Sri Lanka: les travailleurs des plantations victimes de poursuites parlent au WSWS

Par nos correspondants
4 juillet 2015

G. Wilfred, N. Nesturiyan et F. Franklin, trois travailleurs licenciés de la plantation Deeside de Glenugie Estate à Maskeliya, dans le centre du Sri Lanka, ont parlé au WSWS cette semaine. Le Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) mène actuellement une campagne en défense des trois travailleurs licenciés victimes de poursuites et de quatre autres, suspendus par la direction de Glenugie Estate. 

Des membres du SEP faisant campagne à la cité Deeside

La chasse aux sorcières a été lancée contre les travailleurs des plantations en raison de leur rôle dans une grève de trois jours par les travailleurs de Deeside en février contre une augmentation de leur charge de travail. Celle-ci devait passer de 16 à 18 kilos de feuilles cueillies par jour et par ouvrier sans augmentation de salaire.

La grève a forcé la plantation à retirer l’augmentation de rendement mais la direction a commencé à harceler les travailleurs. La direction de la plantation et la direction régionale du syndicat Ceylon Workers Congress (CWC) ont incité un responsable sur le terrain, B. Abraham, à déposer de fausses plaintes auprès de la police selon lesquelles les travailleurs l’avaient physiquement attaqué. La direction a ensuite mené sa propre enquête bidon et sanctionné sept travailleurs. Bien qu’entre temps, le responsable de terrain ait signalé vouloir retirer ses fausses accusations, la direction s’y est opposée et un procès aura lieu le 8 novembre.

G. Wilfred est sympathisant du SEP. Il a 35 ans, est marié et a deux enfants. Il travaille à la plantation depuis 15 ans. Ses parents y travaillaient déjà mais ils sont maintenant à la retraite.

G. Wilfred

« Notre lutte à Deeside est une leçon pour les travailleurs des plantations et d’autres sections de la classe ouvrière. Sept travailleurs, dont moi-même, ont été poursuivis sur la base d’accusations fabriquées de toutes pièces parce que nous avons participé à la grève contre l’augmentation de la charge de travail. C’est une attaque préméditée de la direction de la plantation, de la société des plantations et des syndicats. Les dirigeants régionaux du CWC sont directement impliqués. »

Wilfred a expliqué que lors de récentes discussions avec les syndicats, les sociétés de plantations avaient refusé toute augmentation de salaire. « Le président de l’Association des planteurs, Roshan Rajadurai, a dit que pour que les sociétés maintiennent leurs bénéfices, les travailleurs devaient cueillir 23 kilogrammes de feuilles de thé par jour. Notre lutte s’oppose directement à ce projet et c’est pourquoi nous avons été poursuivis – c’est un avertissement des employeurs aux autres travailleurs. Cela veut dire que les salariés des plantations et les autres travailleurs doivent se mobiliser pour défendre leurs droits. »

Wilfred a fait remarquer que le gouvernement de l’ancien président Mahinda Rajapakse s’était servi de la guerre contre les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) pour s’en prendre aux droits des travailleurs. « Le président Maithripala Sirinena avait fait de nombreuses promesses durant sa campagne électorale mais il n’a rien fait une fois arrivé au pouvoir, » a-t-il ajouté.

Wilfred est d’accord avec le programme du SEP parce qu’il donne une direction politique à la classe ouvrière. Il a insisté sur l’appel du parti aux travailleurs à rompre avec les syndicats et à former des comités d’action en défense de leurs droits. « Je suis convaincu que les travailleurs n’auront une vie décente qu’avec un gouvernement socialiste, » a-t-il dit.

N. Nesturiyan

N. Nesturiyan, 24 ans, travaille depuis cinq ans à la plantation. Il dit que les accusations retenues contre les travailleurs licenciés sont des fabrications et qu’ils ont suffisamment de témoins pour le prouver.

« J’ai été licencié sur de fausses accusations. Durant l’enquête interne faite par la société de la plantation, plusieurs de nos collègues sont courageusement intervenus pour démasquer ces accusations. C’est une vengeance calculée de la part de la société et donc on a ignoré les preuves, » a-t-il dit.

« Nous nous sommes mis en grève parce que nos conditions de vie sont intolérables. Nos salaires ne suffisent même pas à payer la nourriture. La plupart des travailleurs n’ont pas de toilettes ou d’alimentation en eau convenables et il n’y a pas assez de logis pour eux, si bien que deux ou trois familles sont obligées de se partager un même toit. Les syndicats ne luttent pas pour les droits des travailleurs mais collaborent avec la direction. »

F. Franklin

F. Franklin, 27 ans, marié, un enfant, travaille à la plantation depuis cinq ans. « Nous avons débrayé sans informer les syndicats. Les syndicats font de fausses promesses qu’ils utilisent pour recruter des membres et s’unir ensuite à la direction contre les travailleurs. Dans nos luttes j’ai beaucoup appris sur les syndicats. Dans notre plantation, la direction du CWC collabore ouvertement avec la direction, contre les travailleurs. Les dirigeants du CWC nous ont dit que si nous adhérons à leur syndicat ils s’arrangeront avec la direction pour que nous récupérions notre emploi. D’autres syndicats ont prétendu soutenir notre lutte mais ils nous ont trompés. »

Franklin a appelé tous les travailleurs à soutenir la campagne en faveur de l’abandon de toutes les accusations fabriquées et pour la réintégration des travailleurs licenciés. Le SEP tient une réunion ce dimanche à 14 heures en défense des travailleurs des plantations dans le Up-Cot Dinesh Reception Hall (Janasathya Colony).

(Article original paru le 3 juillet 2015)