Des réfugiés d'Amérique centrale traités de façon barbare

Les États-Unis refusent le droit d'asile

Par Eric London
4 mai 2018

Sous les ordres directs du président Donald Trump, les autorités américaines ont refusé d'accepter les demandes d'asile de près de 200 migrants fuyant la violence, la guerre et la pauvreté en Amérique centrale, les forçant à installer un campement impromptu à la frontière entre San Diego et Tijuana.

La caravane de demandeurs d'asile comprend des Honduriens, des Salvadoriens et des Guatémaltèques qui ont entamé leur périlleux voyage de 4000 km le 25 mars.

Le gouvernement Trump a utilisé un langage fascisant pour tenter de faire de ces migrants des boucs émissaires et menacer la caravane, un pèlerinage annuel effectué pour attirer l’attention sur la situation désespérée des réfugiés d'Amérique centrale. Le 4 avril, après avoir affirmé que «notre pays se fait voler» parce que les demandeurs d'asile «profitent» des États-Unis, Trump a ordonné aux États de déployer la garde nationale. La caravane «devrait être arrêtée», a-t-il menacé. À ce jour, le gouvernement Trump n'a autorisé qu'une petite fraction du groupe à déposer leur demande d'asile.

En privant les immigrants du droit d'asile, les États-Unis agissent en violation flagrante du droit international. L'article 14 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 se lit comme suit: «Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.»

En 1951, l'ONU a adopté la Convention relative au statut des réfugiés, disant que: «Aucun des États contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée.»

La répudiation de ces principes par le gouvernement américain marque un tournant historique dans l'attaque contre les droits démocratiques. Adoptées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les protections des Nations Unies visaient à protéger les millions de personnes expulsées de leurs foyers par la guerre. Les survivants de l'Holocauste ont imploré les rédacteurs des documents de renforcer le langage lié au droit d'asile, invoquant le fait que les gouvernements des pays alliés avaient fermé leurs portes aux réfugiés juifs et autres, les laissant à la merci des nazis.

En 1939, par exemple, le capitaine Gustav Schröder emmena près de 1000 réfugiés juifs allemands à travers l’Atlantique à bord du MS St-Louis pour demander l'asile aux États-Unis. Les responsables du gouvernement de Franklin Roosevelt, dirigés par le secrétaire d'État Cordell Hull, refusèrent le débarquement du navire, d'abord à Cuba, puis aux États-Unis.

Le gouvernement canadien à son tour refusa l'accès du navire au Canada, l’obligeant de retourner en Europe. Les responsables britanniques convinrent d'accepter moins d'un tiers des passagers du navire, et les autres furent renvoyés en Europe continentale. Près de la moitié de ces derniers furent tués dans l'Holocauste.

Certaines informations indiquent que des dizaines de migrants privés du droit de séjour aux États-Unis sont tués dans leur pays d'origine chaque année. Un article paru en 2015 dans le Guardian a révélé qu'au cours de l'année précédente, 83 déportés avaient été assassinés à leur retour au Salvador, au Guatemala et au Honduras – les trois principaux pays qui constituent la caravane qui demande aujourd’hui l’asile.

L'impérialisme américain a transformé ces pays en zones de catastrophe sociale.

Au Salvador, le gouvernement américain a formé et armé la dictature militaire qui a massacré des dizaines de milliers de paysans et de travailleurs tout au long des années 1980.

Au Guatemala, les États-Unis ont formé et armé le gouvernement militaire du général Efraín Ríos Montt, qui a perpétré le génocide des Mayas, tuant des dizaines de milliers de Mayas autochtones dans les années 1980. Le régime soutenu par les États-Unis entreprit le nettoyage ethnique des villages et remplit les rivières du pays de cadavres.

Les États-Unis installèrent leurs forces «contra» au Honduras et les utilisèrent pour perpétrer la terreur des escadrons de la mort à la fois dans le pays et au Nicaragua voisin. Plus récemment, en 2009, le gouvernement Obama et la secrétaire d'État de l'époque, Hillary Clinton, ont soutenu un coup d'État contre le président élu du Honduras, Manuel Zelaya, ce qui a conduit à une répression de masse par l'État.

Tout l'establishment politique américain est responsable de l'abrogation du droit d'asile. Le Parti démocrate n'en est pas moins coupable que les républicains.

