Les nationalistes tamouls soutiennent les mêmes factions que les États-Unis dans la crise politique au Sri Lanka

Par K. Nesan
12 novembre 2018

Le 3 novembre, l’Alliance nationale tamoule (TNA) a annoncé qu’elle voterait pour la motion de censure du Parti national unifié (UNP) contre Mahinda Rajapakse au Parlement. Selon une déclaration officielle de la TNA, le renvoi du Premier ministre de l’UNP, Ranil Wickremesinghe, et le choix de Rajapakse au poste de Premier ministre par le Président Maithripala Sirisena sont qualifiés d’« illégaux », d’« inconstitutionnels » et de « non démocratiques » en violation de la « suprématie parlementaire ».

Mavai Senathirajah, qui dirige le Parti fédéral, la composante dominante de la TNA, avait déclaré quatre jours plus tôt que l’alliance ne déciderait qui soutenir dans la crise politique subséquente qu’après avoir consulté la « communauté internationale » et l’Inde.

La décision de la TNA de soutenir Wickremesinghe n’a rien à voir avec la défense de la démocratie. Au lieu de cela, l’organisation poursuit le même processus pro-impérialiste qu’en soutenant le renversement du Président Rajapakse parrainé par les États-Unis qui a amené Sirisena et Wickremesinghe au pouvoir en 2015. Cette opération visait à installer un gouvernement pro-américain à Colombo, conformément aux préparatifs de guerre de Washington contre la Chine.

À l’encontre des nationalistes tamouls et les autres organisations de « gauche » de la classe moyenne, le SEP (Sri Lanka) est le seul parti politique à avoir rejeté les affirmations frauduleuses selon lesquelles le régime aboutirait à un régime démocratique. Le SEP a mis en garde contre le danger d’une guerre menée par les États-Unis contre la Chine et les attaques d’austérité sociale dictées par le FMI contre la classe ouvrière, et a présenté un programme politique visant à unifier les travailleurs cinghalais, tamouls et musulmans dans la lutte contre le régime de Colombo. Les événements récents ont pleinement donné raison au SEP.

Sampanthan a fait campagne pour Sirisena en 2015, insistant sur le fait que son élection produirait un « renouveau de la démocratie ». Alors que Sirisena a unilatéralement renvoyé le Premier ministre et dissout le Parlement, la TNA est de nouveau en croisade pour la « démocratie » – cette fois-ci contre l’homme qu’elle avait loué comme la plus grande démocrate de Sri Lanka. Au fond de la volte-face de la position de la TNA est la volonté de la bourgeoisie tamoule de maintenir son alignement politique étroit sur les exigences de la politique étrangère américaine.

Washington et la TNA cherchent tous les deux à utiliser la répression vicieuse exercée contre les travailleurs et les masses tamoules opprimées après la guerre civile sri-lankaise de 1983–2009 comme prétexte politique pour faire pression sur le régime de Colombo sous la bannière fictive de la défense des « droits de l’homme ».

Moins de 24 heures après l’installation de Rajapakse au poste de Premier ministre, le Bureau des affaires du Sud et du Centre de l’Asie du Département d’État américain a tweeté : « Nous attendons du Gouvernement sri-lankais qu’il respecte les engagements pris à Genève en matière de droits de l’homme, de réforme, de responsabilité, de justice et de réconciliation ».

Le tweet indiquait que si Rajapakse était installé au poste de Premier ministre et qu’il poursuivait une politique prochinoise, Washington pourrait à nouveau menacer Colombo de mener des enquêtes sur des crimes de guerre après le massacre des Tamouls en 2009 – menaces utilisées pour renvoyer Rajapakse de ses fonctions en 2015.

Ce n’est pas par hasard que les déclarations de la TNA sont pratiquement impossibles à distinguer de celles des puissances occidentales dans la « défense » de la démocratie au Sri Lanka. Le chef de la TNA, M. A. Sumanthiran, a déclaré lors d’une réunion du parti que « nous sommes le facteur décisif », soulignant le rôle moteur de la TNA dans la mobilisation des « forces » pour vaincre Rajapakse en 2015.

La vraie nature des assertions cyniques de la TNA – qui professe de lutter pour la démocratie et contre l’oppression des masses tamoules depuis 2009 – est démontrée par la récente rencontre de Sumanthiran avec une délégation du parti Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) basé sur le chauvinisme cinghalais et dirigé par le chef du parti Anura Kumara Dissanayake.

En attaquant Sirisena, Sumanthiran a déclaré que « la TNA et le JVP ont décidé de s’opposer conjointement à ces initiatives et de se joindre à tous les opposants à de telles pratiques illégales et non démocratiques ». Dissanayake a déclaré : « Nous, le JVP et les habitants du nord de l’île, ont tous deux été confrontés aux répercussions de situations antidémocratiques ».

