Le revirement des USA sur la guerre civile sri Lankaise démasque les nationalistes tamouls

Par K. Nesan
2 septembre 2015

L'annonce du secrétaire d'État adjoint américain Nisha Biswal que Washington rétracte son appel pour une enquête internationale du massacre des Tamouls à la fin de la guerre civile au Sri Lanka révèle la faillite du nationalisme tamoul. 

En exigeant une enquête internationale en 2014, Washington ne faisait qu'employer un stratagème cynique pour faire pression sur le président sri-lankais Mahinda Rajapaksa pour qu'il abandonne son orientation prochinoise. Le changement de régime organisé ensuite par les Etats-Unis pour renverser Rajapakse et installer Sirisena en tant que président en janvier a ramené le Sri Lanka dans l'orbite américaine. Washington n'a plus intérêt à enquêter sur les crimes des hauts responsables de son régime fantoche à Colombo, et a donc rapidement laissé tomber l'appel pour l'enquête. 

L'Alliance nationale tamoule (TNA) avait proposé son soutien entier au nouveau régime sri-lankais et encouragé des illusions que celui-ci participerait à une enquête internationale, dans le cadre d'une « solution politique » pour le peuple tamoul. Le Conseil provincial du Nord conduit par la TNA a adopté une résolution en février soutenant une telle enquête. A présent, ces illusions sont en ruines. 

Une délégation de cinq membres de la TNA a rencontré Biswal à Colombo. Après la réunion, dans une interview à la radio "Lankasri", le chef de la TNA Sampanthan n'a rien dit sur le changement dans la politique américaine et s'est abstenu d'exiger une enquête internationale. 

Interrogé sur quelles démarches la TNA effectuerait à l'avenir, il a déclaré: "Nous prendrons toutes les mesures nécessaires. Nous ne pouvons pas parler publiquement de cela, il n'est pas nécessaire de le faire. Nous avons tout dit dans notre manifeste électoral pour l'expliquer aux peuple dans notre campagne. Nous continuerons notre travail ". 

L'insistance de Sampanthan que le peuple n'avait pas besoin de savoir ce que la TNA fait illustre le mépris des nationalistes tamouls pour les travailleurs et les pauvres auxquels Sampathan a demandé il y a quelques semaines d'élire 20 membres de la TNA au parlement. Pour lui, ils n'ont pas le droit de connaître les machinations à huis clos entre l'impérialisme américain et la TNA. 

MA Sumanthiran, un député TNA de Jaffna, a signalé que la TNA accepterait une enquête interne sri-lankaise disponsant d'une aide internationale, c'est à dire le mécanisme actuellement proposé par Washington. Il a déclaré au New Indian Express, « Nous ne pouvons pas obtenir justice si c'est purement un mécanisme sri lankais. Il faut que ce soit une enquête internationalisée. La participation d'experts internationaux est absolument nécessaire ». 

En coulisse, Washington a fait savoir aux nationalistes tamouls qu'il ne tolérerait aucune déclaration sur les crimes de guerre qui pourraient déstabiliser le régime de Colombo. 

CV. Wigneswaran, the chief minister of the Tamil-majority North Province, visited the US in July and was sent home with the message that Washington would set the TNA’s line. The Sri Lankan Sunday Times wrote that he received “tough tuition” from the US State Department, as “he had been told to work towards reconciliation, reconstruction and rehabilitation of the Northern Province rather than up his rhetoric on genocide charges. He had been told that it was the best chance for him to work with the Sirisena-Ranil Wickremesinghe Government.” 

CV Wigneswaran, le ministre en chef de la Province du Nord à majorité tamoule, a visité les États-Unis en juillet. Washington a fermement indiqué qu'il fixerait la ligne de la TNA. Le Sunday Times sri lankais a écrit que Wigneswaran avait reçu une « dure correction » infligée par Washington : « on lui avait dit d'œuvrer à la réconciliation, à la reconstruction et à la réhabilitation de la Province du Nord plutôt que de renforcer ses déclarations sur le génocide. On lui avait dit que cela lui servirait mieux de travailler avec le gouvernement Sirisena-Ranil Wickremesinghe ». 

