Il faut lutter pour une solution socialiste à la crise politique au Sri Lanka

Par le Parti de l'égalité socialiste (Sri Lanka)
1 novembre 2018

Des affrontements politiques acerbes ont éclaté alors que des factions concurrentes de l’élite dirigeante sri-lankaise s’arrachent le pouvoir d’État suite au coup politique mené le 26 octobre par le président Maithripala Sirisena.

Une faction centrée sur le Parti national unifié (UNP) est dirigée par Ranil Wickremesinghe, limogé de son poste de premier ministre vendredi dernier. L’autre est basée sur le Parti de la liberté du Sri Lanka (SLFP), dirigé par l’ancien président Mahinda Rajapakse, qui vient d’être nommé premier ministre par Sirisena.

Le Parti de l’égalité socialiste (Sri Lanka) appelle la classe ouvrière à rejeter tous ces partis capitalistes et à se mobiliser de manière indépendante pour défendre ses propres intérêts de classe. Personne ne devrait avoir l’illusion que ces représentants vénaux de la bourgeoisie sri-lankaise défendront les droits démocratiques et sociaux. Quels que soient le ou les partis qui finiront par l’emporter, ils intensifieront l’assaut sur les conditions de vie des travailleurs, qu’ils soient cinghalais, tamouls ou musulmans, et réprimeront brutalement toute résistance.

Le SEP appelle les travailleurs et les jeunes à se rallier à sa bannière et à se battre pour un gouvernement ouvrier et paysan basé sur un programme socialiste international de défense des droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière, de la jeunesse et des pauvres urbains et ruraux.

L’acte inconstitutionnel de Sirisena consistant à limoger Wickremesighe est l’aboutissement d’une dégénérescence prolongée du pouvoir parlementaire depuis la prétendue «indépendance» proclamée au Sri Lanka en 1948. Ce coup d’État politique est une manifestation aiguë au Sri Lanka de l’aggravation de la crise économique mondiale, de l’intensification des tensions géopolitiques en particulier entre les États-Unis et la Chine, et de la résurgence des luttes de classe au plan international.

Dans un discours télévisé à la nation dimanche, Sirisena a tenté de justifier son geste anti-démocratique en déclarant qu’il était nécessaire de «protéger la noble attente de bonne gouvernance» que le premier ministre limogé était en train de détruire. Wickremesinghe a répondu par un discours lundi, affirmant que la démocratie fleurissait sous son gouvernement. Il a averti que l’UNP ne permettrait pas l’émergence d’une «dictature florissante» et se battrait jusqu’au bout pour défendre «la démocratie parlementaire».

Quels mensonges et quelle hypocrisie! Lors de l’élection présidentielle de 2015, Sirisena et Wickremesinghe partageaient une plate-forme dénonçant le régime autocratique de Rajapakse et promettant une «bonne gouvernance» et de meilleures conditions de vie. Ces slogans n’étaient que la couverture d’un complot pour un changement de régime, orchestré par les États-Unis, pour renverser Rajapakse, considéré trop proche de la Chine.

Aucune des deux factions de la classe dirigeante ne défend les droits démocratiques fondamentaux des travailleurs. Le Parlement a toujours été un écran de fumée derrière lequel la bourgeoisie défend impitoyablement ses intérêts de classe aux dépens des travailleurs et des pauvres. Maintenant, cette façade est abandonnée alors même que les partis rivaux déclarent leur allégeance à la «démocratie».

L’économie sri-lankaise est plongée dans une crise profonde résultant de l’effondrement financier mondial de 2008. Le gouvernement Rajapakse a contracté d’énormes emprunts pour financer des dépenses massives liées à l’intensification de la guerre communaliste contre les séparatistes du LTTE (Tigres de libération de l’Eelam tamoul), qui a dévasté la vie des masses tamoules du Nord et de l’Est. En même temps, il a fait porter le fardeau à l’ensemble des travailleurs en imposant les exigences du FMI : des coupes brutales dans les services sociaux et le subventionnement des prix.

