Le SEP sri lankais se présentera aux élections régionales à Jaffna

Par Socialist Equality Party du Sri Lanka
12 août 2013

Le Socialist Equality Party (SEP) du Sri Lanka se présente dans la circonscription de Jaffna pour les élections au Conseil provincial de la Province du Nord qui auront lieu le 21 septembre. Les élections pour les provinces du Centre et du Nord-Ouest auront lieu le même jour.

A l'opposé des nombreux autres partis politiques et groupes indépendants se présentant, le SEP est leur seul parti qui défend un programme socialiste international contre le militarisme et qui défend les droits démocratiques et le niveau de vie de la classe ouvrière et des masses opprimées.

Afin de remplir les conditions de participation aux élections, le SEP présente une liste de 19 candidats emmenée par Thirugnanam Sampanthar, un membre de longue date du parti.

Le SEP utilisera ces élections pour expliquer les questions politiques essentielles qui se posent à la classe ouvrière. En réaction à une crise montante du capitalisme mondial, le gouvernement du président Mahinda Rajapakse, comme ses homologues sur toute la planète, cherche à imposer une contre-révolution sociale aux travailleurs et aux jeunes.

En même temps, le Sri Lanka est de plus en plus aspiré dans le tourbillon des conflits géopolitiques entre les puissances mondiales et régionales. Le moteur principal en est le « pivot vers l'Asie » du gouvernement Obama qui vise à saper l'influence chinoise et à préparer une guerre des États-Unis contre la Chine.

Pour imposer sa politique, le président Mahinda Rajapakse se prépare à utiliser contre la classe ouvrière l'appareil, construit au cours des décennies de guerre ethnique, qui est celui d'un Etat policier. Les provinces du Nord et de l'Est, ravagées par la guerre, sont toujours occupées par l'armée plus de quatre ans après la défaite du LTTE (Tigres de la libération de l'Eelam tamoul). L'armée a pénétré dans tous les aspects de la vie civile, y compris dans le contrôle des activités économiques.

Rajapakse ne voulait pas organiser d'élections dans la Province du Nord à dominante tamoule. Son gouvernement s'appuie sur l'armée et des alliés cingalais chauvins qui sont profondément opposés à toute concession à l'élite tamoule. Le président n'a organisé des élections que sous la pression des États-Unis, de l'Inde, du Japon et des autres puissances.

Les États-Unis et l'Inde ne se soucient pas des droits démocratiques des tamouls au Sri Lanka. Ils ont soutenu la guerre ethnique de Rajapakse et ont couvert les atrocités de l'armée et ses crimes de guerre. Les États-Unis n'ont commencé à soulever la question des « droits de l'Homme » que lorsque la défaite du LTTE est devenue imminente, comme un moyen d'obliger le gouvernement Rajapakse à prendre ses distances vis-à-vis de la Chine.

L'Inde n'a fait pression pour qu'il y ait des élections dans la Province du Nord que pour tenter de calmer la colère, devant le traitement infligé aux Tamouls sri lankais, de l'opinion publique dans sa province du Nadu tamoul, dans le sud du pays. New Delhi a également fait pression sur Rajapakse pour qu'il retarde ses projets de suppression des pouvoirs du Conseil provincial en matière de police et de droit rural, projets qui font partie des demandes des partis chauvins cingalais.

La décision du gouvernement d'organiser des élections dans les provinces du Centre et du Nord-Ouest aussi tôt est une manœuvre politique. En remportant ces deux élections par tous les moyens imaginables, Rajapakse pourra prétendre avoir reçu un mandat populaire pour mener sa politique. Il se servira d'une victoire aux élections pour justifier sa politique d'austérité dictée par le Fonds monétaire international.

Le gouvernement Rajapakse, qui a été politiquement responsable de la mort de dizaines de milliers de civils dans les derniers mois de la guerre civile, est particulièrement haï parmi les travailleurs, les paysans et les jeunes du Nord. Il aura recours à n'importe quel moyen, dont la violence, pour fragiliser ses opposants politiques. Son partenaire dans la coalition, le Parti démocratique du peuple de l'Eelam (Eelam People's Democratic Party - EPDP), est bien connu pour son usage de nervis armés, qui opèrent à Jaffna avec le soutien tacite de l'armée.

