Manifeste du Parti de l’égalité socialiste pour les élections provinciales sri lankaises

Par Parti l’égalité socialiste (Sri Lanka)
9 septembre 2013

A l’occasion de l’élection au Conseil provincial de la Province du nord qui se déroulera le 21 septembre, le Parti de l’égalité socialiste (Socialist Equality Party, SEP) présente pour le district de Jaffna une liste de 19 candidats, emmenée par le membre du comité politique, Paramu Thirugnanasampanthar. Nos candidats sont des travailleurs, des pêcheurs, des femmes au foyer et des retraités issus des trois communautés sri lankaises, les communautés tamoule, cinghalaise et musulmane.

Le SEP est l’unique parti qui lutte pour un programme socialiste et internationaliste contre les dangers grandissants de guerre dans la région Inde-Pacifique, contre le programme brutal d’austérité du gouvernement et contre le recours aux mesures militaro-policières pour l’appliquer. Nous sommes opposés à l’occupation militaire continue du nord et à la politique communautariste séparatiste appliquée par tous les partis de l’establishment politique.

Le Sri Lanka n’est pas exempté de l’impact exercé par la pire crise mondiale du capitalisme depuis les années 1930 et des conflits géopolitiques qu’elle provoque. Le gouvernement du président Mahinda Rajapakse a déjà imposé les exigences du Fonds monétaire international en matière de suppression d’emplois, de services essentiels et du subventionnement des prix, et se prépare à grignoter davantage encore le niveau de vie. Le récent meurtre commis par l’armée à Weliweriya de trois villageois qui protestaient contre la pollution de leur eau potable, est un avertissement indiquant que le programme d’austérité ne sera pas imposé pacifiquement.

L’élection au Conseil provincial en elle-même est le résultat du tourbillon de rivalités régionales dans lequel l’île a été attirée. Tout comme ses homologues de toute la région, Rajapakse est engagé dans un numéro d’équilibriste précaire entre la dépendance économique de son gouvernement par rapport à la Chine et l'exigence de Washington qu'il s’aligne sur son agressif « pivot vers l’Asie » contre la Chine.

Sous la pression des Etats-Unis et de l’Inde, Rajapakse a, contre son gré, appelé à des élections, les premières depuis plus d’un quart de siècle. Il était pris en étau entre le choix d’apaiser des extrémistes cinghalais qui sont férocement opposés à toute concession faite aux élites tamoules de l’île et les exigences de Washington et de New-Delhi pour l’organisation d’élections dans la province à majorité tamoule comme partie intégrante d’une « solution politique » à la guerre civile prolongée dans le pays.

Les Etats-Unis ne sont pas le moins du monde préoccupés par les droits démocratiques des Tamouls de l’île. Washington avait soutenu la guerre de Rajapakse et aidé l’armée sri lankaise à vaincre en 2009 les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Ce n’est qu’à ce moment que les Etats-Unis ont commencé à émettre quelques critiques limitées des crimes de guerre de Colombo afin de faire pression sur Rajapakse pour qu'il se distance de la Chine.

Les interventions diplomatiques américaines au Sri Lanka font partie de leur stratégie mise en œuvre dans l’ensemble de la région Inde-Pacifique et visant à saper l’influence chinoise et à préparer la guerre. Au cours de ces dernières quatre années, le gouvernement Obama a renforcé les alliances américaines, établi de nouveaux accords pour des bases militaires en Australie, à Singapour et aux Philippines, et accru grandement la tension dans toute la région Inde-Pacifique. L’occupation menée par les Etats-Unis en Afghanistan, ainsi que les frappes de drone à l’intérieur du Pakistan, se poursuivent. L’Inde, encouragée par les Etats-Unis, a adopté une attitude plus agressive envers la Chine, embrasant le conflit frontalier sino-indien.

