Qui est le nouveau président du Sri Lanka Maithripala Sirisena?

Par Sujeewa Amaranath et W.A. Sunil
21 janvier 2015

Le parti Nava Sama Samaja (NSSP), un parti de la pseudo-gauche, a fait l’éloge de Sirisena en le présentant comme un «géant» qui a combattu la domination des multinationales au Sri Lanka tout en occupant un poste dans le cabinet du gouvernement Rajapakse. En fait, c’est un homme voué à la défense des intérêts de l’élite bourgeoise et de l’impérialisme. Il a pris le pouvoir lors des élections présidentielles du 8 janvier dans le cadre d’une opération de changement de régime instiguée par l’ancien président pro-États-Unis, Chandrika Kumaratunga, et le chef du Parti national uni (UNP), Ranil Wickremesinghe. Ils ont agi avec le feu vert de l’administration Obama.

La carrière politique de Sirisena a commencé vers la fin des années 1960. En tant que jeune de la campagne élevé dans une famille paysanne dans la région de Polonnaruwa, il a adhéré à la section jeunesse du Parti communiste maoïste de Ceylan mené par N. Shanmugadasan. Les groupes maoïstes ont pu prospérer parmi les jeunes de la campagne au Sri Lanka et en Inde en raison de la trahison du Lanka Sama Samaja Party (LSSP), qui a répudié le trotskisme et le socialisme internationaliste et qui est entré dans un gouvernement de coalition avec le Parti de la liberté du Sri Lanka (SLFP) en 1964, un parti bourgeois.

Le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) a été formé dans la foulée de la trahison du marxisme par le LSSP. Le JVP faisait la promotion d’un populisme nationaliste cingalais et canalisait le désabusement des jeunes de la campagne vers la perspective maoïste sans issue de la «lutte armée». Sirisena a été arrêté durant la suppression de l’insurrection aventureuse du JVP en 1971, pendant laquelle l’armée a massacré plus de 15.000 jeunes de la campagne.

On ne sait avec certitude si Sirisena était un membre du JVP à l’époque. Cependant, lorsqu’il est sorti de prison en 1972, après 15 mois en détention, il s’est immédiatement joint au SLFP et s’est voué à l’une des institutions clés de la classe dirigeante du Sri Lanka.

Les loyaux services de Sirisena au SLFP lui ont permis de se hisser parmi ses rangs. De secrétaire de district pour la ligue jeunesse en 1979, il est devenu président du mouvement jeunesse du SLFP en 1983. En 1989, il a été sélectionné comme candidat du SLFP et a remporté un siège au parlement lors de l’élection la même année. De 1994 à 2001, il a travaillé comme ministre dans le gouvernement du président Kumaratunga, majoritairement contrôlé par le SLFP. Tout juste avant les élections parlementaires de décembre 2001, dans lesquelles l’UNP a gagné de nouveau le contrôle du parlement, Sirisena a été sélectionné pour être le secrétaire général du SLFP. Il a occupé ce poste pendant les 13 années suivantes jusqu’à ce qu’il déserte Rajapakse le 21 novembre 2014 et qu’il annonce qu’il se présenterait comme candidat à la présidence.

Malgré toute la sympathie qu’il a feinte pendant les élections pour les travailleurs, Sirisena a défendu et aidé à mettre en oeuvre les attaques sur le niveau de vie et les droits démocratiques orchestrées par les gouvernements de Kumaratunga et Rajapakse. Il est entièrement complice dans la promotion du chauvinisme cingalais et les crimes commis contre la population tamoule pendant la guerre civile contre les Tigres de libération de l'Îlam Tamoul (LTTE) séparatistes.

Sous Rajapakse, qui est devenu président en novembre 2005, Sirisena a servi comme ministre pour différentes enveloppes destinées à l’agriculture et, après 2010 et jusqu’à sa course à la présidence, il a occupé le poste de ministre de la Santé.

Dans une entrevue avec le Daily Mirror le 2 janvier, Sirisena s’est vanté qu’il était le ministre de la défense de facto en six occasions après que Rajapakse ait rompu un cessez-le-feu avec le LTTE en 2006 et qu’il ait relancé la guerre avec une cruauté redoublée. De manière significative, Sirisena a déclaré: «J’étais le ministre responsable de la Défense pendant les deux dernières semaines de la guerre [en 2009], pendant lesquelles la plupart des chefs du LTTE ont été tués et pendant que le général Fonseka était à la tête de l’armée.»

Selon des enquêteurs des Nations Unies, au moins 40.000 civils tamouls ont été massacrés dans la phase finale de la guerre, la majorité pendant les deux semaines où Sirisena était le ministre de la Défense de facto. Les chefs du LTTE et les combattants qui ont tenté de se rendre étaient exécutés sommairement et les civils étaient massacrés par des bombardements sans discrimination.

