Première réunion du SEP pour les élections européennes dans la circonscription du nord-ouest de l'Angleterre

Par Paul Mitchell
18 avril 2014

Le Socialist Equality Party a organisé la première de ses réunions hebdomadaires dans la circonscription du nord-ouest de l'Angleterre pour les élections au Parlement européen qui auront lieu le 22 mai au Royaume-Uni (le 25 mai ailleurs en Europe).

Avec le Parteï für Soziale Gleichheit (PSG, Parti de l'égalité sociale) en Allemagne, il veut unir les travailleurs contre l'Union européenne capitaliste et ses politiques de guerre et d'austérité dans la lutte pour les États unis socialistes d'Europe. Leur manifeste commun peut être lu ici.

Cette rencontre, qui a lieu chaque mercredi à la Friends Meeting House de Manchester, a rassemblée pour la première fois des travailleurs et des jeunes qui ont rencontré le SEP dans le cadre de sa campagne lancée le 1er avril.

Lucy Warren, candidate du SEP

La candidate du SEP Lucy Warren a été la première à prendre la parole et a concentré ses remarques sur la vie des jeunes aujourd'hui. Elle a dit qu'un système politique et social incapable d'offrir à cette génération un avenir meilleur que celui de leurs parents et grands-parents est «un système qui a perdu toute légitimité historique».

Warren a expliqué comment le capitalisme avait perdu cette légitimité. La jeune génération, a-t-elle expliqué, «est devenue une cible délibérée pour ces attaques et se fait dire qu'elle devrait accepter un avenir sans emplois décents, santé ou éducation, tout cela pour restructurer le marché du travail et accélérer l'exploitation».

Les premières actions du gouvernement de coalition en Grande-Bretagne ont été d'abolir l'Allocation pour le maintien de l'éducation chez les jeunes les plus pauvres, de tripler les frais universitaires et d'appliquer des coupes énormes dans le financement. Encore une fois, «avoir une bonne éducation devient le privilège des riches», a-t-elle déclaré.

Warren a expliqué comment des centaines de milliers de jeunes de la classe ouvrière sont au chômage, sous-employés ou cantonnés à des salaires de misère dans des systèmes d'aide sociale conditionnelle ou à des contrats «zéro-heure» qui ne comportent aucun temps de travail garanti. Même ceux qui ont un diplôme ne sont plus assurés de recevoir de quoi vivre correctement. Beaucoup doivent rembourser leurs prêts étudiants, trouvent des salaires de départ bien inférieurs à ce qui était considéré comme normal par le passé ou travaillent pour presque rien dans des stages. Un sondage récent a établi qu'un jeune sur dix a l'impression qu'il «vit pour rien», a-t-elle ajouté.

Warren a également attiré l'attention sur la situation dramatique à laquelle fait face la jeunesse de toute l'Europe. Le chômage est à 63 pour cent en Grèce et 56 pour cent en Espagne et a entraîné un exode de masse. Le tournant militariste «signifie que les jeunes risquent un sort bien pire: se faire enrôler au service de l'impérialisme comme chair à canon».

Warren a terminé en affirmant que «la seule voie progressiste pour les jeunes est de s'unir internationalement sous une perspective socialiste, d'apprendre les leçons de la Révolution russe, de la montée du stalinisme et de la lutte menée par Léon Trotsky pour fonder la Quatrième Internationale comme Parti mondial de la Révolution socialiste».

Chris Marsden s'adressant à l'auditoire

Le secrétaire national du SEP, Chris Marsden, qui est la tête de liste du parti dans cette circonscription, a déclaré que les sections européennes du Comité international de la Quatrième Internationale participaient aux élections «pour nous présenter comme la direction de la classe ouvrière».

De ce point de vue, Marsden a abordé l'importance des revendications soulevées dans le manifeste électoral: les États unis socialistes d'Europe, la fin du militarisme et de la guerre, la défense des droits démocratiques et la redistribution de la richesse de la nation. Il a attiré l'attention sur «la situation grave, sérieuse, en Ukraine qui a mis fin à toutes les affirmations selon lesquelles l'effondrement de l'Union soviétique en 1991 représentait la fin de l'histoire et le triomphe final de la démocratie libérale universelle».

Marsden a mis en garde: «un parti n'est pas qu'une collection de slogans, quelle que soit leur justesse. Mais, comme l'a dit Trotsky, c'est le programme qui construit le parti.»

«Les partis sont construits sur des années et sont ancrés sur des intérêts de classe précis. Ce n'est pas suffisant pour un parti de dire qu'il représente la classe ouvrière. Il doit le prouver par une lutte historique contre les organisations et les politiques qui sont opposées aux intérêts de la classe ouvrière.»