L’ensemble de l’establishment politique de Colombo, y compris les organisations de pseudo-gauche comme le Nava Sama Samaja Party (NSSP) et l’United Socialist Party (USP), restent totalement silencieux sur les projets de guerre américains contre la Chine. Les différents partis bourgeois tamouls, comme l’Alliance nationale tamoule (TNA), promeuvent faussement les Etats-Unis comme les champions des droits démocratiques afin de recueillir un soutien pour leurs propres manœuvres sordides en faveur d’une « solution politique » – c’est-à-dire un accord de partage de pouvoir avec Colombo.

La campagne électorale du SEP vise à rompre ce complot du silence et à mobiliser les travailleurs et les jeunes contre la guerre impérialiste et le militarisme, en union avec la classe ouvrière partout en Asie du sud et de par le monde.

Les élections provinciales

Il règne aussi un silence total en ce qui concerne la campagne électorale qui entoure la guerre civile au Sri Lanka et qui a eu des conséquences tellement néfastes. Plus de la moitié de l’armée sri lankaise est déployée dans le Nord et va maintenir un contrôle rigoureux sur chaque aspect de la vie, indépendamment de qui remportera les élections au Conseil provincial. Des milliers de familles sont encore déplacées et vivent sans abri permanent ni moyens d’existence. Plus de 4.000 familles vivent dans des camps de réfugiés contrôlés par l’armée sans nourriture, ni soins de santé, ni école pour leurs enfants. Des dizaines de milliers d’hectares ont été clôturés en vue de leur utilisation par l’armée et des investisseurs locaux et étrangers.

Le gouvernement et ses alliés de la coalition fondent leur campagne sur des mensonges. Rajapakse nie carrément que l’armée a perpétré des crimes de guerre ou des violations des droits démocratiques. Sa promesse d’apporter la « paix et la prospérité » à la fin de la guerre s’est révélée être une fraude totale. Des sections de l’élite économique, notamment les spéculateurs et les compères du gouvernement ont amassé des bénéfices alors que la vaste majorité de la population laborieuse, Cinghalais, Tamouls et musulmans confondus, ont vu leur niveau de vie chuter brutalement. Le gouvernement a imposé ce qui équivaut à un gel des salaires alors même que le coût de la vie grimpe en flèche.

Le parti d’opposition, l’United National Party (UNP) et le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) n’ont aucune différence fondamentale avec le programme pro-marché du gouvernement. Les deux partis ont soutenu sans réserve la guerre du gouvernement Rajapakse et ils continuent de couvrir ses crimes de guerre. Les travailleurs et les jeunes doivent rejeter avec mépris les affirmations de l’UNP, qui sont inlassablement mises en avant par les pseudo-gauches du NSSP et de l’USP, et selon lesquelles le gouvernement défend les droits démocratiques. Tout comme le gouvernement, l’UNP est embourbé dans le suprématisme cinghalais et est responsable du déclenchement et de la poursuite de la guerre. Le rôle joué depuis longtemps par les pseudo-gauches a été celui d’empêcher toute mobilisation indépendante de la classe ouvrière et, derrière elle des masses opprimées, dans une lutte pour le pouvoir politique.

Aucun des divers partis de la bourgeoisie tamoule n’a d'alternative à proposer. Tous continuent de se fonder sur la politique communautariste tamoule qui s’est avérée être une catastrophe pour la classe ouvrière. D’une manière ou d’une autre, ils colportent le mensonge selon lequel une autonomie provinciale améliorerait le sort des travailleurs et mettrait fin aux abus systématiques des droits démocratiques. En réalité, ces partis représentent les intérêts des élites tamoules vénales qui cherchent à protéger leurs privilèges au moyen d'un accord de partage de pouvoir avec l’establishment de Colombo.

