Nouvelles calomnies de TamilNet contre le WSWS: l’aveu d’une faillite politique

Par K. Nesan et V. Gnana
8 juin 2016

La réponse du site web nationaliste tamoul TamilNet à la lettre ouverte à TamilNet du 17 février publiée par le WSWS et exigeant que TamilNet rétracte ses calomnies – que le WSWS était un partisan du génocide et de l’impérialisme -- est un aveu de faillite politique.

La réponse de TamilNet intitulée : «‘Sri Lanka’, la vache sacrée tant de l’impérialisme américain que du social-impérialisme », ne conteste aucun des points mentionnés par le WSWS dans sa lettre ouverte. TamilNet ne peut pas défendre ses calomnies antérieures contre les WSWS et ne cherche pas à le faire ; il ne peut non plus réfuter la charge du WSWS qu’il est un porte-parole nationaliste tamoul du « pivot vers l’Asie » de l’impérialisme américain et de l’installation au Sri Lanka l’an dernier d’un régime impopulaire pro-américain.

TamilNet admet au contraire que les partis nationalistes tamouls se sont intégrés à la politique étrangère américaine et à la tentative de l'État indien de gagner de l’influence à Colombo en soutenant le Président Maithripala Sirisena. Le site écrit que le « leadership Tamil cherche à en appeler aux Etats-Unis et à l'Inde pour leur soutien, malgré ses ‘appels impuissants’ précédents qui n’ont pas été entendus. Cette section du système politique tamoul mérite qu’on l'attaque, car elle est encore impuissante pour une politique mondiale basée sur la lutte. »

La tentative de TamilNet de se démarquer de l’adoption du régime de Sirisena et de la politique étrangère américaine par l’Alliance nationale tamoule (TNA) pue la mauvaise foi. Toutes les factions de l’establishment nationaliste tamoul ont soutenu les appels de la bourgeoisie tamoule à l’impérialisme américain afin qu’il intervienne pour lui au Sri Lanka et aux Nations-unies, y compris TamilNet, qui a écrit de nombreux articles insistant pour que Washington joue un plus grand rôle.

Dans un de ces articles, « Stephen Rapp esquive une question sur les enquêtes internationales, » TamilNet pria l’ambassadeur des États-Unis pour la Justice pénale mondiale, Stephen Rapp, d’intervenir de façon plus musclée dans la politique du Sri Lanka. Critiquant Rapp qui « esquive une réponse appropriée aux demandes d’enquêtes internationales, » il a cité avec approbation les appels des nationalistes tamouls en direction de Washington pour l’élaboration d’un plan pour un nouveau régime au Sri Lanka. « Les représentants de la société civile ont exhorté le diplomate américain en visite à élaborer un cadre pour une solution politique dans la résolution, » a-t-il écrit.

TamilNet tente de dissimuler son bilan pro-impérialiste par davantage de calomnies sans fondement et attaque le WSWS comme partisan de l’État sri lankais. Il écrit : « Toutefois, les ‘socialistes mondiaux’ conditionnés par le prétendu ‘Sri Lanka’ créé et soutenu par les impérialistes eux-mêmes, ne répondent pas à la question la plus cruciale: pourquoi ce ‘Sri Lanka’ devrait-il être uni en un seul élément dans la lutte internationale de la classe ouvrière mondiale, ont commenté les militants tamouls pour une politique d’alternative. »

L’allégation de mystérieux et anonymes « militants tamouls pour une politique d’alternative » que le WSWS est « conditionné » pour soutenir l’État sri lankais n’est pas moins fausse et diffamatoire que les affirmations précédentes de TamilNet que le WSWS soutenait l’impérialisme et le génocide.

Ce n’est pas le WSWS, mais TamilNet qui accepte le système étatique réactionnaire issu de l’interruption de l’élan révolutionnaire de la classe ouvrière indienne et des masses opprimées du sous-continent indien par la partition de l’Inde parrainée par l’ancienne puissance coloniale britannique en 1947. TamilNet cherche à opérer dans ce cadre pour obtenir un petit État tamoul séparé dans le nord du Sri Lanka.

Le bilan politique du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), qui publie le World Socialist Web Site, et de sa section sri-lankaise, le Parti de l’égalité socialiste (Sri Lanka), est bien connu. Il n’a jamais défendu le système des états mis en place après 1947 ou l’État unitaire du Sri Lanka. Il a lutté pour le renversement révolutionnaire des États capitalistes, formellement indépendants, issus de la collaboration entre la bourgeoisie indienne et l’impérialisme en 1947, et a préconisé des États-Unis socialistes du Sri Lanka et de l’Eelam, dans le cadre d’États-Unis socialistes d’Asie méridionale.