Cette posture n’a aucune crédibilité chez les travailleurs du Sri Lanka. Depuis sa fondation en 1966, le JVP est un champion de la politique raciste visant les Tamouls. Lors de sa première insurrection en 1971, qui a abouti à la mort sanglante de milliers de jeunes Cinghalais aux mains du régime de Colombo, le JVP a dénoncé les travailleurs tamouls des plantations comme une cinquième colonne d’influence indienne au Sri Lanka. Le JVP est tristement célèbre pour son soutien actif à l’armée sri-lankaise contre les forces nationalistes tamoules pendant la guerre civile et pour ses violences politiques meurtrières contre des opposants politiques, y compris contre le SEP.

L’alliance du JVP raciste et des nationalistes de la TNA conformément à la politique étrangère impérialiste américaine est un avertissement adressé à la classe ouvrière. Ces partis sont pleinement intégrés à la poussée de l’élite dirigeante sri-lankaise vers la dictature et sont extrêmement hostiles aux travailleurs.

Quel est le bilan du soutien de la TNA au régime Sirisena-Wickremesinghe depuis trois ans ?

Les parlementaires de la TNA ont voté en faveur des budgets d’austérité dictés par le gouvernement et dictés par le FMI, qui ont considérablement dégradé les conditions de vie de la classe ouvrière et des masses.

La TNA avait promis en 2015 que le Parti de la liberté sri-lankaise (SLFP) de Sirisena et le UNP de Wickremesinghehe uniraient et régleraient la question nationale tamoule, mais aucune des conséquences de la guerre civile sri-lankaise n’a été prise en compte.

Les prisonniers politiques tamouls n’ont pas été libérés, aucune enquête sur les crimes de guerre n’a été menée, les lieux où se trouvent les corps des disparus ne sont toujours pas connus, et les terres privées sous le contrôle de l’armée n’ont pas été rendues. Les maisons détruites par la guerre n’ont pas été reconstruites, et les blessées en guerre et les veuves souffrent toujours sans assistance.

En 2016, Sampanthan a rejeté la colère populaire grandissante suscitée par le sort tragique des masses tamoules : « Après un long voyage, il est impossible de rompre rapidement le contact avec le gouvernement ».

Immédiatement après le coup politique du mois dernier, Sirisena a annoncé qu’il n’accorderait aucune concession aux Tamouls et ne permettrait jamais que des zones à majorité tamoule « soient fusionnées ni que le pays devienne un État fédéral ». On doit « me tuer », a-t-il déclaré, avant qu’un tel transfert de pouvoir soit mis en œuvre.

Malgré cela, Sampanthan a conduit une délégation de la TNA à rencontrer Sirisena le 7 novembre et a publié un communiqué de presse dans lequel il s’engageait à « apporter au président son soutien le plus complet en ce qui concerne les mesures futures prises par lui pour stabiliser la situation politique dans le pays avec la coopération de tous les partis politiques ».

Les critiques nationalistes tamoules de la TNA soutiennent les manœuvres parlementaires de l’organisation et appellent à des promesses plus détaillées de la part de Washington et d’autres puissances afin de protéger les intérêts de la bourgeoisie tamoule. Comme l’analyste politique S. A. Jothilingam l’a déclaré lors d’une conférence de presse à Jaffna : « Mahinda Rajapakse est soutenue par la Chine, les pays occidentaux soutiennent Ranil Wickremesinghe. La meilleure chose qui peut être faite dans cette situation est de garder ces pays comme témoins et d’obtenir des promesses écrites de ces acteurs. »

Le fort virage à droite des partis au pouvoir est leur réaction au mouvement croissant de manifestations et de grèves parmi les travailleurs de toutes les ethnies au Sri Lanka. Deux jours avant le coup politique de Sirisena, 5000 jeunes travailleurs cinghalais, tamouls et musulmans ont manifesté à Galle Face Green, exigeant que les salaires journaliers des ouvriers des plantations soient doublés à 1000 roupies (5 euros). Dans plusieurs villes du nord et de l’est de l’île, à majorité tamoule, des travailleurs et des jeunes se sont spontanément joints à des manifestations de rue pour soutenir les travailleurs des plantations.

Les trois dernières années ont prouvé une fois de plus qu’il n’existe pas de voie nationale pour les aspirations démocratiques des Tamouls au Sri Lanka. L’alignement des nationalistes tamouls sur l’impérialisme trouve son origine dans les intérêts de la classe bourgeoise représentés par les nationalistes, intérêts qui sont hostiles aux travailleurs et aux masses opprimées.

Dans le contexte d’une recrudescence de la lutte des classes, le seul moyen d’avancer réside dans la lutte menée par le SEP pour unifier la classe ouvrière de toutes les nationalités dans une perspective socialiste et révolutionnaire. Le soutien des travailleurs tamouls du nord et de l’est aux grèves et manifestations à Colombo, et la sympathie des travailleurs cinghalais pour les protestations d’une année contre les proches des personnes portées disparues dans le nord témoignent de l’unification croissante de la classe ouvrière.

(Article paru d’abord en anglais le 10 novembre 2018)