Le secrétaire général du SEP au Sri Lanka interviewé sur la chaîne des élections nationales

Par notre correspondant
1 août 2015

Le secrétaire général du Parti de l’égalité socialiste (SEP), Wije Dias, a été interviewé cette semaine sur la campagne électorale du parti sur la chaîne de la Sri Lanka Broadcasting Corporation (SLBC). La discussion, qui a abordé de nombreux sujets, a duré une heure. L’émission a été diffusée en direct sur la radio d’État, qui dispose d’une couverture sur toute l’île, à 7 h du matin le 26 juillet.

Le SEP présente 43 candidats dans trois régions électorales clés : la capitale, Colombo, Jaffna, dans le nord déchiré par la guerre, et Nuwara Eliya, le centre de vastes plantations de thé du pays.

Dias a commencé l’interview en expliquant que le SEP était la section sri-lankaise du Comité international de la Quatrième Internationale qui mène un combat pour le programme du socialisme international. Le parti a été fondé en tant que Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en 1968 en réponse à la trahison du Lanka Sama Samaja Party (LSSP), qui est entré dans le gouvernement bourgeois de Sirima Bandaranaike en 1964. La LCR a été transformée en SEP en 1996, a dit Dias.

L’intervieweur du SLBC, Shantha Kumara Liyanage, a dit que le titre officiel de Sri Lanka était la République socialiste démocratique de Sri Lanka et a demandé: « Mais le Sri Lanka n’est-il pas déjà un pays socialiste ? »

Dias a répondu : «La classe dirigeante ne dit jamais la vérité aux masses. Cela en est un exemple. Lorsque le chef de l’UNP (Parti national unifié) pro-impérialiste, J.R. Jayawardene, a mis en oeuvre sa constitution présidentielle exécutive autocratique en 1978, il a tenté de confondre la classe ouvrière en déclarant l’île une République socialiste. Il a pu malmener la signification du mot «socialiste» à l’aide du rôle traître joué par le LSSP et le Parti communiste stalinien (PC), qui ont tenu des postes ministériels dans le gouvernement de coalition capitaliste de 1970-1976. Une mesure de la haine de masse contre ces prétendants socialistes a été indiquée par leur défaite en 1977 lors des élections générales. Ils ont perdu tous leurs sièges parlementaires et, dans certains cas, des sièges qu’ils détenaient depuis plus de 40 ans.

Liyanage a demandé pourquoi les politiques «socialistes» du gouvernement du Front unique de 1970, qui affirmait avoir mis en place une économie nationale autonome, ont été rejetées par le peuple en 1977 et ont abouti à une victoire parlementaire à forte majorité pour l’UNP.

Wije Dias a souligné que le gouvernement de 1970 n’était pas socialiste, que c’était un régime capitaliste dirigé par le Sri Lanka Freedom Party (SLFP) bourgeois. Les dirigeants du LSSP et du PC qui ont fait partie du régime étaient les serviteurs de la classe capitaliste. La domination capitaliste au Sri Lanka, a-t-il poursuivi, faisait face à une crise économique et politique croissante depuis le début des années 1960. Les dirigeants «de gauche» sont entrés dans le gouvernement capitaliste de Sirima Bandaranaike en 1964 dans le but de parer à une vague montante de luttes de la classe ouvrière. Cela a ouvert la voie au gouvernement de droite de l’UNP, de 1965 à 1970.

«Au moment où le deuxième gouvernement de coalition est arrivé au pouvoir en 1970, la crise du capitalisme mondial s’était encore aggravée. Cela a été indiqué par les États-Unis qui ont rompu la relation entre le dollar et l’or, la pierre angulaire de l’ordre économique mondial après la Deuxième Guerre mondiale. Le flottement du dollar en août 1971 a immédiatement entraîné la dévaluation d’une série de monnaies importantes du monde et a été suivi par des augmentations de prix des matières premières, notamment du pétrole, qui ont eu un impact considérable sur l’économie sri-lankaise. Ces événements ont crûment révélé la domination de l’économie mondiale sur tous les pays.»

«Les politiques du gouvernement du soi-disant «Front populaire» étaient nationalistes-bourgeoises et représentaient une tentative désespérée pour conjurer la crise capitaliste mondiale. Les politiques telles que l’interdiction de servir le riz, l’aliment de base, partout dans le pays les mardis et les vendredis afin d’économiser des devises en réduisant les importations de riz étaient profondément impopulaires. Cette situation a été exploitée par l’UNP pour arriver au pouvoir en 1977 et poursuivre l’intégration de l’île dans l’économie capitaliste mondiale», a déclaré Dias.

