Dans un autre acte antidémocratique, le président sri-lankais dissout le parlement

Par K. Ratnayake
12 novembre 2018

Hier, le président sri-lankais Maithripala Sirisena a violé de manière flagrante la constitution du pays et a dissout le parlement près de deux ans avant la fin officielle de son mandat. Selon la notification du journal officiel publiée hier soir, de nouvelles élections auront lieu le 5 janvier et le nouveau parlement sera convoqué le 17 janvier.

Les actions antidémocratiques de Sirisena sont survenues deux semaines à peine après avoir renvoyé le Premier ministre Ranil Wickremesinghe et nommé l’ancien président Mahinda Rajapakse à son remplacement. Sirisena a ensuite prorogé le Parlement pendant trois semaines jusqu’au 16 novembre, la date étant ensuite passée au 14 novembre à la suite de critiques nationales et internationales. La prorogation était une manœuvre grossière pour donner à Rajapakse le temps de réunir une majorité au pouvoir au sein du parlement, qui compte 225 membres.

La dissolution du parlement par Sirisena hier a été annoncée quelques heures après que Rajapakse eut déclaré qu’il lui restait encore huit députés pour avoir la majorité.

Seule une poignée de personnes, y compris Rajapakse, semble avoir eu connaissance de la décision de Sirisena. Juste avant cette annonce, Rohana Lakshman Piyadasa, secrétaire du Sri Lanka Freedom Party (SLFP – Parti pour la liberté au Sri Lanka) de Sirisena, a déclaré aux médias qu’il n’y aurait pas de dissolution du Parlement.

Sirisena a nommé au moins sept ministres supplémentaires au cabinet hier et a déclaré que le régime dirigé par Sirisena-Rajapakse fonctionnerait comme un « gouvernement provisoire » jusqu’après les élections de janvier. Les gouvernements sri-lankais sont notoires pour avoir utilisé l’appareil et les ressources de l’État pour truquer les élections.

Fait significatif, au cours des trois dernières semaines Sirisena a pris une série de mesures pour renforcer son pouvoir politique. Hier, il a pris le contrôle de l’imprimerie gouvernementale en utilisant son poste de ministre sri-lankais de la défense, après avoir récemment repris les ministères chargés de l’ordre public et des médias. Il occupe actuellement 18 postes ministériels.

En avril 2015, quatre mois après son accession à la présidence, Sirisena avait présenté un 19ᵉ amendement à la constitution du Sri Lanka qui a été salué par Sirisena et Wickremesinghe, ainsi que par des universitaires et la pseudo-gauche, comme un pas en avant vers l’abolition du système présidentiel autocratique et comme une victoire de la démocratie.

Le 19ᵉ amendement supprimait non seulement le pouvoir du président de renvoyer un premier ministre s’il disposait d’une majorité parlementaire, mais interdisait également toute dissolution du parlement pendant au moins quatre ans et demi.

Sirisena a maintenant violé ces deux clauses et, utilisant de vagues interprétations juridiques, tente de rétablir les pouvoirs autocratiques du président. Ces pouvoirs exécutifs détestés ne seront pas simplement mobilisés contre ses opposants politiques, ils seront surtout dirigés contre les travailleurs qui luttent pour la défense de leurs droits démocratiques et sociaux.

La dissolution du parlement par Sirisena fait partie de l’intensification du conflit entre l’UNP (United National Party), dirigé par Wickremesinghe, et la nouvelle alliance du président avec Rajapakse dans le désormais Sri Lanka Freedom Party (SLFP) « unifié ».

Wickremesinghe a refusé de quitter Temple Trees, la résidence officielle du Premier ministre, et dirige la campagne de l’UNP pour recouvrer le gouvernement. Revendiquant le soutien de la majorité des députés, le parti demande la convocation immédiate du parlement.

Après l’annonce faite hier, les dirigeants de l’UNP ont déclaré que le président n’avait pas le pouvoir de dissoudre le parlement et qu’ils demanderaient un « recours juridique ». Cela signifie que l’UNP demandera à la Cour suprême d’annuler la notification de la gazette publiée par Sirisena.

