Les habitants du département d'irrigation sri-lankais discutent la politique du PES

Par notre correspondant
8 août 2015

Des sympathisants du Parti de l'égalité socialiste (PES) font campagne parmi les habitants et les travailleurs du département d'irrigation de Ratmalana dans le cadre de l'intervention du PES dans l'élection générale du 17 août. Cette zone est située à 15 kilomètres au sud de la capitale, Colombo. Elle est l'un des trois districts où le PES présente une liste électorale. Le PES se présente aussi à Jaffna et à Nuwara Eliya. 

un membre du parti discute la politique du PES 

Sous l'empire britannique, le département d'irrigation avait pour tâche d'établir une irrigation à large et moyenne échelle, de contrôler les crues et d’introduire des mesures sanitaires. Après l'indépendance, sa principale responsabilité fut de fournir l'eau aux fermiers et aux projets agricoles de l'Etat. Après l'adoption en 1977 d'une « politique économique ouverte », on a soit privatisé, soit privé de crédits les agences étatiques telles que le département d'irrigation, qui a souffert de « restructurations » successives. 

Les appartements du département d'irrigation à Ratmalana accueillent environ 300 foyers, dont beaucoup sont délabrés ou inhabitables par manque de réparations. Le loyer mensuel se situe entre 1.000 et 2.000 roupies (de €6,84 à €13,69), enlevés aux salaires des habitants, en plus des frais pour l'eau et l'électricité. 

Souvent, plusieurs membres d'une même famille travaillent pour le département d'irrigation, mais ils doivent quitter leurs appartements en prenant leur retraite. Plusieurs ont dû s'établir dans des cabanes de tôle à proximité. 

Une femme qui vit dans une de ces cabanes a dit : « Mon père travaillait au département d'irrigation, mais nous avons perdu notre maison quand il a pris sa retraite, et nous vivons dans cette cabane depuis 20 ans ». 

Elle a expliqué: « Je n'ai pas de travail et mon mari est travailleur précaire. Nous parvenons à envoyer nos enfants à l'école, mais ils veulent constamment de l'argent, même à l'école. Les revenus de mon mari ne suffisent pas pour répondre à ces besoins. Certaines familles ici reçoivent l'aide Samurdhi [Sécurité sociale], mais ce n'est que 250 roupies par mois, soit la moitié des dépenses journalières de notre foyer ». 

Beaucoup de travailleurs dans la région ont des difficultés financières. 

une ménagère parle au PES] 

Un ouvrier du textile de 18 ans d'Angulana a dit, « Nos équipes travaillent de 8h à 18h mais mon salaire [mensuel] n'est que 12.500 roupies [€85,55], cela ne couvre que mes besoins personnels. Je n'ai pu rester à l'école que pendant 9 ans; certains enfants ici ne peuvent même pas faire cela ». 

Amila, dont le mari est travailleur municipal, a dit que même après une augmentation de 7.000 roupies mensuels, son mari ne rapportait que 30.000 roupies. 

« J'ai trois enfants à l'école, l'école nous demande 3.000 roupies par mois. Notre facture d'eau est de 500 roupies et l'électricité fait 1.000 roupies. D'autres dépenses pour l'éducation et la santé des enfants sont importantes. Même si on va à un hôpital public, il faut acheter la plupart des médicaments dans des pharmacies privées ». 

Elle a expliqué que son mari conduisait un taxi à trois roues et s'est endetté pour acheter le véhicule. « Les paiements mensuels sont de 10.000 roupies, donc la vie devient difficile de jour en jour », a-t-elle dit. 

La maison d'Amila est bâtie sur des terrains publics. Elle a dit que si le programme d'évacuation des squatteurs du gouvernement précédent de Rajapakse reprenait, elle pourrait perdre sa maison. De l'autre côté, si l'UNP de Ranil Wickremesinghe gagne l'élection, son mari risque de perdre son poste, car il a travaillé sous Rajapakse. 

Nimal

Nimal, qui a des problèmes de santé sérieux et vit dans la pauvreté avec sa femme, a exprimé son dégoût avec tous les principaux partis politiques. 

« Les médias et divers artistes nous demandent de voter pour des candidats éduqués, intègres, et sans lien avec des rackets tels que la drogue. Même si de pareils candidats existaient, il faudrait voter pour les mêmes partis corrompus et dégoûtants qui nous gouvernent depuis des décennies. Evidemment, on peut ensuite se demander si de tels candidats intègres existent du tout ». 

Sa femme travaille de longues heures à l'usine de polyéthylène de Burani pour un salaire de misère. « Je travaille de 8h à 18h pour 400 roupies par jour. A côté de notre usine, il y a la chaîne médiatique Sirasa. Ils font semblant de parler des problèmes de tout le monde, mais il ne disent rien sur les problèmes que nous avons, juste à côté ». 

Edissooriya, qui travaille dans la section des sciences de l'eau du département d'irrigation, a parlé au PES pendant son repas du soir. Il venait de revenir du bureau central du département, à 12 km, soit une heure de voyage, au sud de Ratmalana. 

« Vous voyez l'heure à laquelle on revient le soir », a-t-il dit. « On ne gagne pas assez pour le travail que nous faisons, et quant aux syndicats – liés à l'UPFA [Alliance Populaire Unitaire de la Liberté] et au JVP [Janatha Vimukthi Peramuna] – ils gardent le silence. Notre seule consolation est de recevoir des primes quand nous voyageons. Mais il faut vivre à la dure, et nos familles souffrent ». 

Pradeep, un vendeur, a demandé des détails sur l'intervention et sur le programme politique du PES. 

Les sympathisants du PES ont dit que le PES, contre tous les partis de la grande entreprise et contre leurs alliés, luttait pour un gouvernement ouvrier et paysan et une politique socialiste. Ils ont ajouté que le PES intervenait dans les élections pour souligner la menace d'une guerre impérialiste, alors que le Sri Lanka se trouve à présent imbriqué dans le « pivot vers l'Asie » et les préparatifs de Washington pour une guerre contre la Chine. 

Pradeep a exprimé son dégoût avec la campagne officielle: « Les candidats multimillionnaires des grands partis dépensent des centaines de milliers pour distribuer de la nourriture, de l'alcool, et des fonds pour acheter des voix ». 

Dans le système électoral proportionnel préférentiel du Sri Lanka, c’est le candidat d’une liste de parti avec le plus grand nombre de voix qui obtient la victoire. Pradeep a nommé un candidat ayant distribué des pots-de-vin : « Pour les pauvres, l'élection est devenue une occasion de gagner de l'argent en collant des affiches et en distribuant des tracts » ! 

« Ce gouvernement et celui d'avant, de l'UPFA, ne nous ont rien donné. A présent, ils parlent de la corruption du gouvernement Rajapakse, mais beaucoup de membres du gouvernement UNP viennent du gouvernement de Rajapakse. Sirisena en est. Nous sommes d'accord avec la prise du pouvoir par les travailleurs, et nous aimons votre idée d'un gouvernement ouvrier et paysan ». 

Le PES a aussi interviewé un arpenteur du département d'irrigation qui préparait avec sa femme des « short eats » (amuse-gueules) qu'ils vendent pour vivre. 

« J'ai un salaire d'environ 22.000 roupies, même après une augmentation de 5.000 roupies. La moitié de cette somme sert à rembourser des prêts, donc il faut faire des choses comme ça, préparer et vendre des short-eats, pour arrondir nos fins de mois ». 

« Je suis membre du syndicat du JVP, mais je ne sais pas si je vais voter pour eux à l'élection. Ce serait bien si on pouvait construire le socialisme ».