Un officier de l'armée Sri lankaise menace les "séparatistes"

Par K. Ratnayake
22 octobre 2013

Le 16 octobre, le commandant de l'armée sri-lankaise, le lieutenant général Daya Ratnayake a clairement prévenu que les "séparatistes" seraient sévèrement punis s'ils avaient une activité politique. Il s'adressait à des soldats au quartier général des forces de sécurité à Vavuniya dans le district de Vanni au Nord du pays, une zone ravagée par la longue guerre civile de l'île. 

La cible de cet officier de l'armée n'était pas simplement les restes du groupe séparatiste des Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE), qui ont été vaincus en 2009. C'était plutôt d'une menace contre l'ensemble des travailleurs, qu'ils soient tamouls, cingalais ou musulmans, lancée dans le contexte d'une montée de l'hostilité face au programme d'austérité du gouvernement. 

Ratnayake a déclaré : « Notre message à la société est que chacun peut vivre dans une société démocratique dans le cadre de la démocratie mais si quelqu'un tente de sortir des limites de la démocratie, de devenir un extrémiste et de séparer le pays, la seule chose que l'on séparera c'est sa tête du reste de son corps. » 

Le commandant de l'armée a ajouté que certains groupes, encouragés par la victoire du « Parti tamoul » (le TNA, Tamil National Alliance) aux élections du mois dernier dans la province du Nord, ont pris ce résultat comme un mandat pour un Etat séparé et que des tentatives sont faites pour diviser à nouveau le pays. 

Les commentaires de Ratnayake sont une mise en garde sur le fait que l'armée ne tolérera aucune opposition à son occupation qui se poursuit dans le Nord. La prétendue démocratie dont parle le lieutenant général Daya Ratnayake est une farce. L'occupation militaire de la province du Nord domine tous les aspects de la vie des gens. D'après l'armée, il y a 40 000 soldats au Nord, mais d'autres estimations mettent ce chiffre bien plus haut. 

Le TNA, principal parti bourgeois, a gagné plus des deux tiers des sièges aux élections provinciales du Nord qui ont eu lieu le 21 septembre. Cependant, les travailleurs ont voté pour le TNA principalement pour exprimer leur hostilité envers le président Mahinda Rajapakse et son gouvernement qui a relancé la guerre en 2006, et non pas parce qu'ils ont confiance dans le TNA. 

Le TNA a servi de vitrine parlementaire au LTTE jusqu'à sa défaite. Depuis 2009, le TNA cherche un arrangement politique avec le gouvernement Rajapakse. Il compte se servir de son contrôle de la province du Nord pour négocier un accord sur un partage du pouvoir qui bénéficierait aux élites tamoules. 

Les groupes venus superviser les élections, y compris des observateurs internationaux, ont accusé l'armée d'aider les candidats de la coalition au pouvoir dirigée par Rajapakse, la United People's Freedom Alliance (UPFA). Cependant, les travailleurs ont dans leur grande majorité rejeté l'UPFA. Cet officier s'est plaint de l'ingratitude des électeurs pour l'aide au développement apportée par le gouvernement et l'armée à la province du Nord. 

Le prétendu programme de développement du gouvernement n'est pas là pour aider les travailleurs, il consiste en des projets d'infrastructures pour attirer des investisseurs locaux et étrangers. La menace explicite de l'officier de l'armée contre les « séparatistes » reflète la nervosité avec laquelle l'élite dirigeante du pays perçoit la montée du mécontentement parmi les travailleurs au sujet de l'aggravation de leurs conditions de vie. 

Le lieutenant général Daya Ratnayake a souligné sa mise en garde en déclarant que le monde entier avait vu comment le Sri Lanka traitait ceux qui cherchent à diviser le pays. Il faisait référence en particulier au sort du chef du LTTE, V.Prabhakaran, qui, avec d'autres membres importants du LTTE, avait été assassiné par l'armée dans les derniers jours de combat. Certains d'entre eux n'étaient pas armés et se rendaient. 

Le gouvernement et l'armée nient régulièrement que l'armée soit responsable de ces crimes de guerre. Cependant, un comité d'experts de l'ONU a estimé que l'armée était responsable de la mort d'au moins 40 000 Tamouls, principalement des civils, dans les derniers mois de la guerre, ainsi que d'autres violations graves des droits de l'Homme. 

Après avoir lancé sa menace glaçante, Ratnayake, pour tenter de se disculper, a déclaré cyniquement : « Des actions strictes seront prises contre tout soldat qui enfreindrait le code de conduite de l'armée. » En fait, personne n'a été tenu pour responsable des crimes de guerre de l'armée, ni des centaines de civils assassinés par les escadrons de la mort soutenus par l'armée. 

L'officier de l'armée faisait référence à une enquête disciplinaire visant plusieurs officiers qui ont mené une récente répression violente contre des manifestants innocents à Weliweriya près de Colombo qui a entraîné la mort de trois personnes. Les habitants demandaient de l'eau potable, et affirmaient qu'une grande usine était responsable de la contamination de l'eau locale. 

L'enquête, comme toutes celles qui ont précédé, ne servira qu'à blanchir l'armée. Les officiers impliqués ne sont que des boucs émissaires bien utiles. Ce que cette opération de l'armée a démontré, c'est que le gouvernement utilise maintenant des méthodes militaires développées durant la guerre pour réprimer les luttes des travailleurs dans tout le pays. 

La menace du lieutenant général Daya Ratnayake ne doit pas être prise à la légère. Les gouvernements successifs à Colombo, en collaboration avec l'armée, ont une longue et sanglante histoire de meurtres de masse pour défendre la domination capitaliste. En 1971, quand le parti Janatha Vimukthi Peramuna (JVP – Front populaire de libération) s'était lancé dans un soulèvement aventureux, l'armée avait tué près de 15 000 jeunes cingalais des campagnes. En 1988-90, les escadrons de la mort soutenus par l'armée avaient assassiné au moins 60 000 jeunes pour tenter de mettre fin aux troubles sociaux dans le Sud. 

Les remarques de cet officier sont dans la droite ligne de la propagande du gouvernement Rajapakse et des groupes chauvins cingalais qui prétendent que le LTTE est en train de renaître. « Même si l'organisation terroriste a été vaincue, les membres secrets de l'organisation et ses agents de renseignement sont toujours très actifs, en particulier à l'étranger, et ils tentent à nouveau de créer des problèmes dans le pays, » a-t-il dit. 

Le gouvernement et l'armée exploitent de telles affirmations pour renforcer les tensions communautaires. Leur but est de diviser les travailleurs entre Cingalais, Tamouls et musulmans afin d'empêcher un mouvement unifié de la classe ouvrière contre le programme d'austérité. Avec la crise mondiale du capitalisme qui pèse de plus en plus sur le Sri Lanka, le gouvernement Rajapakse attaque fortement le niveau de vie et les conditions sociales des travailleurs et des pauvres tout en accordant d'énormes concessions aux grandes entreprises et aux investisseurs. 

En même temps, il se prépare à utiliser les mesures dignes d'un Etat policier qu'il a développées au cours des décennies de guerre pour écraser toute résistance de la classe ouvrière.

(Article original paru le 19 octobre 2013)