La signification internationale de l’élection générale du Sri Lanka

Par Peter Symonds
29 juillet 2015

Les élections parlementaires sri-lankaises du 17 août méritent d’être suivies de près. La crise grecque et la trahison de Syriza ont fait l’objet d’une grande attention des médias, mais la crise politique au Sri Lanka est une autre expression aiguë de l’effondrement du capitalisme mondial, qui alimente les rivalités géopolitiques amères et la contre-révolution sociale contre la classe ouvrière.

Le Parti de l’égalité socialiste (SEP), la section sri lankaise du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), mène une campagne ambitieuse. Il présente 43 candidats dans trois régions électorales clés : la capitale Colombo, Jaffna dans le nord, déchiré par la guerre, et Nuwara Eliya dans le centre du pays marqué par ses vastes plantations de thé. Le SEP est le seul parti qui lutte pour la perspective de l’internationalisme socialiste pour unifier la classe ouvrière dans la lutte contre la guerre, l’austérité et les attaques sur les droits démocratiques.

Le Sri Lanka, qui se trouve à la croisée de voies maritimes vitales, est un élément clé du « pivot vers l’Asie » et des préparatifs de Washington pour une guerre contre la Chine. Les États-Unis, avec l’Inde, ont travaillé en coulisse pour évincers Mahinda Rajapakse lors de l'élection présidentielles du 8 janvier. Pour Washington et New Delhi, le « crime » de Rajapakse n’était pas ses méthodes autocratiques ou les atrocités commises par son gouvernement à la fin de la guerre communautaire contre les Tigres tamouls de libération de l’Eelam (LTTE), mais plutôt ses liens avec Pékin.

Le changement de régime conçu par Washington en ligue avec l’ancien président Chandrika Kumaratunga et l'United National Party (UNP) proaméricain, a abouti à l’installation de Maithripala Sirisena en tant que président. Divers groupes libéraux ou de pseudo-gauche de la classe moyenne se sont activés pour faire passer Sirisena, qui en tant que ministre de la Santé de Rajapakse était tout aussi coupable des crimes du gouvernement que Rajakpakse, comme champion de la démocratie. La SEP est seule à avoir exposé cette fraude et a mis en garde la classe ouvrière que Sirisena serait tout aussi impitoyable que Rajapakse à imposer le diktat des grandes entreprises.

Depuis janvier, le Sri Lanka s'est rapidement emmêlé dans le « pivot vers l’Asie » de Washington contre Pékin. De nombreux hauts responsables civils et militaires américains se sont rués sur Colombo, avec finalement la visite du secrétaire d’État américain, John Kerry en mai. Il a appelé à « un dialogue de partenariat annuel » et souligné « l’emplacement stratégique [du Sri Lanka] à proximité des ports en eau profonde de l’Inde et lduMyanmar » qui le mettait au « centre d'une région indo-pacifique moderne et dynamique ». Le Pentagone cherche constamment à renforcer sa capacité de bloquer les voies maritimes à travers l'Océan indien qui relient la Chine à ses sources d'énergie et de matières premières en Afrique et au Moyen-Orient.

Sirisena est arrivé au pouvoir en promettant d’améliorer le niveau de vie et de garantir les droits démocratiques, le tout en 100 jours, après quoi il appellerait des élections parlementaires. Ces projets ont vite mal tourné dans le contexte d’un ralentissement de l’économie mondial et, comme en Grèce, des mesures d’austérité draconienne exigées par le capital financier. Accablée par une dette croissante, l’économie sri-lankaise craint une crise de la balance des paiements. En mars, le Fonds monétaire international (FMI) a catégoriquement rejeté la demande de Colombo pour un prêt de 4 milliards de dollars exigeant de plus larges coupes budgétaires et la fin des promesses en fait très limitées du gouvernement.

Sirisena a déjà renié plusieurs de ses engagements, en retardant l’augmentation des prêts pour les étudiants et en réduisant des augmentations de salaire promises aux travailleuses du secteur public. Les employés du secteur privé n’ont reçu aucune augmentation salariale en dépit de la flambée des prix pour les produits alimentaires, qui ont augmenté de jusqu’à 20 pour cent.

