Purge des médias de gauche par Facebook : un assaut direct sur la liberté d’expression

Par Andre Damon
16 octobre 2018

Jeudi, Facebook a procédé à une purge en masse de pages politiques de gauche dans le cadre d’un complot continu organisé par l’État et les monopoles de la technologie pour censurer Internet.

Plus de 800 pages et comptes, suivis par des dizaines de millions de personnes, ont été sommairement supprimés. Les pages interdites incluent des messages très populaires de groupes opposant et rendant publics des incidents de violence policière tels que Police the Police, Cop Block et Filming Cops, ainsi que des pages d’actualités de gauche de premier plan, telles que Anti-Media, Reverb Press, Counter Current News et Resistance.

La suppression de ces pages est un assaut inconstitutionnel contre la liberté de parole et d’expression. Facebook, agissant de concert avec le gouvernement américain, viole les droits les plus fondamentaux de la population américaine.

L’affirmation de Facebook selon laquelle les pages sont supprimées pour « comportement inauthentique » est une fraude transparente. C’est un prétexte à la censure politique. Non moins choquante que les actions effrontées de Facebook, il y a la réponse de tous les organes de presse politiques traditionnels, qui ont repris en boucle les mensonges absurdes de l’entreprise, citant des « experts » qui qualifient de « spam » le droit à la parole protégé par la Constitution.

Les actions de Facebook sont les dernières et à ce jour les actions les plus agressives d’une campagne systématique visant à délégitimer l’opposition politique en vue de la répression forcée des groupes d’opposition et des organes de presse.

Immédiatement après les élections américaines de 2016, au cours desquelles l’hostilité du public envers Hillary Clinton, la candidate préférée du service de renseignement et l’armée, a grimpé suite aux révélations de WikiLeaks sur les liens corrompus de Clinton avec Wall Street, les médias américains ont lancé une campagne visant à discréditer les points de vue opposés à Hillary Clinton comme étant de « fausses nouvelles » provenant des Russes. Le New York Times et le Washington Post, des personnalités politiques telles que le député démocrate Adam Schiff et le sénateur démocrate Mark Warner, et les services de renseignement américains ont fabriqué un récit de « l’ingérence russe » afin de faire pression sur les monopoles de la technologie pour éliminer et censurer l’opposition politique.

Le rôle principal dans cette campagne a été joué par Google, qui annonça en avril 2017 qu’elle allait promouvoir les sources d’informations « faisant autorité » par rapport aux points de vue « différents » en manipulant les résultats de recherche.

En août 2017, le World Socialist Web Site signala que le trafic de recherche vers 13 sites socialistes, de gauche et anti-guerre avait chuté après que Google a apporté des modifications à son algorithme de recherche. La cible principale a été le World Socialist Web Site lui-même, qui a vu son trafic de recherche Google chuter de 75 pour cent après l’annonce. En réponse, le World Socialist Web Site a publié une lettre ouverte à Google lui exigeant de « renoncer à la censure de tous […] sites de gauche, socialistes, anti-guerre et progressistes. »

Au cours des mois qui ont suivi, Facebook et Twitter ont rejoint Google pour annoncer d’importantes initiatives de censure. En janvier, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a annoncé que sa société ferait la promotion de sites d’information « dignes de confiance », tels que le New York Times et le Washington Post, au détriment de points de vue politiques « différents ». Dans le même discours, Zuckerberg a annoncé que Facebook embaucherait environ 20 000 personnes, dont beaucoup issue du milieu policier, de la justice et des renseignements pour jouer le gendarme et censurer ce que ses utilisateurs font et disent en ligne.

La campagne de censure s’est intensifiée après une audience à Washington le mois dernier, au cours de laquelle le sénateur Warner a affirmé que l’écrasante majorité du contenu politique « d’extrême gauche » était « générée par des acteurs étrangers ou par des comptes automatisés ». La directrice générale de Facebook, Sheryl Sandberg, a déclaré son intention de remplacer du « mauvais discours » par de « faits alternatifs ».

