Qui est Gary Walkowicz et qu’est-ce que le Working Class Party?

Par Tom Hall et Tim Rivers
3 novembre 2018

Gary Walkowicz se présente aux élections de mi-mandat du 12e district du Congrès du Michigan, mardi, comme candidat du soi-disant Working Class Party, un nom adopté pour le bulletin de vote par l'organisation qui publie le périodique Spark.

Walkowicz est membre du comité de négociation de la section locale 600 du syndicat United Auto Workers (UAW) à Dearborn, au Michigan, qui couvre le complexe Ford Rouge. Il a mené plusieurs campagnes symboliques pour devenir président de l’UAW. Il s'agit de la troisième élection consécutive au cours de laquelle il se présente au Congrès de la 12e circonscription contre la démocrate au pouvoir Debbie Dingell.

Walkowicz et le Working Class Party, fondé à l'initiative de l'organisation de pseudo-gauche Spark, ont fait une percée lors des élections de 2016, lorsqu’ils ont obtenu 9.183 voix, soit 2,8% du total. Il ne fait aucun doute que le soutien à Walkowicz était le produit du mouvement général vers la gauche des travailleurs et de leur profonde désaffection par rapport au système bipartite, qui s'est également exprimé par le vote massif en faveur de Bernie Sanders dans les primaires présidentielles démocrates. L'opposition sociale au sein de la classe ouvrière n’a pas cessé d’augmenter dans les deux dernières années.

Le Parti de l’égalité socialiste américain (SEP) présente le candidat Niles Niemuth contre Walkowicz et son Working Class Party dans le 12e district. Niles lutte pour un programme socialiste, dont le but stratégique est la fin du système capitaliste et la réorganisation de la société pour répondre aux besoins humains et non au profit privé. Ce programme est basé sur les principes de l'internationalisme, ce qui signifie l'unification des travailleurs de tous les pays dans une lutte commune contre le système capitaliste.

Pour atteindre ces objectifs, le SEP lutte pour rompre avec la politique capitaliste, y compris ses variantes «de gauche» comme Bernie Sanders et les Democratic Socialists of America (DSA), qui tentent de désorienter les travailleurs en encourageant des illusions réformistes. Le SEP appelle également les travailleurs à rompre avec les syndicats corrompus, tels que l’UAW, et à former des comités de la base pour organiser leurs luttes, et fait tout de son possible pour aider les travailleurs à accomplir cette tâche.

En luttant pour ce programme, le SEP se base sur les décennies d'histoire de son mouvement international, la Quatrième Internationale, fondée par Léon Trotsky en 1938 contre les crimes de Staline et de la bureaucratie soviétique. L'introduction de cette histoire, qui contient les expériences stratégiques de la classe ouvrière internationale au cours des 80 dernières années, à une nouvelle génération de travailleurs et de jeunes socialistes est un élément majeur de la campagne de Niles.

Le Working Class Party, en revanche, est un front électoral sans principes et sans fondement pour ses activités politiques. Malgré son nom, son orientation n'est pas vers la classe ouvrière, mais vers la bureaucratie syndicale. Il cherche à renforcer l'illusion, en train de se dissiper chez les travailleurs, que ces organisations corrompues puissent être réformées.

Bien qu'il appelle formellement à une rupture avec les partis démocrate et républicain, il ne soulève aucune revendication socialiste. En fait, ce mot n'apparaît nulle part dans leur programme électoral.

Dans la section «Élections» du site web du WCP, on peut lire: «Tous les candidats présentés dans cette section veulent voir la classe ouvrière construire son propre parti, indépendant des deux partis qui ont longtemps servi la classe capitaliste américaine.

«Tous ces candidats comprennent que la classe ouvrière ne peut pas résoudre ses problèmes par des élections, pas dans une société où la classe capitaliste contrôle tous les niveaux du pouvoir. L’élection n’est pas le but ultime de ces candidats, mais seulement le point de départ – un levier pour forcer une ouverture par laquelle les travailleurs pourraient exprimer leur colère et leur désir de s'organiser pour le bien de leur propre classe.

