La lutte pour l’indépendance politique de la classe ouvrière en Chine

Par James Cogan
6 juin 2015

Cette allocution a été prononcée par James Cogan, secrétaire national du Socialist Equality Party (Australie), lors du Rassemblement international en ligne pour le 1er mai organisé par le Comité international de la Quatrième Internationale

Le «pivot» américain vers l’Asie ou plus exactement les préparatifs de guerre entrepris par l’impérialisme américain, australien et japonais contre la Chine, menacent l’avenir de l’humanité.

Les armées de chacun de ces pays sont en train d’être équipées, déployées et entraînées pour mettre en œuvre un «concept de la bataille air-mer» qui prévoit une «campagne aveuglante» de bombardements aériens et de missiles et de cyberattaques contre le continent chinois ainsi qu’un blocus naval afin de paralyser son économie et affamer sa population.

L’attaque viserait à détruire les installations militaires et les centres de commandement, les satellites, les systèmes de communication et les réseaux électriques, tout en dévastant ce faisant les villes chinoises et massacrant un nombre incalculable de civils.

La négligence affichée est exprimée dans diverses études sur la guerre et qui sont publiées dans les cercles stratégiques et militaires américains. Une étude récente publiée le 1er avril par l’Université de la défense nationale américaine (US National Defense University) dit: «Bien que des frappes conventionnelles sur le continent chinois entraîneraient naturellement une escalade, ce ne serait pas nécessairement une escalade nucléaire

En d’autres termes, l’élite dirigeante américaine, qui est soutenue pour le moment par ses alliés japonais et australiens, est prête à risquer une guerre nucléaire pour arriver à ses fins. Washington ne s’arrêtera pas dans sa course pour assujettir la Chine et ses vastes ressources de main-d’œuvre à la domination effrénée des banques, des institutions financières et des grandes sociétés américaines.

Face au danger de guerre, la classe ouvrière chinoise ne peut pas abandonner son sort aux mains du régime du Parti communiste chinois. Le PCC est le représentant politique de la bourgeoisie chinoise. Il est organiquement hostile à toute lutte contre l’impérialisme basée sur la classe ouvrière, vu que ceci menacerait directement ses propres intérêts matériels et son régime.

Le PCC a pris le pouvoir en 1949 sous la direction de Mao Zedong en établissant un État inspiré du régime de la bureaucratie stalinienne en Union soviétique. Il a prétendu vouloir abolir les vestiges du colonialisme et faire sortir les masses chinoises de l’arriération.

Au lieu de cela, la politique nationaliste du maoïsme, basée sur la théorie stalinienne du «socialisme dans un seul pays», a abouti, en l’espace d’à peine 23 ans, à l’ouverture de Mao à l’impérialisme américain et à la restauration ultérieure du capitalisme. Sous Deng Xiaoping et ses successeurs, le PCC a collaboré avec Washington dans le but d’intégrer la Chine dans l’ordre mondial dominé par les États-Unis.

Actuellement, la Chine est la principale plate-forme manufacturière du capitalisme bénéficiant d’une main-d’œuvre bon marché et la source de vastes profits pour les multinationales tout comme pour la nouvelle bourgeoisie chinoise qui est issue en grande partie de la hiérarchie du Parti communiste.

Les capitalistes chinois qui sont liés au PCC ont accumulé d’immenses fortunes. Sur une population de 1,35 milliard d’habitants, l’on compte quelque 450 milliardaires; plus de 60.000 individus sont à la tête d’une fortune personnelle dépassant 200 millions de dollars; et il existe 2,5 millions de millionnaires en dollars américains.

En comparaison, quelque 400 millions de personnes, notamment les paysans en milieu rural, vivent dans la pauvreté et des centaines de millions de travailleurs industriels et de travailleurs soi-disant «migrants» sont obligés d’accepter des bas salaires et des conditions de travail extrêmement difficiles. Avec le ralentissement de l'économie mondiale et une déflation de plus en plus marquée, la croissance économique est en chute libre et le chômage de masse devient une réelle menace.

Le PCC continue de se référer à cet état de choses comme étant «le socialisme aux caractéristiques chinoises».

En réaction aux menaces de Washington, Pékin injecte des centaines de milliards de dollars dans le renforcement militaire de la Chine, dans l’espoir vain que des porte-avions, des sous-marins nucléaires et des aérodromes situés sur des îles artificielles en mer de Chine méridionale intimideront les fauteurs de guerre américains. Entre-temps, la Chine noue des liens de plus en plus étroits avec la Russie en lançant des appels aux rivaux européens des États-Unis pour un resserrement des relations.

D’amères tensions sont en train de monter entre les principales puissances impérialistes sur la domination des marchés chinois. Ces tensions sont traduites par les décisions prises par la Grande-Bretagne, la France et l’Italie de défier Washington et de rejoindre la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. Au cours de la semaine passée, les États-Unis et le Japon ont réagi en élargissant leur alliance militaire et en intensifiant leur attitude agressive à l’encontre la Chine.

Au fur et à mesure que s’aggrave le conflit militaire et que s’intensifient les antagonismes, le PCC promeut le nationalisme, les sentiments antiaméricains et le chauvinisme antijaponais afin de creuser un fossé entre travailleurs chinois et leurs seuls alliés dans la lutte contre la guerre et pour l’obtention de leurs droits sociaux et politiques – les travailleurs des États-Unis, du Japon, d’Asie et du monde entier.

La classe ouvrière chinoise doit assimiler les grandes leçons stratégiques du vingtième siècle, dont les très importantes luttes révolutionnaires menées entre 1911 et 1949 par les masses chinoises elles-mêmes ainsi que les expériences amères faites en 1989 par la classe ouvrière chinoise dans la lutte contre le régime du PCC et qui a culminé dans le massacre de la Place Tiananmen.

La tâche à accomplir en Chine est l’établissement de l’indépendance politique de la classe ouvrière par rapport à chaque aile de la bourgeoisie chinoise. Ceci inclut les démocrates petits-bourgeois qui affirment que le PCC peut être forcé sous la pression de mettre en place une certaine forme de démocratie libérale et qu’un arrangement avec l’impérialisme garantirait la paix.

En juin 1989, la subordination de la classe ouvrière à la direction du mouvement étudiant et à sa perspective protestataire a permis au PCC de noyer dans le sang le mouvement de masse à Pékin et partout dans le pays.

La classe ouvrière doit aussi s’opposer fermement aux partisans réactionnaires du droit des nations à disposer d’elles-mêmes et du séparatisme au Tibet, au Xinjiang et dans d’autres régions de Chine, qui sont les agents politiques du soi-disant «impérialisme humanitaire» dont l’objectif est de plonger le pays dans le chaos et la guerre civile en fournissant le prétexte à une intervention.

La voie pour aller de l’avant pour la classe ouvrière en Chine réside dans l’union avec ses homologues de par le monde pour la construction d’un mouvement antiguerre basé sur la perspective de la révolution socialiste mondiale. La guerre ne peut être empêchée que par le renversement du capitalisme par la classe ouvrière internationale.

Une partie essentielle de cette perspective est de mettre l’histoire, les principes et le programme du mouvement trotskyste à la portée des travailleurs et des jeunes progressistes et d’établir une section chinoise du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 8 mai 2015)