Après avoir évincé Rajapakse en 2015, le gouvernement «d’union nationale», présidé par Sirisena en tant que président et Wickremeshehe en tant que premier ministre, a réaligné la politique étrangère du Sri Lanka sur Washington et a continué d’imposer le programme d’austérité du FMI. Lorsque les travailleurs organisaient des grèves et des manifestations, le gouvernement n’hésitait pas à faire appel à la police et à l’armée pour les réprimer.

Au milieu de cette opposition populaire montante et de la crise financière grandissante, le gouvernement «d’union» a commencé à se scinder, Sirisena et Wickremeshehe se donnant mutuellement la faute pour les énormes pertes subies aux élections locales de février. En même temps, ils se sont tous deux accommodés de la virulente campagne de chauvinisme cinghalais lancée par Rajapakse dans le cadre de sa nouvelle tentative d’arriver au pouvoir.

Il y a eu une vaste résistance à l’attaque des conditions de vie par le gouvernement parmi diverses catégories de travailleurs, comme chez les agriculteurs, les pêcheurs et les étudiants, qui ont commencé à se lier entre les différentes ethnies.

De manière significative, deux jours avant le coup politique de Sirisena, 5.000 jeunes travailleurs — cinghalais, tamouls et musulmans — s’étaient rassemblés à Colombo pour soutenir la grève pour les salaires de centaines de milliers de travailleurs des plantations de thé. La manifestation a provoqué une onde de choc dans l’élite dirigeante, les éditoriaux s’alarmant de ce que les jeunes travailleurs s’organisaient pour la première fois à travers les réseaux sociaux.

Quelles que soient les différences entre factions, toute la classe dirigeante craint un mouvement unifié de la classe ouvrière et des masses rurales. Malgré toutes les postures prises à propos de la «démocratie», les partis qui remporteront cette lutte acharnée pour le pouvoir utiliseront toute la force de l’appareil policier mis en place au cours des 30 dernières années de guerre communaliste brutale pour réprimer l’opposition des travailleurs.

Les milieux industriels et financiers poussent déjà à ce qu’un homme fort impose leurs diktats. Lors d’une récente réunion de la Chambre internationale de commerce du Sri Lanka, Ashok Parthirage, un PDG de premier plan, a déclaré, avec l’assentiment d’autres présents: «Nous avons besoin d’une direction forte; ce dont nous avons besoin c’est un petit peu d’un dictateur. Il y a deux partis qui gouvernent aujourd’hui, mais personne ne prend de décision».

Depuis l’indépendance officielle de 1948, les gouvernements successifs dirigés par l’UNP et le SLFP ont clairement démontré l’incapacité de la bourgeoisie à répondre aux aspirations démocratiques et aux besoins sociaux pressants des travailleurs. Les concessions limitées faites dans les années 1940 et 1950 pour neutraliser l’opposition des travailleurs et des pauvres ont été vidées de leur contenu ou entièrement détruites. En outre, les partis et les syndicats qui ont mené ces luttes, notamment le parti Lanka Sama Samaja (LSSP), font désormais partie intégrante de l’establishment politique.

Pendant des décennies, les politiciens de Colombo ont utilisé le chauvinisme anti-tamoul pour renforcer le régime bourgeois en divisant la classe ouvrière. Cette vile politique communaliste a finalement conduit à une guerre de 30 ans qui eut des conséquences dévastatrices pour l’ensemble des travailleurs. Le SEP met en garde les travailleurs et les jeunes qu’ils ne pourront pas avancer d’un seul pas sans s’opposer à toutes les formes de nationalisme et de chauvinisme, y compris au communalisme tamoul de partis comme l’Alliance nationale tamoule (TNA), et qu’ils doivent s’unifier pour défendre leurs intérêts de classe communs.