«Notre programme, a conclu Marsden, a résisté à l'épreuve du temps. Nous ne vous demandons pas simplement de voter pour nous, mais d'adhérer au SEP et d'aider à le bâtir.»

Une vive discussion et une séance de questions et réponses se sont ensuite déroulées, sur le niveau actuel de conscience politique dans la classe ouvrière et les tactiques nécessaires pour mobiliser la classe ouvrière dans la lutte.

Marsden a expliqué que les tactiques sont soumises à la stratégie. Seule une perspective et un programme socialistes expriment les intérêts de la classe ouvrière. Mais la classe ouvrière a connu une expérience amère avec des partis qui prétendaient défendre ses intérêts. Des millions de travailleurs ont construit le Parti travailliste en Grande-Bretagne pour lutter pour les intérêts des travailleurs. C'était un parti réformiste qui, avec les autres partis sociaux-démocrates, a voté en 1914 contre l'unité de la classe ouvrière internationale et pour le soutien de sa propre classe dirigeante et le meurtre d'autres ouvriers.

La classe ouvrière en Russie a pris le pouvoir en 1917, inspirant les travailleurs du monde entier. Mais elle a été isolée en raison des trahisons des mouvements révolutionnaires en Europe après la Première Guerre mondiale par la social-démocratie. Envahie par 13 armées impérialistes, l'Union soviétique a fonctionné avec une économie assiégée et des pénuries massives.

C'est dans ces conditions qu'une bureaucratie a émergé pour gérer la distribution des faibles ressources, s'enrichissant au passage. Cette bureaucratie, présidée par Staline, est devenue profondément conservatrice, a rejeté la notion de socialisme international en faveur du concept antimarxiste de «construction du socialisme dans un seul pays». Elle a trahi les soulèvements ouvriers de tous les pays pour préserver son propre pouvoir en Russie. Elle s'est retournée contre tous ceux qui avaient le moindre lien avec 1917 et les traditions socialistes, organisa des procès truqués, exécuta les dirigeants de la Révolution d'octobre et les travailleurs les plus conscients ainsi que leurs familles et envoya des millions de gens aux goulags. En fin de compte, comme Léon Trotsky, le fondateur de la Quatrième Internationale, l'avait annoncé, elle a restauré le capitalisme et ouvert la voie à la catastrophe actuelle.

«Notre parti a été construit par Léon Trotsky, qui s'est opposé à la consolidation de la bureaucratie sous Staline en Union soviétique», a dit Marsden. Pour cela, il a été agressivement persécuté, comme l'ont été tous ceux qui étaient restés fidèles à leurs principes socialistes. Trotsky lui-même a été tué par les assassins de Staline à Mexico en 1940.

Il n'est possible de comprendre la situation actuelle qu'en tirant les leçons de cette histoire, a poursuivi Marsden. «Il y a une énorme colère sociale. Les gens veulent lutter, mais ils ont besoin d'un parti, d'un nouveau genre de parti qui peut faire état d'une histoire consacrée à une lutte de principe pour le socialisme.» Voilà l'importance de la campagne du SEP/PSG, a-t-il dit.

Sur la question du changement des consciences, les intervenants ont relevé le rôle essentiel du World Socialist Web Site. Il ne fait aucun doute que les conditions sociales vont engendrer des mouvements de masse et des luttes révolutionnaires, ont-ils expliqué, mais la question fondamentale est de donner à ce mouvement un programme et une direction politiques.

«C'est une tâche énorme, a dit Marsden. Elle est difficile et il n'y a aucun raccourci. Mais lorsque la classe ouvrière sera organisée politiquement dans un parti, elle influencera le cours des choses et changera le monde.»

Un travailleur africain a posé une question sur la relation entre l'Union européenne et l'Afrique. Marsden a dit que cette relation est fondamentalement une relation d'exploitation: que ce soit durant l'époque coloniale ou après les prétendues indépendances, les bourgeoisies nationales africaines se sont révélées incapables d'établir une indépendance authentique ou de mettre fin à l'exploitation et à l'oppression. Partout où la bourgeoisie nationale est arrivée au pouvoir, les mêmes relations fondamentales – des relations capitalistes – ont été maintenues à travers une fine couche sociale qui a servi d'agents des grands groupes internationaux et des banques et qui a accaparé une partie des profits dégagés par la surexploitation de la classe ouvrière.

C'est particulièrement évident en Afrique du Sud, où l'ANC est soumise à la Grande-Bretagne, aux États-Unis, aux grandes sociétés et aux banques. Sa relation avec la classe ouvrière est une relation d'hostilité et d'exploitation. La tâche est donc d'unir la classe ouvrière européenne et africaine et de construire le Parti de l’égalité socialiste dans tous les pays africains.

(Article original paru le 17 avril 2014)