À la manifestation des travailleurs d'ABI, des responsables Métallos menacent des partisans du WSWS

Par Laurent Lafrance
1 décembre 2018

Des représentants du Syndicat des Métallos ont réagi avec colère et agressivité aux efforts du World Socialist Web Site pour démasquer leur isolement systématique de la lutte des travailleurs de l'Aluminerie de Bécancour et leur volonté de travailler avec Alcoa et le nouveau gouvernement de droite québécois de la CAQ pour imposer des concessions et des réductions d'emplois aux travailleurs d'ABI.

Entouré d'autres partisans de la bureaucratie des Métallos, Dominic Lemieux, l'adjoint du directeur des Métallos au Québec, a accosté et calomnié des sympathisants du WSWS qui distribuaient une déclaration mercredi dernier à la manifestation des travailleurs d'ABI, à Montréal.

Intitulée «La voie de l’avant pour les travailleurs d’ABI: pas de concessions, ni coupures dans les pensions ou les emplois! Il faut élargir la lutte!», la déclaration avertissait que le malgré le courage et le militantisme des travailleurs d'ABI, leur lutte était «en grand danger» à cause de la politique corporatiste de droite du syndicat des Métallos et de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

Dans le but de monter les travailleurs contre les sympathisants du WSWS, Lemieux les a accusés d'être à la solde d'Alcoa et de Rio Tinto et de chercher à affaiblir la lutte ouvrière contre ABI en divisant les travailleurs de leur syndicat.

En réponse, ce reporter du WSWS a fait référence à une section de la déclaration du WSWS qui notait que la direction des Métallos s'est plusieurs fois déclarée prête à imposer des réductions de pensions et d'emplois. Le passage se lit comme suit: «Selon le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, le syndicat avait déjà accepté, avant même le début du lock-out, l'établissement d'un nouveau régime de retraite entièrement financé par les travailleurs. Plus récemment, Dominic Lemieux, adjoint au directeur québécois du Syndicat des Métallos, a déclaré que le syndicat est "prêt à [accepter] des suppressions d’emplois" chez ABI "si vous introduisez de nouvelles technologies et des choses comme ça"».

C'est alors qu'un Lemieux au visage rouge s'est identifié en déclarant: «Je suis Dominic Lemieux».

Lemieux a poursuivi en confirmant que oui, les Métallos accepteraient des réductions d'emplois. Mais il a tenté de blâmer les travailleurs d'ABI, citant le fait qu'ils avaient ratifié un précédent contrat négocié par les Métallos qui disait que l'entreprise peut éliminer des emplois par attrition si elle «investit» dans la technologie. (Un travailleur nous a dit par la suite que l'entreprise avait eu recours à cette clause pour sous-traiter du travail à des entreprises qui payaient des salaires et des avantages sociaux beaucoup moins élevés).

Les sympathisants du WSWS ont gardé leur sang-froid et, reconnaissant qu'un groupe de travailleurs écoutait l'échange animé, ont cherché à l'utiliser pour plaider en faveur d'un élargissement de la lutte et forcer Lemieux à expliquer pourquoi les Métallos refusent de lutter pour mobiliser ses membres au Québec et partout en Amérique du Nord en faveur des travailleurs d'ABI.

Mais Lemieux et ses acolytes n'étaient pas du tout intéressés à débattre de la voie à suivre pour les travailleurs de l'ABI après plus de dix mois de lock-out. Ils ont répondu par d'autres calomnies et en se montrant de plus en plus menaçants.

Lemieux a déchiré une des déclarations du WSWS. Ensuite, l'un de ses associés a pris des liasses de déclarations dans les mains de deux des sympathisants du WSWS et les a jetées en l'air. Les travailleurs, visiblement secoués par le comportement agressif des bureaucrates des Métallos et craignant une altercation, nous ont conseillé de partir avant que la situation empire. C'est ce que nous avons fait.

Le comportement des dirigeants des Métallos témoigne de leur nervosité et de leur peur. Ils s'opposent à toute lutte des travailleurs contre la campagne de la classe dirigeante pour détruire leurs salaires et leurs droits sociaux et utiliser la sous-traitance et le changement technologique pour réduire les emplois. Cette hostilité organique des syndicats à la mobilisation ouvrière et leurs appels réactionnaires aux actionnaires et à l'establishment politique ont mené les travailleurs dans une impasse.

Et lorsque leurs manœuvres anti-ouvrières sont démasquées, ils réagissent de la même façon qu'ils le font envers les travailleurs qui osent les critiquer lors des réunions syndicales ou dans les usines – avec des menaces, de l'intimidation et des listes noires.

Agissant comme des despotes, ils s'arrogent le droit de décider ce que les travailleurs sont ou ne sont pas autorisés à entendre et à lire.

Organiquement liée au système capitaliste par ses nombreux privilèges, dont des fonds d'investissement de plusieurs milliards de dollars comme le Fonds de solidarité de la FTQ, la bureaucratie syndicale répond par des méthodes antidémocratiques dignes de l'extrême droite à la croissance des luttes ouvrières. Ils craignent de perdre le contrôle de leurs membres et sont horrifiés par les efforts de plus en plus conscients des travailleurs pour briser leur emprise.

Qu'il s'agisse des «gilets jaunes» en France ou des enseignants aux États-Unis, les luttes ouvrières émergent de plus en plus hors du contrôle des syndicats pro-capitalistes.

Les WSWS et le Parti de l'égalité socialiste ne se laisseront pas intimider. Nous avons cherché à attirer l'attention des travailleurs au Québec, au Canada et à l'international sur la lutte des travailleurs d'ABI. Nous avons averti que les patrons de l'aluminium tentent d'imposer de vastes concessions aux travailleurs d'ABI afin d'établir de nouvelles normes régressives pour leurs opérations dans le monde. Nous avons publié près d'une vingtaine d'articles en anglais et en français sur les travailleurs d'ABI, ainsi que des articles sur la récente grève dans les installations d'Alcoa en Australie.

Nous allons intensifier nos efforts pour apporter une perspective socialiste aux travailleurs d'ABI, pour rallier derrière eux le soutien des travailleurs au Canada et à l'international et pour dénoncer les manoeuvres traîtres des bureaucrates des Métallos et de la FTQ.

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