Même TamilNet s’est senti obligé de reconnaître, dans ses articles précédents, que le PES s’est inlassablement opposé à l’État sri lankais, l’outil de la classe capitaliste du Sri Lanka et de l’impérialisme, se fondant sur l’opposition du mouvement trotskyste au système d’État bourgeois issu de la partition de l’Inde à la fin de la domination coloniale britannique en 1947-1948. En fait, quand TamilNet ne savait pas comment critiquer la politique de l’État sri Lankais, il cherchait parfois des arguments chez le WSWS, qu’il citait abondamment, et qu’il calomnie aujourd’hui comme partisan de l’État sri lankais.

Ainsi, en 2012, au fur et à mesure que les appels montaient pour une enquête sur le massacre de masse des Tamouls par l’armée sri lankaise à la fin de la guerre civile, TamilNet a été désagréablement surpris par la proposition cynique de Rajapakse de former une Commission d’enquête des enseignements et de la réconciliation (LLRC), pilotée par l’État. Cette proposition a coupé l’herbe sous les pieds des demandes d’enquête internationale des nationalistes tamouls, que les responsables sri lankais attaquaient comme une opération américaine de changement de régime et de discrédit de Rajapakse. Pour trouver une base politique pour critiquer la proposition de LLRC de l’État sri lankais, TamilNet a cherché ses arguments au WSWS.

Il écrivait: « l’article du World Socialist Web Site par Sarath Kumara expose bien la farce de la LLRC de l’Etat centré sur Colombo et de ses amis impérialistes, contrairement à ce que faisait [l’ambassadeur du Sri Lanka à l’ONU] Tamara [Kunanayakam] qui, dans des habits socialistes et anti-impérialistes, tentait de défendre cet État coupable de génocide... ‘Seule la classe ouvrière, dans une lutte unifiée pour un gouvernement ouvrier et paysan basé sur une politique socialiste, peut défendre les droits démocratiques les plus élémentaires et faire face à ces crimes de guerre horribles’, conclut Sarath Kumara. »

Ce qui a changé depuis ce n’est pas la position du PES ou du WSWS. Ce sont au contraire les nationalistes tamouls qui ont été entraînés dans une opération de changement de régime de l’impérialisme américain au Sri Lanka, qui renversa Rajapakse et mis Sirisena au pouvoir, dans le cadre du « pivot vers l’Asie » des États-Unis visant à isoler la Chine et à préparer une guerre contre elle.

La TNA, le principal parti nationaliste tamoul au Sri Lanka, a appuyé sans réserve l’opération de changement de régime et elle est complice, avec le gouvernement, de la mise en œuvre des mesures d’austérité exigées par le Fonds monétaire international (FMI) et attaquant les travailleurs et les pauvres de l’île. La TNA a propagé l’illusion dans les régions déchirées par la guerre que le nouveau gouvernement reconstruirait le pays, qu’il fournirait emplois et « bonne gouvernance » et qu’il accorderait les pleins droits démocratiques aux Tamouls. Mais la situation sociale des travailleurs n’a fait qu’empirer.

Le nouveau gouvernement, loué par la TNA comme celui du « renouveau démocratique », a refusé de libérer les prisonniers politiques tamouls; il a arrêté au moins 21 Tamouls dans le cadre de la notoire Loi sur la prévention du terrorisme depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2015. Les responsables de la TNA se trouvant maintenant à des postes au sommet de l’État, dont celui de leader de l’opposition parlementaire, TamilNet craint que la montée de l’opposition de la classe ouvrière contre le régime Sirisena ne discrédite la TNA et le nationalisme tamoul au Sri Lanka, en Inde et dans la diaspora tamoule. La peur d’un état d’esprit de plus en plus révolutionnaire chez les travailleurs conduit TamilNet à dénoncer le WSWS.

TamilNet dénonce violemment la stratégie révolutionnaire internationale proposée par le PES pour l’unification de la classe ouvrière sur le sous-continent indien dans la lutte contre l’impérialisme et la guerre. Il écrit : « partisan par la couverture des opérations agressives militaires et des entreprises en particulier de la Chine, et par celle du rôle concurrentiel qu’elle a joué dans le génocide des Tamouls d’Eezham, les socialistes mondiaux de l’île se servent à présent d’un stratagème vertical d’intégrer l’Asie du Sud et de rassembler la classe ouvrière à travers le sous-continent indien, le tout à partir du Sri Lanka. »

L’affirmation que le PES excuse les crimes de la politique étrangère chinoise est une autre calomnie que TamilNet a réfutée dans ses propres articles. Le PES a critiqué toutes les grandes puissances, y compris la Chine, pour avoir donné le feu vert au régime de Colombo en 2009 pour qu’il finisse la guerre civile en assassinant en masse les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), les séparatistes tamouls, dans le nord du Sri Lanka.