«Tous partagent cette perspective: la classe ouvrière, simplement pour se défendre, devra s'organiser pour lutter. Pour ce faire, la classe ouvrière aura besoin de toutes ses forces: noirs et blancs, immigrés et natifs, femmes et hommes.»

Cette formule clé, selon laquelle l'activité électorale du WCP est un levier pour amener la classe ouvrière à «lutter», est répétée encore et encore, sans élaboration ni amendement, dans pratiquement chaque discours et déclaration publique de Walkowicz et des autres candidats du WCP. «Je ne suis pas ici pour promettre que je peux entrer en fonction et changer quoi que ce soit», a déclaré Walkowicz dans une récente entrevue à la radio publique de Detroit. «Je ne pense pas qu'un politicien puisse changer quoi que ce soit. Tout au long de l'histoire, nous n'avons pas vu cela. Ce n'est pas une mesure législative, ce n'est pas un politicien qui a apporté des changements fondamentaux. Ça a été des luttes.»

L'aspect le plus frappant de la plate-forme électorale du Working Class Party, c'est l’absence de forme définie. Elle ne prend position sur aucune question politique concrète. Sur les questions les plus cruciales de l'heure, y compris la guerre contre la Russie et la Chine, la crise de l'administration Trump, l'assaut des deux partis bourgeois américains contre les immigrés, la campagne anti-russe des démocrates et le développement de la censure sur Internet, le Working Class Party n'a littéralement rien à dire.

Que propose donc le Working Class Party pour que la classe ouvrière «lutte», et contre quoi doit-elle «lutter»? Comment et contre quelles forces sociales l'unification de la classe ouvrière doit-elle être réalisée? Leurs formules, bien qu’elles puissent paraître radicales, sont dévouées de substance politique.

L'absence de toute référence au socialisme dans la plate-forme du Working Class Party est très significative. L'histoire a démontré à maintes reprises que la véritable indépendance politique de la classe ouvrière est impossible sans un programme socialiste révolutionnaire.

Pour ne prendre qu'un exemple parmi les manchettes récentes, prenons le sort du Parti des travailleurs (PT) au Brésil, qui dirigeait le pays sous la direction de l'ancien président métallurgiste Lula. Sa corruption et sa politique de droite ont laissé le PT tellement discrédité qu'il a ouvert la voie à l'élection de l'officier de l'armée fasciste Jair Bolsonaro, montrant que le simple fait de qualifier un parti de «parti ouvrier», et même d'avoir des dirigeants issus de la classe ouvrière, ne garantissent ni une orientation ni un programme ouvriers.

Le critère décisif pour établir l'orientation de classe d'une tendance politique est son programme. Le programme du Working Class Party est un exemple classique de syndicalisme, une variété de radicalisme de la classe moyenne qui promeut le militantisme syndical comme substitut à la politique socialiste.

Étroitement lié à l'anarchisme, qui rejette par principe toute perspective politique cohérente et unifiée, le syndicalisme est incapable de la moindre cohérence politique et y est même hostile. C'est ce qui explique l'absence de perspectives concrètes dans le programme du Working Class Party et son refus de traiter plus sérieusement de questions politiques.

Alors que le syndicalisme a parfois eu une influence au sein de certaines sections de la classe ouvrière, en particulier aux États-Unis, où l'influence des idées socialistes a été relativement limitée historiquement, les socialistes ont toujours compris que la défense syndicaliste du «pas de politique» laisse les politiques de la classe dominante incontestées, privant les travailleurs de perspectives claires et d’une compréhension de leurs propres intérêts, et ouvrant la voie à la défaite.

De plus, les syndicats ont été fondamentalement transformés au cours des quatre dernières décennies en agences propatronales corrompues. Ceci rend la rhétorique syndicaliste particulièrement utile pour «l’opposition» au sein de l'appareil syndical dont l'objectif réel est de bloquer toute véritable lutte des travailleurs en encourageant des illusions qu’il est possible de réformer ces organisations corrompues et procapitalistes.

