Près de 100 000 travailleurs des plantations du Sri Lanka à nouveau en grève pour l’augmentation des salaires

Par nos journalistes
1 décembre 2018

Environ 100 000 travailleurs des plantations ont organisé une grève d’une journée au Sri Lanka lundi pour exiger une augmentation de 100 pour cent de leur salaire journalier. Des travailleurs des grandes plantations dans tous les districts des collines de l’île, y compris Nuwara-Eliya, Badulla, Kandy, Matale, Kegalla, Ratnapura et Kalutara, et dans la capitale, Colombo, ont participé à cette action.

Le syndicat des plantations, le Ceylon Workers Congress (CWC – Congrès des ouvriers de Ceylon – ancien nom de Sri Lanka) a appelé à la grève, mais n’a organisé aucune manifestation. Malgré cela, les travailleurs ont organisé des manifestations et des rassemblements durant jusqu’à trois heures dans divers districts. Les travailleurs cinghalais, tamouls et musulmans d’autres secteurs économiques ont soutenu la grève, tandis que les commerçants des principales villes dans les régions des plantations ont fermé leurs magasins pour manifester leur soutien.

Une manifestation près de Norwood

Depuis le début du mois d’octobre, les travailleurs des plantations organisent des manifestations quotidiennes dans leurs domaines respectifs. Le CWC, le Syndicat national des travailleurs (NUW), soutenus par le Front populaire démocratique (DPF) et le Front du peuple du nord (UPF), cependant, ont tous gardé isolées les grèves et les manifestations les unes des autres.

La grève de lundi était également limitée à une journée, les représentants du CWC ordonnant aux travailleurs de rester dans leur domaine. La NUW et le DPF ont refusé d’appuyer la grève de lundi, mais leurs membres s’y sont néanmoins joints.

Les syndicats des plantations, qui fonctionnent aussi comme des partis politiques, sont résolus à empêcher que ces luttes salariales échappent à leur contrôle et déclenchent des actions syndicales de masse par d’autres travailleurs, ce qui conduirait à un affrontement politique avec le gouvernement.

Les syndicats ont joué le même rôle plus tôt cette année lorsque les travailleurs des chemins de fer, de la poste, de la compagnie des eaux, de l’université et d’autres secteurs ont mené des actions syndicales et organisé des manifestations pour exiger des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail.

Lorsque le président Maithripala Sirisena a destitué inconstitutionnellement Wickremesinghe de son poste de Premier ministre et l’a remplacé par l’ancien président Mahinda Rajapakse le 26 octobre, les syndicats des travailleurs des plantations ont tout fait pour contenir la lutte pour les salaires et empêcher les travailleurs de plantation d’aggraver la crise politique.

Les dirigeants syndicaux des plantations ont été ministres et défenseurs politiques des gouvernements Rajapakse et Sirisena-Wickremesinghe, et ont loyalement soutenu leurs attaques contre les conditions de vie des travailleurs.

Les travailleurs font la queue pour un rassemblement à Pussellawa

Arumugam Thondaman, chef de la CWC, est devenu ministre dans le nouveau gouvernement Rajapakse et a immédiatement affirmé que le nouveau premier ministre avait promis aux travailleurs des plantations une augmentation de salaire de 100 pour cent. La « promesse » de Rajapakse, bien sûr, était un mensonge. Ce n’était qu’une de ses manœuvres pour obtenir une majorité parlementaire.

Pour leur part, P. Digambaram et Mano Ganeshan, leaders du NUW et du DPF respectivement, qui occupaient auparavant des postes ministériels dans l’administration de Wickremesinghe, ont soutenu le Premier ministre destitué et sa fraction dirigée par le Parti national uni (UNP).

Le CWC a été forcé de déclencher la grève d’une journée de cette semaine dans une tentative désespérée de dissiper la colère des ouvriers. La convention collective des travailleurs des plantations a pris fin le 31 octobre, mais la promesse frauduleuse de Rajapakse d’augmenter les salaires n’a rien donné.

Le chef de la CWC, Arumugam Thondaman, a convoqué une conférence de presse à Kotagala après la grève de lundi, déclarant qu’il s’agissait d’une « grande victoire » et affirmant qu’elle « ferait pression sur les entreprises et montrerait la force du peuple au gouvernement ».

Les affirmations de Thondaman, comme la « promesse » de Rajapakse, ne valent rien. Comme par le passé, le CWC et les autres syndicats de plantations continueront à tenir des discussions en coulisses avec les entreprises, puis chercheront à imposer leurs revendications aux travailleurs.

Les sociétés de plantation ont constamment rejeté les revendications des travailleurs qui réclamaient une augmentation salariale de 100 pour cent, offrant à la place une maigre augmentation de 20 pour cent, ou 100 roupies, sur le salaire quotidien de base actuelle de 500 roupies (2,80 dollars ou 2,47 euros).

La semaine dernière, Roshan Rajadurai, président du groupe de la Fédération des employeurs des services de plantation de Ceylan, a déclaré aux médias qu’il était impossible d’accorder les revendications salariales des travailleurs dans un contexte de baisse des prix du thé et de hausse des coûts de production.

« Environ 35 pour cent de nos thés sont invendus en raison des conditions du marché ; les prix baissent », a-t-il dit. « Nos thés sont chers, il y a des thés de la même qualité à des prix plus bas sur le marché mondial en provenance de pays comme l’Inde ».

Rajadurai a répété l’offre salariale précédente du chef de plantation de 20 pour cent et a affirmé que les travailleurs pouvaient gagner 400 roupies supplémentaires grâce à des primes supplémentaires liées à la productivité.

Lundi, les grévistes ont dénoncé les syndicats et le gouvernement. Un travailleur de la plantation Ottery à Dick-Oya, près de Hatton, a déclaré au WSWS : « Nous nous sommes joints à la grève pour établir l’unité des travailleurs, mais nous n’avons aucune confiance que le CWC ou les autres dirigeants syndicaux vont se battre pour nos revendications ».

« Nous avons manifesté pour notre revendication salariale dans la ville de Dick-Oya le 26 octobre, le jour même où le Président Sirisena a nommé Rajapakse comme Premier ministre. Après cela, les dirigeants syndicaux nous ont dit d’oublier notre question salariale ».

Piquetage des travailleurs près de Dickoya

Dimanche, un jour avant la grève de cette semaine, Rajapakse a publié une déclaration publique qui affirme que le Sri Lanka est au bord de l’effondrement économique et le comparant à la situation de la Grèce il y a trois ans. Il a promis que son gouvernement contrôlerait « strictement » les dépenses publiques et que le peuple devait le soutenir « comme pendant la guerre, et construire le pays ».

Mangala Samaraweera, ancienne ministre des Finances et chef de la fraction de Wickremesinghe, a également averti que le Sri Lanka était au bord de l’effondrement économique et a fait référence à la Grèce. La stabilité politique, a-t-il dit, ne peut être établie qu’en permettant à la faction Wickremesinghe de gouverner.

Ces références à la crise financière grecque montrent clairement que quelle que soit la faction politique qui finira par prendre le contrôle du gouvernement elle déclenchera des attaques similaires à celles qui sont imposées aux travailleurs grecs, sur les ordres des grandes entreprises et du capital financier international, contre les emplois, les salaires et les droits sociaux des Sri Lankais.

(Article paru d’abord en anglais le 29 novembre 2018)