Le SEP met aussi particulièrement en garde contre les démagogues politiques et les charlatans du JVP (Janatha Vimukthi Peramuna) qui, au milieu de la crise actuelle, cherchent à se servir de l’hostilité générale à l’encontre des deux principaux partis bourgeois — l’UNP et le SLFP. La déclaration du JVP selon laquelle il ne soutient aucun des partis n’est qu’un simulacre. Le JVP a, en tant que membre de l’establishment politique de Colombo, manœuvré sans vergogne entre les deux partis ; il a rejoint le gouvernement du SLFP en 2005 et a soutenu le gouvernement d’«unité nationale» en 2015. Il fait la même chose aujourd’hui, appelant au «pouvoir populaire», non pas pour lutter pour les droits des travailleurs, et encore moins pour le socialisme, mais pour obtenir un accord avec l’un ou l’autre des partis bourgeois.

La crise politique actuelle démasque également la mascarade d’une indépendance pour la forme. Tous les partis politiques bourgeois du Sri Lanka, y compris le JVP, sont des pions dans l’intensification des rivalités entre grandes puissances, qui mène à une guerre dévastatrice. Le président chinois a salué le retour au pouvoir de Rajapakse, alors que les États-Unis et leurs alliés soutiennent l’appel de Wickremesinghe à la convocation du parlement, qui, selon son calcul, doit renforcer ses prétentions au poste de premier ministre.

Les États-Unis ont transformé la région indo-pacifique en champ de bataille diplomatique, économique et militaire, obligeant les pays à se ranger contre la Chine en prévision d’une guerre. Pour sa part, la Chine n’a pas de solution progressiste et cherche à utiliser son influence économique pour contrer les États-Unis, tout en s’engageant elle-même dans le développement des armements. Au Sri Lanka et dans toute la région, les classes dirigeantes placent leurs peuples sur la ligne de front d’une guerre entre deux puissances nucléaires, qui ne peut qu’aboutir à une catastrophe pour l’humanité.

Les sept dernières décennies de régime capitaliste au Sri Lanka ont entièrement démontré la justesse des principes de la théorie de la révolution permanente de Léon Trotsky. Trotsky a averti que la classe dirigeante dans les pays à développement capitaliste tardif était incapable de résoudre les problèmes démocratiques fondamentaux, notamment l’indépendance vis-à-vis de l’impérialisme, l’instauration de l’égalité des droits pour les minorités et de conditions de vie décentes pour tous. Seule la classe ouvrière, en lutte politique contre toutes les factions de la bourgeoisie, peut rassembler les masses rurales pauvres et opprimées pour mener à bien les tâches de la révolution démocratique et mettre en œuvre une politique socialiste comme partie de la lutte pour le socialisme au plan international.

Le SEP (Parti de l’égalité socialiste), la section sri lankaise du Comité international de la Quatrième Internationale, est le seul parti à se battre pour cette perspective et ce programme politique. Nous exhortons la classe ouvrière à faire le point sur la situation politique et à tracer sa propre voie indépendante basée sur la théorie de la révolution permanente.

Les travailleurs doivent prendre l’initiative de constituer des comités d’action indépendants sur les lieux de travail, dans les quartiers et dans les plantations, en mobilisant le soutien des ruraux pauvres et des jeunes, pour défendre leurs droits démocratiques et leurs intérêts de classe. La lutte pour la démocratie est liée à la question du pouvoir d’État et à la lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan en vue de mettre en œuvre une politique socialiste.

Aucun des problèmes auxquels font face les travailleurs, surtout le danger de guerre mondiale, ne peut être résolu dans les limites du Sri Lanka. Ce qui est requis, c’est la construction d’un mouvement unifié de la classe ouvrière au niveau international. Le SEP appelle à une République socialiste du Sri Lanka et de l’Eelam en tant que composante intégrale de la lutte pour une fédération de Républiques socialistes d’Asie du sud. Nous exhortons les travailleurs, les jeunes et les intellectuels à rejoindre et à construire le SEP en tant que parti révolutionnaire de la classe ouvrière, nécessaire à la lutte pour cette perspective.

(Article paru d’abord en anglais le 31 octobre 2018)