Wigneswaran a reçu ses ordres de Washington cinq sur cinq. Il a publié un communiqué à son retour pour dire que les Tamouls voteraient pour un parti qui représente véritablement les intérêts du peuple tamoul. Il a depuis renoncé à participer aux réunions de la TNA ou à d'autres événements politiques. 

Le revirement de la politique américaine a déclenché une crise parmi les nationalistes tamouls. Dans un geste prompeux, un parlementaire de la TNA, Sritharan, a dit à Tamilwin: « nous n'avons pas besoin d'accepter ce que dit l'Amérique, nous voulons la médiation internationale ». 

Par contre, le quotidien tamoul Thinakkural a écrit: « Les petites nations et les minorités sont clairement des jouets dans les mains des grandes puissances ayant divers intérêts dans la région ». 

Les crimes de la guerre civile au Sri Lanka sont indissolublement liés au régime bourgeois. Aucune les diverses factions de la classe dirigeante sri lankaise n’a intérêt à enquêter sur ces crimes ou de punir ceux qui en sont responsables, pas plus que leurs alliés étrangers. 

Il n’est pas difficile de voir qui porte la responsabilité politique de la destruction et des massacres pendant la guerre civile. Les dirigeants du gouvernement pro-américain actuel et de l'opposition ont été impliqués dans la guerre à outrance menée par l'État sri-lankais contre les Tamouls. 

Le président Sirisena a été directement impliqué dans la relance de la guerre en 2006, en tant que ministre du gouvernement à l'époque, puis comme haut responsable du parti au pouvoir à la fin des combats. 

Le Premier ministre Ranil Wickramasinghe, qui était chef de l'opposition à l'époque, n’a jamais exprimé d'opposition à la guerre, même symbolique, au parlement. 

Chandrika Kumaratunga, un membre de la Fondation Clinton qui était fortement impliquée dans l'opération américaine pour installer Sirisena comme président, fut la présidente entre 1994 et 2005. 

Sarath Fonseka était le commandant de l'armée qui a mené la guerre en 2009. Il a été arrêté en février 2010 sous Rajapakse pour avoir prétendument comploté le renversement du gouvernement, puis relâché en mai 2012. Deux semaines après avoir assumé ses fonctions en janvier, Sirisena lui a accordé une grâce présidentielle, en lui restaurant son grade militaire et ses décorations. Il a été promu maréchal en mars. 

Le 7 mai, Sirisena a nommé le major général Jagath Dias chef d'état-major. Dias fut le commandant de la 57e division de l'armée pendant la guerre. Rajapakse l’a nommé ambassadeur en Allemagne et en Suisse après la guerre en 2009. 

Fin 2011, des instances suisses ont soulevé des accusations de crimes de guerre contre lui. Le Centre européen pour les Droits constitutionnels et humains a produit un rapport qui l'accusait d'avoir commis de graves violations des droits de l'homme et d'avoir joué un rôle dans la torture et les exécutions extra judiciaires. 

En soutenant un gouvernement composé de telles personnalités, la TNA s’est rendue elle-même complice en permettant les crimes de la guerre civile de rester impunis. 

Lors des élections présidentielles de 2015, elle a soutenu Sirisena en disant qu'il procéderait à une «transformation démocratique» du Sri Lanka. La TNA a salué la résolution des États-Unis en 2014 proclamant que l'enquête internationale allait être le prélude d'une solution politique. Elle ne se préoccupe pas des aspirations démocratiques des masses, mais de travailler derrière leur dos pour un accord avec l'impérialisme au profit des capitalistes tamouls.

(Article paru en anglais le 1 septembre 2015)