux implications révolutionnaires.

North expliqua que Trotsky avait appelé à la construction de la Quatrième Internationale après les trahisons des partis staliniens en Europe, qui avaient conduit à la défaite de la classe ouvrière et à l’ascension du fascisme en Allemagne en 1933. À l’époque, comme aujourd’hui, la menace de la dictature, du fascisme et de la guerre ne pouvait être vaincue que grâce à une stratégie explicitement socialiste et internationaliste, visant à unir la classe ouvrière pour renverser le capitalisme.

Il a souligné le danger que représentait la résurgence de l’extrême droite et du néofascisme en Europe, en Amérique et dans le monde, consciemment encouragés par l’establishment politique et les médias patronaux. Cela incluait le New Zealand First Party, le parti anti-immigrés néo-zélandais qui s’est vu confier un rôle majeur dans la coalition menée par le Parti travailliste de la premier ministre Jacinda Ardern.

North a souligné qu’un véritable mouvement socialiste contre la guerre et le fascisme ne pouvait se construire que dans une lutte politique pour séparer le marxisme de la politique pseudo de gauche et des théories postmodernes, comme celles de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, qui dominent dans les universités du monde entier. Ces représentants de la classe moyenne supérieure rejettent la politique basée sur la classe ouvrière, prônant au contraire diverses formes de «populisme de gauche» comme la politique de l’identité basée sur la race et le genre, et qui s’adaptent au nationalisme de l’extrême droite.

La conférence a soulevé des questions sérieuses sur la nature de la classe ouvrière et sur la façon dont l’irrationalisme postmoderne a fourni la justification théorique de la politique opportuniste de démagogues de gauche comme Bernie Sanders, Jeremy Corbyn et le gouvernement Syriza en Grèce.

Un étudiant chinois a demandé si l’unification politique des travailleurs chinois et américains était possible étant donné la montée du militarisme dans les deux pays. North a répondu que «l’avenir du monde dépend en grande partie de la réalisation d’une telle unité. L’Amérique et la Chine sont sur une trajectoire de collision. L’impérialisme américain ne tolérera tout simplement pas les restrictions que le développement de la Chine a imposées à ses propres profits». La réponse de l’élite dirigeante chinoise était de se préparer à une guerre catastrophique.

North fit remarquer qu’il y avait eu une participation importante d’étudiants chinois à ses récentes conférences aux États-Unis, ce qui était lié à la crise sociale croissante en Chine et aux préoccupations relatives à la situation internationale.

Des journalistes du World Socialist Web Site se sont entretenus avec des membres de l'auditoire après la réunion.

Shantanu, un travailleur en informatique au chômage, qui est venu d’Auckland pour assister à la réunion, a déclaré: «J’ai été très enthousiasmé par North: sa maîtrise de la langue, sa compréhension de Marx, de l’histoire et de l’époque dans laquelle nous vivons actuellement. Je ne savais pas que le fascisme en Europe avait atteint ce stade là, surtout en Autriche».

Shantanu

Il trouva l'analyse de Trotsky sur la montée du fascisme «étonnamment perspicace. C'est comme si Trotsky savait que quelque chose allait se passer avant que ça n'arrive. Cela m’a inspiré à lire d'autres écrits de Trotsky maintenant, et d'autres livres de David North».

Il est d’accord avec la critique par North de la politique de la pseudo-gauche, en particulier son rejet de la classe ouvrière et son adaptation au nationalisme. «On n’a pas ce genre de discussion en Nouvelle-Zélande, nulle part ailleurs. Ils enseignent un point de vue très étroit dans les universités».

«Les classes existent, elles ont peut-être un peu changé depuis 1844 ou depuis la fondation de la Quatrième Internationale, elles ont l’air un peu différentes, mais elles sont toujours là». Les Gilets Jaunes étaient «une manifestation venant du peuple, venant de la classe ouvrière. Beaucoup de gens répondront à vos idées parce que les gens en ont assez du capitalisme en général».

Peter

Peter, qui se porte volontaire en tant que défenseur des bénéficiaires de l'aide sociale, s'est intéressé aux commentaires de North sur le postmodernisme et a acheté son livre: «The Frankfurt School, Postmodernism and the Politics of the Pseudo-left: A Marxist Critique». Il a dit que la clarification par North de la nature objective de la classe ouvrière était très importante. «David [North] a expliqué que l'ouvrier moderne d'aujourd'hui n'est pas le même que les ouvriers de quand le marxisme a été fondé. Le prolétariat est aujourd'hui beaucoup plus diversifié et plus nombreux qu'on ne le pense. Le travailleur reste la catégorie sociale la plus importante. »

«Je pense que les gens recherchent une politique de type internationaliste plutôt que nationaliste», a-t-il poursuivi. «Certains de nos problèmes sociaux ne peuvent pas être traités sur un plan national. On ne peut pas faire face aux changements climatiques dans les limites d’un État-nation; si l’on ne parvient pas à un accord international, alors on est coincé».

David

David, un travailleur de la viande et lecteur de longue date de WSWS, a dit qu’il avait été «fasciné par l’ensemble de la présentation». Il a déclaré que les manifestations en France «montrent l’opposition généralisée à l’élite dirigeante dans toute l’Europe» et que leur répression violente par la police était «assez choquante». Il a reconnu que le monde allait au devant «soit du fascisme, soit d’une révolution socialiste». Il «n’y a pas de ‘voie médiane’ via le parlement, même en Nouvelle-Zélande».

Stan, un chômeur de Levin, qui suit aussi le WSWS, a été touché par les images des manifestations de masse en France. «Il y a des images de tireurs d’élite sur les toits, d’écoliers à genoux, les mains dans le dos, entourés de policiers militarisés et d’autres choses du genre. C’est le genre de réaction à laquelle nous devons nous attendre de la bourgeoisie envers la classe ouvrière».

Stan a été frappé par «l’accent mis par North sur les processus objectifs et la similarité des événements actuels avec les événements antérieurs à la Première et à la Seconde Guerre mondiale», y compris l’adaptation des partis pseudo de gauche au «poison nationaliste». Il pensait que beaucoup de Néo-Zélandais «ne voient probablement pas le danger dans le gouvernement de coalition de Labour et de New Zealand First parce qu’ils le voient de trop près » et parce que les médias ont cherché à minimiser le nationalisme extrême et le racisme anti-asiatique de NZ First.

(Article paru d’abord en anglais le 11 décembre 2018)

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