Le 1er juillet 2013, TamilNet citait un article du WSWS par K. Ratnayake, écrivant: « L’auteur note également, non sans substance adéquate, que ‘Toutes les grandes puissances mondiales et régionales ont soutenu la guerre communautariste renouvelée contre les LTTE, ont fourni de l’assistance militaire et ont gardé le silence sur les atrocités de l’armée sri-lankaise contre les civils. Les États-Unis et leurs alliés n’ont commencé à émettre des préoccupations très limitées sur le massacre de civils que dans les derniers mois de la guerre, non par inquiétude pour les Tamouls, mais comme un moyen de forcer le gouvernement à prendre ses distances d’avec la Chine.’ »

La critique par TamilNet de l’influence de l’État chinois et des entreprises chinoises au Sri Lanka est totalement réactionnaire. Ils ne visent qu’à donner une apparence « de gauche » à la politique pro-impérialiste des nationalistes tamouls, masquant leur alignement sur les forces les plus agressives de la politique mondiale : l’impérialisme américain et ses alliés impérialistes en Europe, au Japon et en Australie.

L’orientation de TamilNet est pro-impérialiste et violemment hostile à une lutte pour unifier les Tamouls, les Cinghalais, les travailleurs musulmans et les masses opprimées du Sri Lanka. Sur cette base, ils défendent l’État sri lankais et sont prêts à sanctionner les crimes les plus sanglants contre les travailleurs, les jeunes et les masses opprimées. Leur indifférence effrayante vis-à-vis des massacres de masse répétés de Cinghalais par le régime de Colombo est d’une importance particulière.

Dans le seul passage où TamilNet aborde des points soulevés par la lettre ouverte du WSWS, il excuse la politique tout à fait réactionnaire des nationalistes tamouls qui ont aidé l'Etat sri lankais a réprimer des soulèvements de masse et des grèves des travailleurs et des jeunes cinghalais. TamilNet écrit: « les socialistes mondiaux de l'île parle du massacre de 160.000 jeunes cinghalais du JVP en 1971 et en 1989. Le JVP n'a jamais tendu la main aux Tamouls, et, malheureusement, les Tamouls ont regardé en silence. »

C’est là un mensonge politique. Les Tamouls étaient choqués et horrifiés de l’assassinat de masse des jeunes cinghalais, dont certains avaient cherché refuge dans les zones tenues par les Tamouls. Cependant, les travailleurs tamouls et les masses opprimées ne sont pas intervenus pour éviter la tuerie parce que les nationalistes tamouls avaient divisé la classe ouvrière selon des lignes ethniques pour éviter une lutte révolutionnaire commune des travailleurs de toute l’île. Les LTTE, dont TamilNet est un descendant, ont nettoyé ethniquement des zones sous leur contrôle, expulsant les Cinghalais et les musulmans du nord du Sri Lanka.

Une division réactionnaire du travail est apparue où les nationalistes tamouls ont travaillé avec les États indien et sri lankais pour écraser les soulèvements de masse successifs dans l’île.

Le LTTE avait signé l’accord indo sri-lankais de 1987. Ses termes spécifiaient l’envoi de l’armée indienne pour désarmer les LTTE et d’autres groupes armés. Initialement, les LTTE ont coopéré avec le déploiement indien, mais plus tard, ils ont cherché à s’allier à l’État sri lankais contre les forces indiennes. En 1989, les LTTE, en vertu d’un accord avec le président fraîchement élu Ranasinghe Premadasa, ont reçu des armes et des fournitures pour lutter contre les Indiens, alors que Premadasa déployait l’armée sri lankaise pour écraser l’insurrection dans le sud de l’île.

Les partis au pouvoir au Sri Lanka et leurs organisations associées sont les principales responsables des massacres. Sans le soutien tacite des partis tamouls nationalistes au Parlement et des LTTE en 1989, les massacres n’auraient pas été possibles. L’indifférence totale de TamilNet à ces carnages montre qu’il est prêt à sanctionner aujourd’hui les crimes les plus sanglants de l’impérialisme et de la bourgeoisie du Sri Lanka.

(Article paru d’abord en anglais le 3 juin 2016)