Pour ne donner qu'un exemple, le gouvernement démocrate de Bill Clinton a fait adopter la Loi sur l’antiterrorisme et la peine de mort en 1996 (AEDPA), qui interdisait à tous les immigrants de demander l'asile plus d'un an après leur arrivée aux États-Unis, parmi d’autres restrictions. L'AEDPA avait été adoptée au Sénat par un vote de 91 contre 8 avec le soutien de presque tous les sénateurs démocrates, y compris Joe Biden, Barbara Boxer, Dianne Feinstein, John Kerry, Ron Wyden, Paul Wellstone et Harry Reid. À la Chambre des représentants, la plupart des démocrates avaient voté pour le projet de loi, y compris Dick Durbin, Charles Schumer, Steny Hoyer et James Clyburn.

Le Parti démocrate est complice de l'attaque fascisante de Trump contre la caravane migrante d'Amérique centrale. Le gouverneur démocrate de la Californie, Jerry Brown, a accepté la demande de Trump pour l’envoi de 400 soldats de la Garde nationale à la frontière. La décision de Brown a libéré les mains des agents de l'immigration pour pouvoir contrôler le passage frontalier de San Diego-Tijuana où les immigrants sont forcés de camper.

Aucun dirigeant démocrate n'a fait de déclaration publique sur la caravane. Mis à part un seul tweet de Nancy Pelosi, dirigeante démocrate de la Chambre des représentants, le 5 avril, les comptes Twitter de Bernie Sanders, d'Elizabeth Warren, de Charles Schumer et du président du Comité national démocrate, Tom Perez, sont muets. Les porte-parole millionnaires égocentriques du mouvement #MeToo, n'ont pas non plus mentionné le fait que 80 % des femmes sont agressées sexuellement ou violées en essayant d’atteindre les États-Unis.

Aux postes frontaliers du monde entier, les campements de demandeurs d'asile se multiplient, à mesure que des dizaines de millions de personnes fuient leur pays d'origine. La majeure partie de ces personnes dépossédées viennent de pays dévastés par les campagnes d’invasions et de bombardements américains.

Le 20 avril, le gouvernement Syriza en Grèce a refusé de se soumettre à une ordonnance du tribunal exigeant qu'il autorise les réfugiés à quitter les îles où ils sont détenus dans des conditions déplorables.

Le 22 avril, le gouvernement français a adopté un projet de loi limitant considérablement les droits des demandeurs d'asile.

Au Royaume-Uni, la révélation de la maltraitance systématique des immigrés caribéens a contraint le ministre de l'Intérieur, Amber Rudd, à démissionner.

Le gouvernement israélien a arrêté des migrants africains et menace des milliers d'autres d’expulsion.

Partout dans le monde, des méthodes d'État policier testées contre des immigrés sont en préparation ou déjà employées contre l’ensemble de la classe ouvrière.

La transformation de millions de personnes en réfugiés apatrides est inévitable sous le capitalisme, où l'argent et les produits peuvent traverser les frontières, mais pas les êtres humains. Surtout dans des conditions où les classes dirigeantes impérialistes rivales se préparent à se partager le monde par la guerre mondiale, elles attisent le racisme anti-immigré et la xénophobie pour diviser la classe ouvrière et justifier la dictature.

En mai 1940, Léon Trotsky a écrit:

«Le monde du capitalisme décadent est surpeuplé. La question de l'admission d'une centaine de réfugiés supplémentaire devient un problème majeur pour une puissance mondiale comme les États-Unis. À l'ère de l'aviation, du télégraphe, du téléphone, de la radio et de la télévision, les voyages d'un pays à un autre sont paralysés par les passeports et les visas. La période de la disparition du commerce mondial et du déclin du commerce national est en même temps celle d'une intensification monstrueuse du chauvinisme et particulièrement de l'antisémitisme. [...] Au milieu des vastes étendues de terres et des merveilles de la technique qui a conquis pour l'homme le ciel comme la terre, la bourgeoisie s'est arrangée pour faire de notre planète une abominable prison.»

Le Parti de l'égalité socialiste appelle les travailleurs à défendre les immigrants à la frontière américano-mexicaine et à exiger qu'ils obtiennent l'asile politique. Nous nous opposons à toutes les attaques contre les immigrés, avec ou sans papiers, et défendons le droit démocratique de tous les travailleurs de vivre et de travailler dans le pays de leur choix, sans restriction et avec les pleins droits politiques et civils. En opposition à la division du monde en États-nations concurrents et à toutes formes de nationalisme, l'idéologie toxique du système capitaliste dépassé, nous nous battons pour l'unité internationale de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 3 mai 2018)