Mobiliser les travailleurs contre le régime Sri Lankais Sirisena-Wickremesinghe-Sampanthan !

Par V. Gnana
26 septembre 2016

Plus de 18 mois se sont écoulés depuis qu’une opération de changement de régime soutenue par les Américains a installé le prétendu régime de « bonne gouvernance » du président sri-lankais Maithripala Sirisena et du Premier ministre Ranil Wickremesinghe. Pourtant, sous ce régime, qui bénéficie du soutien de l’Alliance nationaliste tamoule (Tamil Nationalist Alliance – TNA) et son chef R. Sampanthan, les difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs, les paysans, les pêcheurs, les diplômés et les étudiants n’ont fait qu’augmenter. 

La manifestation d’aujourd’hui à Jaffna reflète la colère profonde contre Sirisena et la TNA. Sept ans après la fin de la guerre civile au Sri Lanka, 100 000 soldats sont toujours déployés dans la province du Nord, dont la population totale est de seulement 1 million. Des milliers de personnes sont encore considérées disparues et des milliers encore vivent dans des campements dans des conditions inhumaines. Les prisonniers politiques croupissent en prison, et les malades souffrent sans soins. Aucun des problèmes fondamentaux des victimes de la guerre n’ont été résolus, alors que les mesures d’austérité qui attaquent les salaires et les services sociaux s’intensifient. 

Les événements ont donné raison à l’opposition du Parti de l’égalité socialiste (Sri Lanka) à l’opération de changement du régime de Sirisena et à la politique du nationalisme tamoul, qui a divisé les travailleurs entre cinghalais, tamouls et musulmans.

Les travailleurs, et jeunes qui protestent contre les politiques de la TNA et du régime de Colombo doivent, cependant, être avertis : il n’y a pas de différences fondamentales entre la TNA et les organisations politiques qui ont appelé à cette protestation. 

Singeant la rhétorique des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) dans la guerre civile, le Ministre en chef du Conseil du peuple tamoul (TPC) du Nord de la province

C. Wigneswaran a qualifie le rassemblement de « bouleversement tamoul ». Le TPC a été rejoint par le Tamil National People’s Front (TNPF), les milieux universitaires de Jaffna, et les groupes qui ont servi pendant la guerre comme mandataires paramilitaires des armées du Sri Lanka ou de l’Inde : l’Eelam People’s Democratic Party et l’Eelam People’s Revolutionary Liberation Front. Les nationalistes tamouls du Sud de l’Inde ont également envoyé leurs salutations. 

En appelant à ce rassemblement, les nationalistes tamouls ont trois objectifs principaux. Le premier consiste à exploiter cyniquement les slogans du LTTE, qui lui-même était un mouvement nationaliste bourgeois qui réclamait haut et fort le soutien de l’impérialisme américain et de la bourgeoisie indienne. Les actuelles générations de nationalistes tamoules ont la même stratégie de base de passer des accords avec Washington et le régime de Colombo, dont les principaux responsables ont joué un rôle majeur dans le massacre de l’armée des combattants des LTTE à la fin de la guerre civile. 

Deuxièmement, la promotion des slogans nationalistes du LTTE entrave la prise de conscience croissante des travailleurs tamouls du fait qu’ils sont confrontés aux mêmes problèmes sociaux et économiques que les travailleurs cinghalais et musulmans. Cela ne fait que diviser la classe ouvrière selon des lignes ethniques et religieuses, et stabiliser le régime capitaliste en faisant dérailler une opposition croissante au régime Sirisena-Wickemesinghe-Sampanthan parmi les travailleurs de toutes origines. 

Troisièmement, dans des conditions où Wigneswaran se vante fièrement de ses rencontres avec des diplomates et des amiraux américains en visite au Sri Lanka, le TPC essaie de cacher le danger croissant d’une guerre mondiale en cours de préparation par le « pivot vers l’Asie » américain contre la Chine. Les responsables américains ne rendent pas régulièrement visite à Jaffna pour exprimer leur générosité et préoccupation humanitaire pour le peuple tamoul. Ils cherchent à défendre leur hégémonie sur les routes commerciales de l’océan Indien économiquement vitales reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique, afin d’imposer un blocus sur la Chine en cas de guerre. 

L’évolution des nationalistes tamouls en partisans de la campagne de guerre de Washington justifie l’opposition trotskyste du SEP depuis des décennies aux forces nationalistes de toutes les ethnies. C’est le seul parti qui a combattu sans compromis pour unir la classe ouvrière à travers les barrières ethniques, religieuses et de langue, sur la base d’une perspective socialiste internationale pour le sous-continent indien. Il s’est opposé à la guerre civile au Sri Lanka sur la base de la perspective des États socialistes unis du Sri Lanka et de l’Eelam, dans le cadre des États socialistes unis d’Asie du Sud. 

Les alliés des Tamouls opprimés dans l’île ne sont pas Sirisena, Modi, et Obama, mais les travailleurs cinghalais et la classe ouvrière du sous-continent indien et du monde entier. La seule façon d’avancer est se tourner vers ces forces, en rejetant les illusions véhiculées par les nationalistes tamouls dans la nouvelle constitution qu’ils négocient en ce moment avec le régime Sirisena soutenu par Washington. 

La TNA a justifié son opposition au rassemblement à Jaffna, citant ses plans pour un « long voyage » avec Sirisena. Le numéro deux de la TNA, M. A. Sumanthiran, a promis, « La nouvelle constitution apportera une solution complète pour le peuple tamoul ». Il a ajouté cyniquement, « Déjà, nous avons été trompés plusieurs fois au cours des 60 dernières années, mais ce n’est pas important si on nous trompe à nouveau ». 

Les organisations appelant à la manifestation de Jaffna font la promotion des illusions dans la même constitution et le même régime. Le chef de file du TNPF Gajendrakumar Ponnambalam a déclaré : « Le gouvernement présentera la constitution dans deux mois, et les propositions du TPC doivent y être incluses. C’est seulement de cette façon que tous les problèmes sociaux seront résolus […] Nous devons exercer une pression massive sur la nation cinghalaise pour faire inclure notre cause » dans la constitution. 

En fait, l’histoire de près de 70 ans des « États indépendants » établis après la Seconde Guerre mondiale dans le sous-continent indien montre que la classe capitaliste est incapable de résoudre les questions sociales, de construire la démocratie ou d’unifier la population à travers les lignes nationales et religieuses. La nouvelle constitution serait une impasse pour les masses. Au milieu de conflits de classe et de tensions mondiales croissantes, elle ouvrirait la voie à un régime d’État policier qui imposerait l’austérité et qui préparerait une nouvelle guerre impérialiste mondiale. 

La question cruciale dans le tournant vers la classe ouvrière internationale est la construction de sa direction révolutionnaire. Nous appelons les travailleurs, les jeunes et les intellectuels partisans du socialisme à lire et à soutenir le World Socialist Web Site et à adhérer au PES.

(Article paru en anglais le24 septembre 2016)