La fédération syndicale allemande défend Hartz IV

Par Ulrich Rippert
4 décembre 2018

Face à la baisse dans les sondages, Andrea Nahles, chef du Parti social-démocrate allemand (SPD), a soulevé la question de la réforme du droit du travail Hartz IV en Allemagne. Lors d’un soi-disant « camp de débat » du SPD, qui portait sur la grande perte de voix lors des précédentes élections d’État, elle a déclaré à la mi-novembre : « Nous allons laisser Hartz IV derrière nous ».

Ce qui devrait être changé exactement dans les lois Hartz reste complètement flou. Nahles parlait vaguement d’« assurance civile », tandis que le chef du Parti vert, Robert Habeck, faisait allusion à la « sécurité de base pour les nécessiteux ». Avec l’Agenda 2010, qui inclut les lois Hartz, un vaste secteur à bas salaires a été créé au cours des quinze dernières années. Plusieurs spécialistes des sciences sociales soutiennent depuis longtemps que l’Agenda 2010 a mis tellement de pression sur les travailleurs pour qu’ils acceptent des emplois à bas salaires que certaines des mesures coercitives bureaucratiques ne sont plus nécessaires.

Cependant, plusieurs membres du comité exécutif du SPD ont souligné que le principe Hartz de « promouvoir et exiger » doit être maintenu.

Le SPD ne s’intéresse qu’aux cosmétiques et à un éventuel changement de nom, car Hartz IV est désormais associé à la pauvreté de masse, au harcèlement de l’État, aux bas salaires et aux inégalités sociales. Les lois Hartz sont devenues le centre de l’indignation sociale croissante au sein de la population.

Reiner Hoffmann, président de la Confédération allemande des syndicats (DGB), est l’un des premiers à prendre la parole pour défendre les lois Hartz détestées contre un tel changement symbolique. Il a dit au groupe des médias « Funke » qu’il ne pouvait pas comprendre l’« hyperventilation » autour de Hartz IV.

Ce n’est pas « une bonne idée » de mettre fin à la coercition des chômeurs, a-t-il dit, car le travail est « participatif et important pour la cohésion sociale ». Hartz IV, selon Hoffmann, a contribué de manière significative à la réduction du chômage et à l’augmentation du nombre d’employés.

En lisant cela, on pourrait facilement confondre le président de la Confédération syndicale allemande avec le chef du Front ouvrier allemand (DAF), fondé en 1935 par les nazis. Le chef du DAF et un haut fonctionnaire du parti nazi, Robert Ley parlait également de la « communauté du peuple » et de la nécessaire coercition des travailleurs.

Le fait que Hoffmann défende les lois Hartz et justifie les mesures coercitives associées est la preuve que les syndicats n’ont plus rien à voir avec la défense des intérêts des travailleurs. Ce sont des appareils bureaucratiques qui appliquent des réductions massives des salaires et des réductions sociales dans l’intérêt du gouvernement et de la classe capitaliste au pouvoir.

Il n’y a pas assez d’espace ici pour décrire le déclin social qui a eu lieu depuis l’introduction des lois Hartz en janvier 2005 par le gouvernement fédéral de coalition du SPD et les verts, de l’époque. Toutefois, quelques citations tirées d’un rapport sur le marché du travail publié ce mois-ci par la DGB elle-même en fournissent une indication.

Le rapport explique que les postes de travail normaux ont été massivement réduits en faveur de l’emploi précaire. Le nombre de salariés à temps plein couvert par les assurances sociales stagne depuis 2003. Dans le même temps, l’emploi dit « atypique » est passé de 14,1 millions à 22,2 millions. Le groupe d’emploi atypique comprend les travailleurs à temps partiel, les travailleurs à durée déterminée, les travailleurs marginaux et les travailleurs indépendants et sous-traitants.

Cela a de vastes répercussions pour ceux qui entrent dans la catégorie des emplois dits « typiques ». Ils sont : « sous pression par crainte de perdre leur emploi pour faire des concessions à leurs employeurs », note la DGB.

L’étude de la DGB indique ce qui suit en ce qui concerne le groupe atypique : « Le travail précaire a conduit à une augmentation drastique dans le secteur des bas salaires. En Allemagne, elle est plus grande que dans tous les autres pays d’Europe occidentale. Environ 1,2 million de travailleurs gagnent si peu qu’ils dépendent de Hartz IV ».

« Beaucoup de gens sont pauvres, même s’ils ont un emploi rémunéré. La menace de sanction dans la relation Hartz IV a un effet disciplinant sur tous les demandeurs d’emploi… Les demandeurs d’emploi savent qu’ils seront sanctionnés s’ils refusent un emploi (par exemple, parce qu’il est sous-payé) et ne peuvent donc pas négocier librement et en toute confiance les salaires et les conditions de travail avec les employeurs. L’obligation d’accepter pratiquement n’importe quel emploi agit également comme un moteur de l’emploi précaire ».

En 2016, 22,7 pour cent de tous les employés en Allemagne travaillaient pour un salaire horaire inférieur au salaire minimum (10,50 euros). « De nombreux employés se déplacent d’un emploi à l’autre », peut-on lire dans le rapport. « L’emploi à durée déterminée peut durer des années ». Le nombre de contrats à durée déterminée est passé de 1,66 million avant la réforme Hartz IV à 3,15 millions l’an dernier.