Malgré toute la publicité entourant Sirisena qui le présente comme «fils de paysan», son passé politique montre qu’il est hostile à toute tentative de soulager la pauvreté et le manque d’infrastructures dont souffrent les paysans pauvres. En tant que ministre de l’Agriculture, il a dirigé des politiques qui favorisaient les fermiers riches et n’a rien fait pour remettre en cause le contrôle exercé par les multinationales sur les produits nécessaires à l’agriculture comme les grains ou les fertilisants.

Lorsque des milliers de cultivateurs de riz ont manifesté en mars 2012 pour une hausse des prix, Sirisena, alors ministre de la Santé, les a dénoncés comme faisant partie d’une «conspiration internationale» visant à «punir le président [Mahinda Rajapakse] et les héros de guerre».

La «conspiration» consistait en une campagne financée par les États-Unis et les pays européens pour l’investigation des crimes de guerre commis lors du massacre à la fin de la guerre civile. Cette campagne représentait le moyen par lequel les grandes puissances cherchaient à faire pression pour que Rajapakse mette un terme au développement de ses relations militaires et politiques avec la Chine. Trois ans plus tard, Sirisena a été installé à la présidence avec le soutien des puissances impérialistes dans le but de détourner de manière définitive le Sri Lanka de la sphère d’influence de la Chine, et en ligne avec le «pivot» agressif vers l’Asie des États-Unis contre le régime chinois.

Comme ministre de la Santé, de 2010 à novembre 2014, Sirisena a tenté de supprimer toutes les luttes des travailleurs de la santé qui défendaient leurs conditions de travail. Il a cherché à obtenir des injonctions du tribunal pour interdire des grèves et autres manifestations. En août 2014, il a déployé la police et l’armée dans les hôpitaux en réaction à une grève des travailleurs de la santé qui luttaient pour une hausse de salaire.

Il y a plus d’un million de personnes atteintes d’une maladie du rein dans les régions rurales du Sri Lanka, la plupart étant des cultivateurs de riz. Sirisena a rejeté des propositions de l’Organisation mondiale de la Santé voulant que le gouvernement de Colombo devait trouver des moyens pour remédier à la crise, comme l’amélioration de l’approvisionnement d’eau potable et l’interdiction de certains produits chimiques toxiques liés aux maladies du rein.

Sirisena a été choisi par Kumaratunga, Wickremesinghe du Parti national uni et par Washington comme le représentant de la campagne pour évincer Rajapakse en raison de son parcours politique. Il est, dans tous les sens du mot, le fidèle serviteur de la bourgeoisie et de l’impérialisme. Son opposition de novembre dernier est le résultat de discussions et de préparations ayant pris place sur une longue période. Il y a des preuves que dès l’année 2011 l’ambassade américaine cherchait à cultiver des relations avec celui-ci. En juin 2013, Sirisena a voyagé aux États-Unis pour recevoir le «Health Leadership Award» de l’université Harvard, après avoir été sélectionné par l’ambassade américaine au Sri Lanka et l’agence du département d’État américain USAID et clairement identifié comme un individu avec qui il serait possible de travailler au sein de l’establishment sri lankais.

En entrevue avec le Daily Mirror, Sirisena a expliqué de manière partielle ce qui l’a poussé à déserter Rajapakse. «Le parlement est contrôlé par cette famille [Rajapakse]», a-t-il déclaré. «Les ministères sont sous le contrôle de cette famille, la justice est contrôlée par cette famille, l’armée et l’ensemble du secteur d’État, de l’entreprise et de l’investissement sont directement sous le contrôle de cette famille.»

Ces critiques n’étaient pas uniquement formulées par les ministres du gouvernement. Les investisseurs transnationaux et l’élite patronale locale éprouvaient beaucoup de frustration quant à la richesse contrôlée par la clique de Rajapakse. Lors de la campagne électorale, cette frustration a coïncidé avec la volonté de l’impérialisme américaine de remodeler la politique étrangère du Sri Lanka sous la forme de dénonciations d’importants projets d’investissement financés par la Chine, dont, selon la rumeur, la clique de Rajapakse bénéficiait largement.

Maintenant que Sirisena a été installé à la présidence, Washington, le Fonds monétaire international et le capital étranger s’attendent à ce qu’il livre la marchandise. Son régime n’amènera pas la paix, la prospérité et la démocratie. Ses maîtres exigent la restructuration du libre marché dans le but d’ouvrir le marché sri lankais à l’investissement impérialiste, ainsi que l’intensification des mesures d’austérité afin de diminuer les conditions de vie de la classe ouvrière et des masses rurales opprimées.

L’administration Sirisena est surtout chargée d’intégrer le Sri Lanka dans les intrigues des États-Unis en Asie-Pacifique afin de miner l’influence diplomatique et économique de la Chine, puis de collaborer dans les préparations de Washington à travers la région en prévision d’une confrontation militaire et d’une guerre.

(Article paru d'abord en anglais le 16 janvier 2015)