Comme l’avait averti le SEP, le « démocrate » Sirisena n’a pas hésité à mobiliser les forces de sécurité pour réprimer la résistance croissante dans la classe ouvrière. Il a déployé l’armée pour briser la grève des travailleurs de la santé ; il a utilisé la police contre les étudiants qui protestaient ; et il a soutenu la victimisation des meneurs de la grève des plantations.

Une crise politique aiguë sévit à Colombo, marquée par des fractures profondes au sein de l’élite dirigeante. Les prétendants à l’élection présidentielle de janvier sont tous deux membres du Sri Lanka Freedom Party (SLFP), actuellement dans l'opposition ; Sirisena, en tant que président, est de plus automatiquement chef du SLFP. Cependant, l’hostilité croissante du public envers le gouvernement a encouragé Rajapakse à prendre le contrôle de la campagne électorale du parti en briguant le poste de premier ministre. Rajapakse a recours au fonds de commerce des politiciens à Colombo : le chauvinisme anti-tamoul et les craintes d’une reprise du LTTE.

La perspective d’un retour au pouvoir de Rajapakse a déjà déclenché la sonnette d’alarme à Washington et New Delhi, qui ne tolèreront pas la reprise de liens étroits avec Pékin par Colombo. L’annonce que Rajapakse se présentera à l’élection a été accueillie par une tempête de critiques de la part des organisations libérales et de pseudo-gauche au Sri Lanka. Ceux qui dénoncent la « dictature fasciste de Rajapakse » en janvier n’ont pas hésité à exiger que Sirisena utilise ses pouvoirs présidentiels autocratiques pour bloquer le retour de Rajapakse au pouvoir.

Sirisena a déjà annoncé qu’il ne nommera pas Rajapakse comme Premier ministre, même si le SLFP et ses alliés remportent la majorité à l’élection le 17 août. Une telle action ouvertement anticonstitutionnelle ne peut être assurée par la mise en place d’un régime autocratique jouissant du soutien de l’armée.

En Grèce, la pseudo-gauche au pouvoir, le gouvernement de Syriza, effectue une trahison monumentale de la classe ouvrière. Au Sri Lanka, les organisations de pseudo-gauche — le Nava Sama Samaja Party (NSSP), le Parti socialiste unifié (USP) et le Parti socialiste d’avant-garde (FSP) – fonctionnent comme pom pom girls de Sirisena et de l’UNP. Leur intégration dans les cercles dirigeants est soulignée par la nomination du dirigeant du NSSP, Wickremabahu Karunaratne, en tant qu'un des 13 membres du Conseil exécutif national (NEC), le haut organe consultatif du gouvernement, où Karunaratne fonctionne comme apologiste en chef du régime.

Malgré de fortes divergences sur la politique étrangère, les partis qui forment le prochain gouvernement vont rapidement abandonner leurs promesses électorales quand ils procèdent à imposer les exigences d’austérité du FMI. Le fossé entre l’ensemble de l’establishment politique et les besoins et les aspirations de la classe ouvrière est une expression de l’immense fracture sociale entre riches et pauvres et la nature irréconciliable des antagonismes de classe.

Le SEP est le seul à avancer un programme socialiste révolutionnaire contre la guerre, l’austérité et les attaques sur les droits démocratiques contre les deux camps, Sirisena et Rajapakse, de la classe dirigeante. Le Sri Lanka est inexorablement aspiré dans le maelström de la géopolitique. On ne peut s'opposer à ce processus que sur la base d’une perspective internationaliste visant à unir les travailleurs sur l’île avec leurs frères et sœurs de classe du sous-continent indien et à travers le monde dans une lutte contre le capitalisme, cause fondamentale de la guerre.

Le SEP est le seul parti capable d’unir les travailleurs par-delà des fractures ethniques. Il a mené une lutte politique intransigeante contre toutes les formes de nationalisme et de communautarisme et monté une opposition sans faille à la longue guerre menée par les gouvernements successifs à Colombo contre les droits démocratiques de la minorité tamoule. Le SEP lutte pour une République socialiste du Sri Lanka et de l’Eelam comme partie de la lutte pour le socialisme dans toute l’Asie du Sud et internationalement. Il mérite le soutien des travailleurs et des jeunes à travers le monde.

(Article paru d'abord en anglais le 28 juillet 2015)