C'est ce qui explique la participation de Walkowicz dans ce front électoral. Lorsqu'il s'est présenté comme président du syndicat au congrès de l’UAW en juin, Walkowicz a averti les délégués au congrès dans une lettre ouverte: «Beaucoup de travailleurs ont perdu confiance dans les syndicats. C'est la dangereuse conséquence de la politique de partenariat de la direction du syndicat avec les gens qui nous attaquent.»

L'objectif de Walkowicz, en d'autres termes, est d’encourager la «confiance» des travailleurs dans une organisation qui, de son propre aveu, travaille main dans la main avec les entreprises pour faire respecter les licenciements et les concessions. Cette «opposition» loyale, qui considère les relations corrompues entre les syndicats et les entreprises comme un simple malentendu, a longtemps joué un rôle crucial dans le renforcement de l'autorité de ces organisations en faillite. Les Teamsters pour un syndicat démocratique, par exemple, exhortent les travailleurs d'UPS à ne pas faire la grève contre les tentatives du syndicat d’ignorer un vote négatif sur le dernier contrat de capitulation, et recommandent plutôt d’écrire des lettres au président des Teamsters, James Hoffa.

Malgré son opposition de façade à la direction de l’UAW, Walkowicz n'a joué aucun rôle significatif dans la mobilisation des travailleurs de l'automobile pendant la rébellion des travailleurs de l'automobile contre le contrat de capitulation en 2015 (le SEP et WSWS, en revanche, ont joué le rôle principal, des milliers de travailleurs s'étant inscrits au Bulletin des travailleurs de l'automobile du WSWS pendant le vote du contrat). Il n'a rien dit au sujet de la mort par balle inexpliquée de Jacoby Hennings, un jeune travailleur à temps partiel, au bureau de l'UAW de l'usine d’emboutissage de Ford à Woodhaven.

Il a également gardé le silence sur le scandale de corruption UAW-Chrysler qui ne cesse de prendre de l’ampleur, parce que cela mettrait à nu son affirmation selon laquelle le syndicat est toujours une organisation de travailleurs qui peut être réformée.

Au cours des grèves des enseignants et des autres luttes ouvrières au cours de l'année écoulée, le Parti de l'égalité socialiste et le World Socialist Web Site ont constamment entendu le mot d’ordre «pas de politique» de la part des apologistes «de gauche» pour les syndicats. Cela s'est inévitablement accompagné de tentatives de censure du contenu du World Socialist Web Site qui révélait la trahison des syndicats et leur collaboration avec le Parti démocrate pour mettre un terme aux grèves.

Le rôle de Spark au sein du Working Class Party mérite d’être relevé. Spark est une organisation centriste de droite affiliée au groupe français Lutte ouvrière (LO), une tendance qui se désigne à tort de trotskiste et qui déclare que la Quatrième Internationale fondée par Trotsky est un «échec». Ses origines remontent à un groupe français qui avait refusé de participer à la fondation de la Quatrième Internationale.

Spark et l'ensemble de l'histoire de ses co-penseurs sont imprégnés de pessimisme et de tergiversations politiques. Le rôle de ces organisations est de figer le mouvement vers la gauche des travailleurs dans une phase «centriste», c'est-à-dire au moment où les travailleurs passent du réformisme à la politique révolutionnaire, en renforçant les illusions des anciennes organisations sous couvert de phrases radicales.

Il ne fait aucun doute que certains travailleurs qui sont dégoûtés par les deux grands partis bourgeois et qui cherchent un moyen d'exprimer leur opposition à l'ensemble du système actuel pourraient être attirés par le nom Working Class Party sur le bulletin de vote. Mais, si l'on considère le programme et l'histoire que représentent les différents candidats du 12e district du Michigan, il n'y a qu'un seul candidat qui représente véritablement la classe ouvrière: le candidat du Parti de l'égalité socialiste, Niles Niemuth.

(Article paru en anglais le 2 novembre 2018)