L’ancien ministre de la Santé et de la Médecine autochtone Rajitha Senaratne a déclaré aux médias à Temple Trees que l’UNP intensifierait sa campagne contre « l’action illégale » du président et poursuivrait son combat pour la démocratie. Il n’y a pas développé. L’UNP avait précédemment annoncé un rassemblement majeur à Colombo lundi.

La posture « démocratique » des camps de Wickremesinghe et de Sirisena-Rajapakse est complètement fausse. Les gouvernements successifs de l’UNP et du SLFP qui ont dirigé le Sri Lanka au cours des sept décennies qui ont suivi l’indépendance officielle en 1948 ont systématiquement supprimé les droits démocratiques et sociaux de tous les travailleurs, cinghalais, tamouls et musulmans.

En novembre 2014, Sirisena a démissionné du gouvernement Rajapakse de l’époque pour contester l’élection présidentielle et en 2015 a comploté pour former le gouvernement avec Wickremesinghe. Sirisena et Wickremesinghe ont promis une « bonne gouvernance » accusant Rajapakse d’être responsable de népotisme, de violer les droits démocratiques et de s’attaquer aux conditions de vie des travailleurs. Ces déclarations démagogiques avaient le but d’exploiter l’opposition massive des travailleurs et des pauvres au régime autocratique de Rajapakse, qui a duré une décennie, de 2005 à 2015.

L’éviction de Rajapakse, dans laquelle Sirisena et Wickremesinghe étaient directement impliqués, fut un complot orchestré par les États-Unis. Washington avait soutenu la reprise de la guerre de Rajapakse contre les Tigres de libération de l’Eelam tamoul séparatistes. Mais il souhaitait que les relations de Rajapakse avec Beijing soient rompues et que le Sri Lanka se conforme aux mesures belliqueuses des américains contre la Chine.

Le conflit entre la faction du SLFP dirigée par Sirisena et l’UNP de Wickremesinghe n’est pas née d’hier. Après quatre ans, le régime Sirisena-Wickremesinghe est profondément discrédité parmi les travailleurs et les pauvres.

Cette année a été marquée par des luttes croissantes des travailleurs, des pauvres ruraux et des étudiants contre les mesures d’austérité dictées par le FMI et les atteintes aux droits démocratiques et sociaux.

Les États-Unis et d’autres grandes puissances se rangent du côté de Wickremesinghe et des revendications de l’UNP en faveur de la convocation du Parlement. Washington craint en particulier que les relations politiques et militaires qu’il entretient avec Colombo depuis quatre années ne soient affectées et a émis à plusieurs reprises des déclarations à ce sujet.

S’adressant à un rassemblement du SLFP lundi dernier, Rajapakse, dans un message clair adressé aux États-Unis, a déclaré que tout gouvernement sous son contrôle serait disposé à « travailler avec l’ouest et l’est, le nord et le sud ».

La dissolution du parlement par Sirisena est une autre indication de l’état dégénéré de la démocratie parlementaire au Sri Lanka, qui est plongé dans une crise économique profonde et qui vire vers des formes de gouvernement dictatoriales.

Sous le prétexte de défendre la démocratie parlementaire, le parti Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) et l’Alliance nationale tamoule (TNA) se sont rangées du côté de l’UNP. Des universitaires et des formations de pseudo-gauche, telles que le parti NSSA (Nava Sama Samaja Party), soutiennent également Wickremesinghe. Ces partis avaient précédemment soutenu l’opération orchestrée par les États-Unis qui avait instauré le régime Sirisena-Wickremesinghe en 2015.

La classe ouvrière doit rejeter toutes les factions de la classe capitaliste sri-lankaise et leurs soutiens opportunistes. Elle doit s’organiser indépendamment de toutes ces formations politiques et rassembler les pauvres et les opprimés pour se battre pour un gouvernement ouvrier et paysan sur un programme socialiste et internationaliste.

Le SEP (Socialist Equality Party) et ses jeunesses les International Youth and Students for Social Equality (IYSSE, les Étudiants et Jeunes internationalistes pour l’égalité sociale – EJIES), se battent pour cette perspective.

A également :

Il faut lutter pour une solution socialiste à la crise politique au Sri Lank

(Article paru en anglais le 10 novembre 2018)