Le secrétaire général du SEP a continué à expliquer les origines de la crise financière mondiale en 2008 et la rupture prolongée du système capitaliste mondial en cours.

«Le système capitaliste mondial tout entier est englouti par la crise économique qui attise les rivalités impérialistes et augmente le danger d’une guerre impérialiste. Le Sri Lanka est pris dans ce tourbillon. Cela a été démontré dans la dernière élection présidentielle, où Washington a été activement impliqué dans l’opération de changement de régime qui a remplacé le président Mahinda Rajapakse par Maithripala Sirisena.

«Cela faisait partie du “pivot vers l’Asie”, la politique de Washington qui vise à encercler la Chine et à mettre fin aux relations que Rajapakse avait développées avec Pékin au cours de sa guerre communautariste et ses conséquences. Les États-Unis voulaient que Colombo suive sa ligne stratégique d’une offensive militaire contre la Chine, qu’ils considèrent comme un rival.»

Un auditeur de Dalugama, qui est à la périphérie de Colombo, a téléphoné à la station de radio pour poser la question suivante à Dias: «Même si le gouvernement Rajapakse s’orientait vers la Chine, ses politiques économiques étaient tout de même pro-impérialistes ? La Chine socialiste est en train de suivre le modèle occidental de développement, non ?»

Dias a donné une réponse détaillée : «La Chine n’est pas un pays socialiste. Ses dirigeants se sont basés sur le programme nationaliste et anti-marxiste du stalinisme : la théorie du “socialisme dans un seul pays”. Trotsky et l’Opposition de gauche, soutenus par une puissante section de la classe ouvrière soviétique, ont mené une lutte déterminée contre cette théorie nationaliste quand elle a été introduite en Union soviétique autour de 1923. Trotsky a formé la Quatrième Internationale en 1938 pour lutter contre le programme stalinien contre-révolutionnaire à l’échelle mondiale. Voilà l’héritage du SEP.

«La bureaucratie stalinienne, qui est arrivée au pouvoir après la Révolution chinoise de 1949, a rejeté l’internationalisme socialiste et a succombé aux pressions de l’impérialisme au cours des années 1970. À la fin de cette décennie, ils ont présenté le programme notoire du “socialisme à la chinoise”, ce qui ne signifiait rien de moins qu’une intégration dans le capitalisme mondial.

« De la même manière que la Chine n’est pas un pays socialiste, les relations entre la Chine et Rajapakse ne font pas de lui un anti-impérialiste. Les deux côtés de cette relation sont égoïstes et opportunistes. L’impérialisme américain, cependant, dans ses mouvements désespérés vers la domination du monde, n’est pas prêt à tolérer les relations de Rajapakse avec la Chine, que Washington a l’intention de recoloniser. C’est pour cette raison que les États-Unis sont intervenus pour démettre Rajapakse de ses fonctions.»

L’intervieweur du SLBC, Shantha Kumara Liyange, a demandé à Dias si le SEP utiliserait tout poste qu’il remporterait au parlement pour aider l’un des deux principaux partis à former un gouvernement.

«Nous avons l’intention d’utiliser le parlement seulement comme une autre plateforme pour éduquer la classe ouvrière et les opprimés sur notre programme pour le renversement de la domination capitaliste par une révolution socialiste. Il ne peut y avoir aucune voie parlementaire vers le socialisme», a dit Dias.

«Ceux qui font la promotion d’une telle politique ouvrent la voie au type de dictature capitaliste qui a été imposée au Chili en 1973. Cela a été aussi démontré au Sri Lanka par les trahisons de LSSP et le PC qui ont ouvert la porte à l’UNP de droite. Cette même erreur est maintenant promue par des groupes de pseudo-gauche tels que le Nava Sama Samaja Party (NSSP), le Parti socialiste unifié (USP) et le Parti socialiste d’avant-garde (FSP).

«Le LSSP et le PC ont rejoint Rajapakse, qui continue d’attiser le communautarisme, tandis que ceux de la pseudo-gauche, qui ont aidé Sirisena à devenir président, soutiennent l’UNP dans l’élection générale.

«En opposition aux deux camps capitalistes et leurs larbins, le SEP exhorte les travailleurs et les opprimés de toutes les communautés à soutenir notre campagne et notre lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan pour abolir le capitalisme et mettre en œuvre le programme du socialisme international. Le peuple sri-lankais doit d’abord franchir cette étape essentielle pour arrêter les préparatifs de guerre impérialiste et défendre les droits sociaux et démocratiques.»

(Article paru d'abord en anglais le 30 juillet 2015)