Camps de migrants et terreur de droite : la nouvelle norme en Amérique

Par Eric London
5 novembre 2018

Cette semaine, avec l’approche des élections de mi-mandat de mardi prochain, a révélé un establishment politique pourri jusqu’à la moelle.

Aux États-Unis et partout dans le monde, les événements politiques ressemblent de plus en plus aux années 1930. L’ère des smartphones et des médias sociaux devient l’ère des camps de concentration, de la violence de rues perpétrée par la droite et de la réaction xénophobe et raciste. En Amérique, la population commence à se rendre compte que le gouvernement Trump entraîne le pays vers un territoire inconnu, avec des conséquences mortelles.

Chaque jour porte un nouveau coup aux principes démocratiques fondamentaux.

Vendredi dernier, le FBI a arrêté Cesar Sayoc Junior, originaire de Floride et partisan de Trump qui avait envoyé des bombes improvisées à plus d’une douzaine d’hommes politiques démocrates et de personnalités de premier plan dans la ligne de mire de Trump.

Le lendemain, un homme armé motivé par la haine des immigrants et des juifs, Robert Bowers, a ouvert le feu dans la synagogue Tree of Life à Pittsburgh, faisant 11 morts. Il a choisi cette synagogue en raison de son soutien aux immigrés d’Amérique centrale.

Lundi, Trump s’est fait l’écho de Bowers lorsqu’il a annoncé le déploiement de 5200 soldats pour bloquer ce qu’il a appelé une « invasion d’immigrants » à la frontière américano-mexicaine.

Mardi, Trump a déclaré à HBO que la Maison Blanche s’apprêtait à publier un décret abrogeant la disposition relative à l’acquisition de la citoyenneté par le droit du sol du 14ᵉ amendement, promulguée après la guerre civile pour garantir la citoyenneté aux esclaves libérés et à toutes les personnes nées sur le sol américain.

Le lendemain mercredi, Trump a tweeté une vidéo de campagne électorale raciste décrivant les immigrés comme des assassins et reprochant aux démocrates de les avoir « laissés entrer ». Trump a également annoncé qu’il pourrait tripler le nombre total de soldats déployés à la frontière, pouvant ainsi atteindre 15 000.

Jeudi, Trump a annoncé qu’il avait ordonné la détention illimitée d’immigrés, la fin du droit d’asile pour les immigrants franchissant la frontière sans papiers entre les points d’entrée et la construction « d’énormes villes de tentes » pour les retenir. Trump a également déclaré que l’armée aurait carte blanche pour tirer sur les immigrés : « Ils veulent lancer des pierres sur nos militaires, alors nos militaires ripostent. Je leur ai dit de considérer ça comme un fusil. »

Aucun président précédent n’a jamais prononcé de tels mots.

Vendredi, le Brownsville Herald a annoncé qu’un homme avait ouvert le feu sur des immigrants sans papiers dans un centre de réfugiés situé au Texas, près de la frontière mexicaine. Des journalistes locaux du Texas ont également rapporté que des milices frontalières armées et en uniforme fasciste arrivaient en masse et étaient bien accueillies par les agents des services de l’immigration.

Pendant tout ce temps, Trump faisait sa tournée électorale dans tout le pays, organisant des meetings où il disait aux électeurs qu’il construisait un « mouvement » capable de « contourner » l’establishment politique traditionnel. Il a régulièrement menacé de recourir à la violence à l’encontre de manifestants et d’immigrés, faisant des appels nationalistes aux Américains comme « une seule famille et un glorieux destin américain ».

La grande majorité des gens sont écœurés par les actes de Trump, son langage et la violence qu’ils ont provoquée. Des dizaines de millions d’Américains se demandent : « Comment peut-on arrêter ces développements dangereux ? »

Pas par le biais du Parti démocrate et de ses alliés dans la presse, qui ont adopté la « coopération » avec Trump comme slogan officieux de leur campagne.

Les démocrates et leurs alliés dans les médias ont consacré des milliards de dollars, des milliers d’heures d’émission des chaînes d’information du câble et un nombre incalculable d’articles pour minimiser ou rationaliser les actes de Trump. Les déploiements massifs de soldats, le spectre de la loi martiale et la construction de camps d’internement sont traités par les démocrates comme des propositions raisonnables, des questions sans aucune importance ou de simples « distractions ».

« Je soutiens le président à 100 pour cent pour faire tout ce qu’il doit faire pour sécuriser la frontière », a déclaré la sénatrice démocrate Claire McCaskill, l’un des sénateurs démocrates qui rempilent aux élections et qui ont loué les initiatives anti-immigrés de Trump.

Mercredi, le New York Times a cité la promesse de la cheffe de la minorité démocrate à la Chambre de représentants, Nancy Pelosi, selon laquelle si les démocrates prenaient le contrôle du Congrès, ils « montreraient aux électeurs que les démocrates sont un parti du pouvoir d’État, pas la canaille gauchiste décrite par M. Trump – et qu’ils tendront une main coopérative avec le président après un revers électoral. »

Le sénateur Bernie Sanders, qui a abandonné même le faux-semblant « d’indépendance » du Parti démocrate et parcourt le pays en faisant campagne pour les démocrates de droite, a défendu Trump contre ceux qui tiennent sa rhétorique comme responsable du massacre de Pittsburgh : « Je ne vais pas m’épancher à blâmer le président », a-t-il déclaré.

