La classe ouvrière doit se mobiliser pour la libération de Julian Assange!

Par André Damon
31 mai 2018

Depuis près de six ans, Julian Assange, qui a dévoilé les crimes de l'armée et des services secrets américains, est emprisonné à Londres, pris au piège dans l'ambassade d'Équateur dans des conditions de plus en plus précaires et dangereuses. Pendant plus de deux mois, il a été privé de tout contact avec le monde extérieur, incapable de recevoir des visiteurs, de téléphoner ou d'accéder à l’Internet.

Les auteurs de ce crime ne sont pas les gouvernements dénoncés systématiquement comme « régimes voyous » par les puissances impérialistes et ciblés pour être agressés militairement, mais ces puissances impérialistes mêmes, en premier lieu l’Angleterre, l'Australie et les États-Unis.

A présent, le gouvernement équatorien de Lenin Moreno négocie activement avec l’Angleterre pour expulser Assange. Après les élections de l'an dernier, Moreno a cherché à se rapprocher des Etats-Unis, ce qui impliquait de remettre le journaliste aux tortionnaires et criminels de guerre à Washington.

Assange est attaqué parce qu'il a révélé au monde les atrocités militaires, les assassinats, les meurtres de journalistes et les complots de la CIA pour saboter et subvertir la démocratie dans le monde entier. Il a pris au sérieux sa vocation de journaliste en affirmant le droit des peuples à savoir ce que font leurs gouvernements.

Assange est confronté à un énorme défi. Il fait face à une conspiration de la part d’États parmi les plus puissants au monde et venant des intérêts les plus réactionnaires.

Aux États-Unis, le Parti démocrate a mis la persécution de WikiLeaks et d’Assange au centre de sa campagne anti-russe, utilisée pour exiger une escalade de la guerre au Moyen-Orient et une agression de la Russie, et pour censurer l’Internet. Dans l'attaque contre Assange, les deux objectifs sont combinés. Les principaux républicains, quant à eux, ont ouvertement appelé au transfert d'Assange à Guantanamo Bay et même à son assassinat.

Mais au moment où les États-Unis et l’Angleterre rendent la détention d'Assange d'autant plus draconienne et plus intolérable, une nouvelle force entre dans l'arène politique mondiale: la classe ouvrière internationale, ce qui ouvre de nouvelles possibilités pour sa défense.

Depuis les enseignants des États-Unis jusqu’aux masses d’Afrique du Nord, en passant par les camionneurs du Brésil, les cheminots et les jeunes en France, les travailleurs aériens en Allemagne et ceux de l'automobile en Roumanie, la classe ouvrière internationale est engagée dans une vague montante de luttes sociales.

Ce mouvement de masses de travailleurs contre les inégalités, l'oppression et l'exploitation de classe est, par sa logique même, liée à la lutte pour la défense des droits démocratiques et la lutte contre la guerre.

La récente vague de grèves des enseignants aux États-Unis a montré que l'accès à l’Internet et l'échange d'informations sont une condition essentielle du développement de la lutte des classes. Ce n'est pas seulement que la classe ouvrière est importante pour la défense des droits démocratiques, mais les droits démocratiques sont vitaux pour la classe ouvrière!

Pour organiser et faire avancer leurs luttes, les travailleurs doivent pouvoir communiquer librement, exprimer leurs points de vue et, surtout, connaître la vérité. Ce rapport doit être rendu conscient, et devenir ainsi la base d’une lutte.

Alors que la classe ouvrière était entraînée dans la lutte, un phénomène inverse s’est fait jour parmi les organisations qui ont d'abord salué Assange comme un héros et lui ont fait un accueil délirant de célébrité internationale, mais l'ont depuis traité comme un paria.