L’Alliance nationale tamoule qui opérait comme le porte-parole du LTTE durant les dernières années de la guerre, se prosternent actuellement devant les Etats-Unis, l’Inde et d’autres puissances afin qu'ils soumettent le gouvernement Rajapakse à de fortes pressions pour qu’il fasse des concessions. La TNA, dans le but d’obtenir un soutien international, a choisi un membre de l’establishment de Colombo pour être le candidat au poste de ministre principal, en l’occurrence l’ancien juge à la cour suprême, C.V. Wigneswaran. Celui-ci a dit au Sunday Times : « A l’heure actuelle il est nécessaire qu’une personne capable de discuter de certaines questions avec le gouvernement, avec l’Inde, avec des pays étrangers soit là [en tant que ministre principal]. »

Les leçons de la guerre civile

Il est indispensable d’établir un bilan politique de la guerre qui a ravagé l’île pendant près de trois décennies. Le conflit est une confirmation tragique mais irréfutable d’un principe fondamental de la théorie de la Révolution permanente de Léon Trotsky, à savoir l’incapacité totale de la bourgeoisie des pays arriérés à satisfaire les aspirations démocratiques de la population laborieuse. La défense des droits démocratiques incombe à la classe ouvrière comme partie intégrante d’une lutte révolutionnaire indépendante pour le socialisme et le pouvoir ouvrier.

Durant des décennies, les gouvernements successifs de Colombo recoururent à une discrimination anti-tamoule et à des pogroms pour diviser les travailleurs et étouffer toute contestation à leur régime. Mais, la voie de la guerre n’était pas inévitable. Les trotskystes du Parti bolchevique léniniste indien (BLPI) s’étaient opposés à la division communautariste aux mains de la bourgeoisie sri lankaise en luttant sur la base d’un programme socialiste international pour l’unification de la classe ouvrière au Sri Lanka et sur tout le sous-continent indien. La liquidation du BLPI qui devint le Lanka Sama Samaja Party et la dégénérescence et la trahison du LSSP qui s’ensuivirent lorsque celui-ci entra dans le gouvernement bourgeois du Parti de la liberté du Sri Lanka (SLFP) de Sirima Bandaranaike en 1964, suscitèrent une grande confusion au sein de la classe ouvrière et permirent à la politique communautariste de se développer.

En 1972, le deuxième gouvernement de coalition SLFP-LSSP-CP attisa des tensions communautaristes en imposant une constitution qui fit du bouddhisme la religion d’Etat et qui fit régner la discrimination contre les Tamouls sur le marché de l’emploi, l’éducation et les affaires. Cherchant désespérément à diviser l’opposition contre son programme régressif et favorable au marché, le gouvernement UNP qui s’ensuivit enchaîna les provocations anti-tamoules qui culminèrent dans le pogrom de 1983 qui marqua le début du conflit. Tant le SLFP que l’UNP poursuivirent impitoyablement la guerre qui s’acheva en 2009 par un bain de sang qui coûta la vie à des dizaines de milliers de civils.

La défaite du LTTE n’était pas due, en premier lieu, à sa faiblesse militaire mais fut la conséquence des défauts inhérents à son programme de séparatisme tamoul. Dès le départ, son objectif était de se tailler un Etat capitaliste dans le nord et l’est de l’île, avec le soutien de l’Inde et d’autres puissances . L’accord indo-sri lankais de 1987, qui établit le système de Conseil provincial, fut une révélation dévastatrice du LTTE et de tous les groupes armés tamouls qui avaient mis leur confiance dans le gouvernement indien et les « gardiens de la paix. » Dès le début, le but de New Delhi était de réprimer l’insurrection tamoule qui menaçait de provoquer des troubles en Inde. Et cependant, le LTTE n’a rien appris de cette expérience amère et a continué à se tourner vers la bourgeoisie indienne en quête de soutien.

Le LTTE ne s’est jamais orienté vers la classe ouvrière, l’unique force sociale capable de mener une lutte pour les droits démocratiques. Il s'est farouchement opposé à toute tentative d’unifier les travailleurs tamouls et cinghalais, imputant au « peuple cinghalais » dans son ensemble les crimes commis par les gouvernements de Colombo. Ses attentats-suicide aveugles contre des civils cinghalais ont directement fait le jeu de l’establishment de Colombo et aggravé la fracture communautariste. A l’intérieur du territoire qu’il contrôle, le LTTE a de plus en plus fréquemment utilisé des méthodes de gouvernance antidémocratique. En conséquence, au moment où en 2009 ses moyens de défense s’effondraient, le LTTE a été incapable d’adresser le moindre appel aux masses tamoules, et encore moins à la classe ouvrière de l’île et internationalement. Il a été réduit à lancer des appels vains à la « communauté internationale », c’est-à-dire à ces mêmes puissances même qui avaient soutenu, aidé et armé l’armée sri lankaise.