La réponse irresponsable du Parti démocrate est motivée par sa crainte dévorante de la montée de l’opposition sociale venue d’en bas. Les démocrates, qui se sont consacrés ces deux dernières années à la chasse aux sorcières contre la Russie et à censurer les médias de gauche et les plates-formes de médias sociaux, n’ont pas de désaccord fondamental avec les mesures de droite de Trump et sont également complices de la violation des droits démocratiques fondamentaux.

Ils parlent au nom d’une partie de la classe dirigeante qui craint que Trump ne mette le feu à la poudrière sociale refoulée qui pourrait provoquer des grèves et des manifestations de masse. L’objectif principal des démocrates est d’anesthésier la population et d’empêcher « le débordement dans les rues » des tensions sociales, comme l’avait dit l’ancien directeur de la CIA, John Brennan, en août.

La montée de la violence de droite et le passage à des formes de gouvernement dictatoriales ne sont pas inévitables et peuvent être arrêtés.

Mais cela nécessite une rupture avec le Parti démocrate et la mobilisation de l’immense puissance potentielle de la classe ouvrière américaine et internationale, la force sociale qui compte des milliards de gens et qui est celle qui est à même de réaliser une révolution parce que c’est elle qui produit toute la richesse mondiale sous le capitalisme.

Les travailleurs américains doivent reconnaître que les immigrants fuyant la pauvreté et la violence de pays dévastés par les guerres américaines et les dictateurs soutenus par les États-Unis sont leurs alliés. Dans leur pays d’origine, ces travailleurs ont quitté des emplois de chauffeurs de bus, de machinistes, d’agriculteurs, de magasiniers, de travailleurs du textile et d’enseignants pour se rendre aux États-Unis dans l’espoir de s’assurer une vie meilleure.

Les travailleurs nés aux États-Unis devraient reconnaître dans ce sacrifice les histoires de leurs propres ancêtres, venus du monde entier pour fuir la famine, la guerre et l’autocratie dans les « vieux pays », pour être ensuite dénoncés par les oligarques américains d’une époque antérieure comme des étrangers de race inférieure. Très peu d’Américains, à l’exception des Amérindiens, peuvent établir la citoyenneté de leur famille en remontant à cinq générations en arrière.

Trump et ses alliés du grand patronat prennent les travailleurs pour des imbéciles ! Attiser le racisme et la haine nationale est la plus vielle astuce dans le fonds de commerce capitaliste, utilisée pour diviser, écraser et réprimer la lutte des classes.

Les déploiements militaires et autres mesures autoritaires contre les immigrés « clandestins » seront bientôt utilisés contre tous les travailleurs grévistes ou manifestants qui luttent pour de meilleurs salaires, de meilleures conditions de vie et de travail, des soins de santé, l’enseignement et d’autres besoins essentiels.

Travailleurs citoyens des États-Unis, gare à vous : vous êtes, aussi bien que vos frères et sœurs immigrés, la cible ultime des mesures dictatoriales de Trump !

Le Parti de l’égalité socialiste avertit qu’en l’absence d’un mouvement de masse de la classe ouvrière, les attaques contre les immigrés et les droits démocratiques ne feront que s’aggraver et devenir plus meurtriers. Le Parti démocrate collaborera avec Trump et ses assistants fascistes tout au long du chemin vers la dictature.

L’autre chemin, c’est la révolution socialiste.

La classe dirigeante ne peut se voir confier le contrôle de la société. Son projet, qui est maintenant exposé à la vue de tous aux États-Unis et dans le monde entier, est de répéter les pires crimes des années 1930 et 1940, notamment la dictature, la guerre et l’extermination de masse – quoiqu’à une échelle encore plus vaste et destructrice en s’appuyant sur la puissance des armes nucléaires.

Le pouvoir politique et militaire de l’élite dirigeante découle de son contrôle des hauteurs dominantes de l’économie capitaliste, que les travailleurs doivent soustraire à son pouvoir par le biais d’une lutte sociale et politique. Les banques et les grandes entreprises doivent être expropriées, les milliers de milliards de dollars de richesses qui existent mis à contribution pour offrir à tous une vie sûre et épanouissante, de sorte que leur décision d’émigrer ou de rester soit un choix entièrement voulu et non imposé par la nécessité désespérée.

La classe dirigeante n’abandonnera pas ses richesses sans se battre. C’est une lutte pour mettre fin au pouvoir des capitalistes et établir le pouvoir politique des travailleurs. Cela nécessite l’action coordonnée de milliards de travailleurs à l’échelle internationale dans le cadre d’une lutte révolutionnaire visant à transformer la société et la mettre sur une base égalitaire.

(Article paru en anglais le 3 novembre 2018)