Une réfugiée qui a fui la dictature chilienne dénonce la perquisition chez LFI: «On commence à voir la même chose» en France

Par Alexandre Lantier
18 octobre 2018

Les reporters du WSWS ont assisté à la manifestation de sympathisants de La France insoumise (LFI) devant le siège de LFI perquisitionné par la police, qui y a aspiré toutes les données du parti. Ils y ont interviewé Myriam, une réfugiée chilienne en France qui avait fui la dictature de Pinochet, et sa fille Esperanza.

Myriam a sonné l’alarme, déclarant que la perquisition violente du siège de LFI rappelait les méthodes utilisées par la droite chilienne pour terroriser les travailleurs avant le coup d’État sanglant mené en 1973 par Augusto Pinochet, avec l’aide de la CIA. «Les méthodes des ultra-libéraux sont toutes les mêmes: de détourner la loi, de profiter des pouvoirs pour faire des choses comme ça», a-t-elle dit.

«Je suis arrivée en 1985 avec mes deux bébés pour fuir la dictature là-bas», a-t-elle raconté. «Nous, on était repérés. J'ai voulu protéger, économiquement aussi, mes enfants. Je suis arrivée ici, mes enfants ont grandi, mais on commence à voir la même chose. J'ai très peur.»

Myriam a évoqué la colère sourde qui monte parmi les travailleurs en France contre la politique autoritaire et militariste de Macron, qui casse les acquis sociaux et les services publics: «Vous voyez, tous les moyens qu'ils ont pour aider les plus pauvres, ils les enlèvent. ... Ils ne veulent pas des travailleurs, ils veulent des esclaves pour bien les exploiter. C'est cela, ce qu'ils cherchent, des esclaves.»

Et elle a souligné que les intérêts de classe qui sous-tendent la politique de Macron et ceux qui ont organisé le coup de Pinochet étaient les mêmes: «Le coup d'État de Pinochet était voulu aussi par les ultra-libéraux. Le Chili a été le laboratoire des ultra-libéraux. Ils ont profité, les gens mouraient de faim.» En France, a dit Myriam, «ils ont commencé d'ailleurs avec Hollande à mettre fin au Code du Travail, au Chili il n'y a plus de Code du Travail.»

Elle a déclaré son hostilité envers Macron, un banquier et conseiller impopulaire du gouvernement PS qui a pu devenir président surtout parce qu’il veut mettre toute la société à la disposition de la classe dirigeante: «Macron était un zéro, c'était le plus pauvre des candidats, et voyez où il est maintenant. Et il sert à qui? Il sert les riches, les ultras-riches et c'est tout.»

Myriam a souligné aussi le danger néo-fasciste aux élections présidentielles brésiliennes, où le candidat de l’extrême-droite Jair Bolsonaro est aux portes du pouvoir. Elle a dit qu’en 1973 au «Chili, et au Brésil actuellement, vous voyez ce qui se passe avec Lula, ce sont les mêmes méthodes», évoquant les manœuvres judiciaires qui ont permis à la droite de mettre en prison l’ex-président Lula de Silva, du Parti des travailleurs (PT) brésilien.

Myriam a ajouté qu’avec Macron en France, «je vois les mêmes méthodes, tout doucement peut-être parce que c'est la France, quand même. Ce ne sont pas les pauvres pays là-bas perdus derrière la cordillère, le Chili. Donc, ils y vont avec plus de soin. Mais en fait c'est la même chose.»