L'Organisation socialiste internationale (ISO), un exemple typique de ces gens, exprime essentiellement les conceptions de la pseudo-gauche parlant au nom de la classe moyenne supérieure. Après que les procureurs suédois ont lancé contre Assange des accusations de viol fabriquées de toutes pièces en novembre 2010, l'ISO a publié une défense d'Assange intitulée « Pourquoi nous sommes avec WikiLeaks. » Elle dénonçait les accusations de viol portées contre lui comme « cyniques et opportunistes. »

L'article poursuivait en citant une déclaration, parue dans le Guardian, du groupe Women Against Rape (Femmes contre le viol) déclarant: « Il y a une longue tradition de l'utilisation du viol et d'agressions sexuelles en faveur de programmes politiques qui n'ont rien à faire avec la sécurité des femmes. Dans le sud des États-Unis, le lynchage des hommes noirs était souvent justifié par le fait qu'ils avaient violé ou même regardé une femme blanche. »

Il concluait en affirmant que « les poursuites contre Assange font partie d'une guerre gouvernementale contre la dissidence ».

Cette déclaration constitue maintenant une mise en accusation de ses auteurs, qui ont totalement abandonné Assange, le laissant à la merci des États américain et anglais. L'ISO avait changé d'avis et déclaré en 2012 : «Julian Assange doit répondre à des accusations de viol», l’accusant lui et ses partisans d'avoir «refusé de prendre au sérieux les allégations de viol».

Et c’est la position de l'ISO depuis. Au cours des six dernières années, l'ISO n'a publié aucune déclaration sur la détention d'Assange. Une évaluation similaire peut être faite du NPA en France, du Parti de gauche en Allemagne, des Socialistes Démocrates d'Amérique et d'innombrables autres organisations de la pseudo-gauche.

Même Intercept a publié des attaques calomnieuses sur Assange, l'accusant en février 2018 non seulement de « sexisme et de misogynie », mais d' « antisémitisme ». Le Guardian, qui a travaillé en étroite collaboration avec WikiLeaks en 2010, et a publié en 2013 les fuites produites par Edward Snowden, est à la pointe d'une campagne mensongère pour expulser Assange de l'ambassade d'Équateur.

Au cours de la période qui a suivi, des groupes de la pseudo-gauche comme l'ISO sont devenus les partisans les plus virulents des opérations de changement de régime des États-Unis au Moyen-Orient et se sont focalisés sur les questions de style de vie et d'identité sexuelle. Cela a abouti à la campagne réactionnaire #MeToo, qui à bien des égards trouve son origine dans les accusations fabriquées contre Assange.

Qu'est-ce qui explique cette transformation? Le point d'inflexion est venu avec la guerre en Libye et le début de l'opération américaine de changement de régime en Syrie. Ces événements annonçaient un changement dans la politique des partis de la classe moyenne supérieure aisée qui avaient précédemment prétendu s'opposer à la guerre en Irak, et avaient fait semblant, comme dans les manifestations Occupy Wall Street de 2011, de s'opposer aux inégalités sociales.

Autrement dit, la politique identitaire est devenue un moyen d'établir une alliance de plus en plus directe entre la classe moyenne supérieure aisée et l'impérialisme américain. Socialist Alternative en Australie dénonça publiquement le « réflexe anti-impérialiste » et l'universitaire « de gauche » Juan Cole affirma que les efforts de l'OTAN pour «se débarrasser du régime meurtrier de Kadhafi » valaient « les sacrifices en vies et en trésor » ; il déclara « Si l'OTAN a besoin de moi, me voilà. »

La lutte pour défendre Julian Assange comme la défense de tous les droits démocratiques doivent être menées en opposition à tous ces propagandistes de la classe moyenne en faveur de l'impérialisme. Si Assange doit être libéré, c'est la classe ouvrière qui assurera sa libération. Assange trouvera dans la masse des travailleurs et des jeunes du monde entier des alliés beaucoup plus fiables.

A cette fin, une initiative critique a été prise par le Parti de l'égalité socialiste en Australie. Il appelle à un renouveau et à une extension du combat pour la liberté d'Assange lors d’une manifestation le 17 juin à Sydney, qui sera suivie, le 19 juin, d'une veillée organisée par les partisans de WikiLeaks à Londres et dans d'autres villes.

La manifestation du 17 juin exigera que le gouvernement australien étende à Assange les droits qui devraient lui être accordés en tant que citoyen australien et qu’il garantisse son retour en Australie avec des garanties contre l'inculpation et l'extradition vers les États-Unis.

Nous appelons les travailleurs et les jeunes du monde entier à promouvoir et à faire connaître les initiatives internationales en faveur de Julian Assange, et à y participer.

(Article paru en anglais le 30 mai 2018)