Le Congrès musulman du Sri Lanka fait également partie de la coalition de Rajapakse, mais il se présente sur une liste distincte pour les élections – un signe des failles de plus en plus importantes au sein du gouvernement. Rajapakse et son frère, le ministre de la défense Gotabhaya Rajapakse, ont accordé leur patronage à des organisations cingalaises bouddhistes extrémistes comme le Bodu Bala Sena et le Sinhala Ravaya qui mènent une campagne chauvine contre les musulmans.

Le parti d'opposition Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) se présente également aux élections. Le JVP est un parti cingalais extrémiste qui a soutenu la reprise de la guerre contre le LTTE par Rajapakse en 2006, qui a voté les budgets de guerre du gouvernement et soutenu toutes les mesures anti-démocratiques contre les masses tamoules.

Le principal parti d'opposition au Nord est l'Alliance nationale tamoule (TNA), une coalition de partis tamouls bourgeois. Avec le soutien des États-Unis, de l'Inde et des autres puissances, le TNA cherche désespérément un accord sur le partage du pouvoir à Colombo. Son objectif est de protéger les intérêts économiques et politiques de la bourgeoisie tamoule, et non les droits démocratiques des masses tamoules.

Le TNA présente le juge à la Cour suprême CV Wigneswaram, comme candidat au poste de chef de l'exécutif de la province. Wigneswaram fait partie de la haute société de Colombo et n'était pas membre du TNA jusqu'au mois dernier. La direction du TNA a calculé qu'en présentant Wigneswaram elle peut se distancer de son soutien passé au LTTE et présenter un visage acceptable aux puissances internationales et au gouvernement de Colombo.

Le parti d'opposition de droite UNP (United National Party), qui a la responsabilité du déclenchement de la guerre civile en 1983 et a soutenu sa reprise par Rajapakse en 2006, est également présent aux élections. L'UNP s'appuie sur le soutien fervent qu'il reçoit des partis de la pseudo-gauche comme le NSSP (Nava Sama Samaja Party) et l'USP (United Socialist Party). Le but de cette soi-disant « opposition commune » est d'obscurcir le long passé de violations des droits démocratiques et de réformes libérales de l'UNP.

Le NSSP et l'USP aident également le TNA en répandant des illusions dangereuses sur l'impérialisme américain qui, selon eux, va défendre les droits des masses tamoules. Ces organisations soutiennent l'appel du TNA à un transfert du pouvoir aux Conseils provinciaux, présenté comme la base d'un arrangement sur le partage du pouvoir entre les élites dirigeantes cingalaise et tamoule. Les deux groupes présentent des candidats dans la Province du Nord.

Le SEP insiste auprès de la classe ouvrière pour qu'elle rejette les manœuvres de toutes ces factions de la classe dirigeante ainsi que celles des partis de la pseudo-gauche qui se font leurs défenseurs. Tout en demandant le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les troupes du Nord et de l'Est de l'île, le SEP insiste sur le fait que les droits démocratiques des travailleurs dans leur ensemble – cingalais, tamouls et musulmans – ne peuvent être défendus que dans le cadre d'une lutte unifiée pour un gouvernement des travailleurs et des paysans qui appliquerait une politique socialiste.

Dans les semaines à venir, les équipes du SEP feront campagne le plus largement possible parmi les travailleurs, les paysans et les jeunes pour le programme d'une République socialiste du Sri Lanka et de l'Eelam comme partie d'une lutte plus large pour les Etats socialistes unis d'Asie du Sud et au niveau international. Nous appelons tous ceux qui soutiennent ce programme à participer activement à notre campagne et surtout à rejoindre et construire le SEP, le parti révolutionnaire dont ils ont besoin pour les luttes à venir. Nous appelons également à des dons généreux pour constituer le fonds électoral de 500 000 roupies du parti (2846 euros).

(Article original paru le 5 août 2013)