Il n’est plus question de savoir si les entreprises technologiques américaines sont délibérément engagées dans une censure politique. Leur démenti à demi teinte a été démasqué comme des mensonges par un document de recherche interne à Google publié la semaine dernière qui a révélé que leurs dénégations peu convaincantes étaient mensongères. Le document indique que les monopoles de la technologie ont pris leur distance de la « liberté d’expression pour aller vers la censure », rejetant ainsi la « tradition américaine qui privilégie la liberté d’expression pour la démocratie ».

La campagne de censure ne s’arrêtera pas avec la suppression des comptes Facebook. PropOrNot, une organisation mystérieuse dont la liste noire 2016, publiée par le Washington Post du milliardaire d’Amazon Jeff Bezos, a contribué au lancement de la campagne de censure, a salué la purge de comptes de Facebook. Ce faisant, elle a indiqué clairement que ce n’était que le début.

PropOrNot a souligné que toutes les organisations ciblées par Facebook « avaient toujours des sites Web », mais a ajouté qu’il faut faire « une chose à la fois ». En d’autres termes, après avoir supprimé les publications ciblées des résultats de recherche et fermé leurs comptes de médias sociaux, la prochaine étape sera la suppression forcée des sites Web eux-mêmes.

Les forces à la tête de la campagne de censure ont été remarquablement ouvertes quant à leurs motivations et leurs objectifs. Le groupe de réflexion Atlantic Council, l’un des « partenaires » officiels de Facebook, a exposé les objectifs de la tentative du gouvernement de censurer Internet dans un document publié le mois dernier résumant les débats d’une conférence des forces spéciales américaines sur la « souveraineté »

Le document soutien que la montée de l’opposition politique aux États-Unis constitue une menace existentielle pour l’État. Cette crise, prévient-il, ne peut être résolue qu’en supprimant le « virus » de l’opposition politique. Le moyen le plus efficace d’y parvenir, a-t-il expliqué, consiste à recruter des sociétés technologiques américaines pour jouer un « rôle central » dans la mise en œuvre de la censure au nom de l’État.

La censure d’Internet est une expression concentrée de l’effondrement des formes de gouvernement démocratiques bourgeois. Aux États-Unis, l’administration Trump est un gouvernement réactionnaire extrême, à tendance autoritaire et fasciste. Cependant, les critiques de Trump au sein de la classe dirigeante, dirigés par les démocrates, ne sont pas pour autant moins hostiles aux formes de gouvernement démocratiques. En alliance avec l’armée et les services de renseignement, les démocrates ont joué un rôle de premier plan dans l’attaque des droits démocratiques, allant de la liberté de parole et d’expression dans la campagne frauduleuse contre les « fausses nouvelles » la sécurité juridique (due process of law) et la présomption d’innocence mis en cause dans la chasse aux sorcières par #MeToo.

Toutes les factions de la classe dirigeante sont terrifiées par la montée de l’opposition dans la classe ouvrière et par l’intérêt croissant pour le socialisme. Il existe une divergence croissante entre les revendications de la population active en matière d’amélioration des salaires et des conditions de travail et les politiques de l’élite dirigeante, qui accélèrent la redistribution vers le haut de la richesse et un nouveau renforcement de l’armée.

Face à la recrudescence de la lutte des classes, notamment du rejet d’une convention collective au rabais par des centaines de milliers de travailleurs d’UPS et à la grève des travailleurs de l’hôtellerie dans plusieurs villes du pays, l’élite dirigeante accélère ses projets de censure et, au bout du compte, de dictature.

L’essor de la lutte de classe constitue la base sociale de la lutte contre la censure politique. Les travailleurs doivent relever le défi de la lutte pour la défense de la liberté d’expression en tant que composante indissociable de la défense de leurs droits sociaux et démocratiques et de la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 15 octobre 2018)