Le SEP est l’unique parti qui s’est résolument opposé à la guerre civile menée par les gouvernements successifs de Colombo en exigeant un retrait inconditionnel des troupes du nord et de l’est du pays. Nous avons systématiquement lutté pour unir la classe ouvrière contre toutes les formes de nationalisme et de chauvinisme dans une lutte pour une république socialiste du Sri Lanka et de l’Eelam, participant de l’union des républiques socialiste d’Asie du sud et internationalement.

Soutenez la campagne du SEP

Le SEP appelle les travailleurs et les jeunes à voter pour nos candidats. Mais avant tout, notre campagne vise à mobiliser la classe ouvrière et les masses opprimées, indépendamment de toutes les factions de la bourgeoisie, dans une lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan et pour l’application d’une politique socialiste.

Les luttes des classes sont déjà en train d’apparaître. Le gouvernement doit faire face à une résistance populaire grandissante, à des grèves et à des protestations, des travailleurs du secteur public au sujet de revendications salariales, des fermiers opposés à la suppression des subventions aux engrais et des pêcheurs contre l’augmentation des prix du carburant. Les étudiants ont manifesté contre les attaques visant l’enseignement gratuit. La réaction du gouvernement a été d’essayer d’attiser le chauvinisme anti-tamoul et anti-musulman dans le but de diviser et de détourner l’opposition en recourant à des mesures d’Etat policier qui ont été établies au cours de décennies de guerre pour éliminer toute résistance.

L’opposition exprimée par les travailleurs du Sri Lanka pour défendre leurs droits fondamentaux fait partie d’une résistance internationale grandissante, de grèves et de luttes révolutionnaires de la classe ouvrière, en premier lieu en Egypte. Malgré leur détermination et leur envergure, ces luttes des classes ont toutefois révélé la crise profonde de la perspective politique existant au sein de la classe ouvrière. En l’absence d’une direction révolutionnaire consciente, la classe ouvrière a été repoussée tandis que les classes dirigeantes et leurs partis politiques ont été en mesure de sauvegarder et de maintenir leur régime grâce à l’aide de diverses organisations de pseudo-gauche tels SYRIZA en Grèce et les Socialistes révolutionnaires en Egypte.

La campagne électorale du SEP au Sri Lanka fait partie d’une lutte coordonnée qui est menée de concert avec nos partis frères du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), parti mondial de la révolution socialiste, qui a pour but avant tout de promouvoir le programme socialiste et internationaliste sur lequel la nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière doit se construire.

La Revolutionary Communist League (RCL), prédécesseur du SEP, avait été fondée en 1968 en opposition à la trahison du LSSP et dans le but de mener à bien la lutte du CIQI en faveur du programme scientifique et de la perspective du trotskysme, c’est-à-dire du marxisme révolutionnaire, contre le stalinisme et toutes les formes d’opportunisme national.

Nous appelons les travailleurs, les jeunes et les intellectuels à soutenir notre campagne de toutes les manières possibles.

Le SEP exige:

. le retrait de l’armée du nord et de l’est du pays!

. une lutte unifiée des travailleurs cinghalais, tamouls et musulmans afin de rassembler toutes les masses opprimées pour la mise en place d’une république socialiste du Sri Lanka et de l’Eelam !

. A bas la ruée belliciste américaine ! Oui à l’union des républiques socialistes d’Asie du sud et internationalement !

. Votez pour le SEP et participez à la construction du Comité international de la Quatrième Internationale en tant que parti mondial de la révolution socialiste !

(Article original paru le 20 août 2013)