« En 2017, le travail temporaire en Allemagne a atteint un pic de plus d’un million d’employés… La probabilité de passer à un emploi régulier même après cinq ans de travail temporaire n’est que de 35 pour cent ».

Tant pis pour le discours de Hoffmann sur le travail participatif !

En particulier, les contrats de travail comportent un « risque élevé d’exploitation pour les travailleurs à faible revenu… des emplois facilement remplaçables sont externalisés par le travail à façon. Cela créera un écart de rémunération supplémentaire ».

Selon l’étude de la DGB, le plus grand groupe de travailleurs précaires est le « secteur des mini-emplois, avec 7,5 millions d’employés actuels ». Le rapport se poursuit : « 4,7 millions de chercheurs d’emploi ne sont que marginalement employés, dont 2,7 millions âgés de 25 et 64 ans ». En outre, il y a une « expansion massive des travailleurs à temps partiel ».

L’étude reste silencieuse sur le fait que ce sont les syndicats qui ont largement rédigé les lois Hartz. Des représentants syndicaux ont siégé aux côtés de représentants du monde des affaires et du gouvernement fédéral au sein d’une commission présidée par Peter Hartz, d’après lequel les lois ont été nommées.

Parmi les membres de la commission figuraient Peter Gasse (SPD), alors directeur du syndicat IG Metall (IGM) en Rhénanie du Nord-Westphalie (NRW), son prédécesseur Harald Schartau (SPD), ministre du Travail et des Affaires sociales en NRW, et Isolde Kunkel-Weber, de la direction fédérale du syndicat Verdi.

Peter Hartz lui-même était et est toujours membre d’IGM et du SPD. Par la suite, il est devenu directeur du personnel de Volkswagen. Il est resté à ce poste jusqu’en 2005, lorsqu’un scandale de corruption a éclaté qui l’a impliqué dans des cas de détournement de fonds et de favoritisme impliquant des comités d’entreprise. Il a été condamné à deux ans de prison et à une amende de 576 000 euros.

Sous le gouvernement de coalition du SPD et des verts, dirigé par le chancelier Helmut Schroeder, les syndicats ont fusionné complètement avec l’État et mis en œuvre les attaques sociales de l’Agenda 2010 contre la résistance de nombreux travailleurs. Ce n’est donc pas un hasard si le président de l’IG Metall de l’époque, Berthold Huber, a fêté son 60ᵉ anniversaire en 2010 à la Chancellerie de Berlin, sur invitation du chef du gouvernement.

Depuis, la coopération entre les syndicats et le gouvernement fédéral s’est encore resserrée. Le DGB avait plaidé bien avant la formation du gouvernement actuel pour la poursuite de la grande coalition, bien que ce gouvernement poursuive la politique intérieure et étrangère la plus à droite depuis l’ère nazie. Hoffmann et la direction du DGB soutiennent le réarmement militaire, les réductions sociales qui en découlent et toutes les mesures visant à renforcer la compétitivité de l’économie allemande face à ses concurrents internationaux.

Ancien fonctionnaire de l’IGBE, Hoffman a étudié l’économie aux frais du syndicat avant de devenir directeur de l’Institut syndical européen (EGI) à Bruxelles. Bureaucrate syndical particulièrement répugnant, il parle au nom d’une couche sociale qui s’identifie pleinement aux intérêts de l’impérialisme allemand et déteste et craint la classe ouvrière.

Son prédécesseur, Michael Sommer, a soutenu le retour de la politique allemande des superpuissance et a maintenu des contacts étroits avec l’armée allemande (Bundeswehr). À cette époque, la DGB, dans une déclaration commune avec la Bundeswehr, affirmait que les syndicats et la Bundeswehr faisaient tous deux partie du mouvement pour la paix. Peu de temps après, la DGB a participé aux célébrations du 60ᵉ anniversaire de la fondation de la Bundeswehr.

Plus la résistance à la politique de guerre et aux attaques sociales de la classe dirigeante augmente, plus les syndicats agissent ouvertement comme force de maintien de l’ordre, tout en renforçant leur alliance avec les grandes entreprises et l’État. Il en va de même en France, où les protestations contre la taxe sur l’essence se transforment rapidement en mouvement contre le gouvernement Macron.

Il y a six semaines, Hoffmann a célébré le centenaire de l’accord Stinnes-Legien, qui a établi ce que l’on appelle le « partenariat social » entre les syndicats et la bourgeoisie. En novembre 1918, ce pacte entre les capitalistes, le gouvernement et les syndicats ouvre la voie à la répression sanglante des soulèvements révolutionnaires ouvriers, qui refusent de se contenter du renversement du Kaiser et luttent pour le pouvoir ouvrier et le socialisme. L’accord a déclenché le processus catastrophique qui a culminé avec l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933.

Aujourd’hui, les syndicats reviennent à cette tradition. Ils sont déterminés à utiliser la même brutalité contre la classe ouvrière.

D’où la dernière déclaration du siège de la DGB déclarant que la fédération syndicale ne tolérera plus les événements antifascistes dans ses locaux. « Nous ne sommes pas Antifa et nous ne louerons pas les locaux de la DGB aux Antifa à l’avenir », a déclaré Hoffmann mardi, devant le congrès du syndicat de police (GdP) à Berlin. Hoffmann a été clair : l’ennemi est à gauche.

(Article paru d’abord en anglais le 3 décembre 2018)