Le suspect des attentats de Boston capturé après la prise de contrôle de la ville par l'armée et la police

Par Alex Lantier et Kate Randall
23 avril 2013

Dzhokhar Tsarnaev, un suspect dans les attentats du lundi 15 avril sur la ligne d'arrivée du Marathon de Boston, a été capturé le 19 avril après une énorme chasse à l'homme menée par les forces de l'ordre. Des milliers de soldats de la Garde nationale, d'agents du FBI et d'autres services fédéraux, ainsi que des policiers de l'état et de la ville ont placé Boston dans un état de siège, après que Dzhokhar, 19 ans, et son frère Tamerlan, 26 ans, aient été engagés dans un échange de tirs avec la police.

En l’espace de quelques heures, une des principales villes des États-Unis a été transformée en un quasi-camp militaire et placée sous l'équivalent de la loi martiale. L'énorme ampleur de la mobilisation militaire et policière – complète avec des hélicoptères Black Hawk, des véhicules blindés armés de mitrailleuses et des équipes du SWAT [interventions spéciales de la police] pointant leurs armes automatiques – semblait largement disproportionnée face à la menace posée par un adolescent.

Le gouverneur de Massachusetts Deval Patrick, un Démocrate, a publié un ordre de « confinement » vendredi matin, arrêté les transports publics, et recommandé la fermeture des entreprises. D'après cet ordre de « confinement », les résidents de Boston devaient rester à l'intérieur avec leurs portes fermées et sans ouvrir à personne à part un officier de police dûment identifié. L'ordre a été progressivement étendu à une zone de 260 kilomètres carrés, regroupant approximativement 1 million de personnes.

La police sur la voie publique à Boston [Photo: Vjeran Pavic]

Des troupes lourdement armées quadrillaient les rues vides de la ville. Les journalistes locaux comparaient la scène aux images de Bagdad sous l'occupation américaine.

En particulier à Watertown, la police a fouillé chaque maison, procèdant aux investigations en ayant toujours leurs armes prêtes à l'emploi. Le New York Times commentait, « Watertown s'est trouvé dans une combinaison étrange de ville fantôme et d'état policier vendredi matin. »

Les lignes de bus entre New York et Boston ont été fermées, et les trains au Nord de New York aussi. Les taxis ont été interdits en ville le matin. Les matchs de hockey des Boston Bruins et de baseball des Red Sox ont été annulés.

Des zones universitaires – dont Harvard, le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l'université de Boston, celle de Suffolk, et le Boston College and University of Massachusetts-Boston – ont été fermés. Celle de Dartmouth, où le plus jeune des suspects était étudiant, a été fermée et évacuée, certains étudiants n'ayant nulle part où aller se retrouvant hébergés au lycée local. Les écoles publiques du secteur étaient déjà fermées pour les vacances.

Tard jeudi 18 avril, la police a publié des vidéos de caméras de sécurité montrant les suspects laissant des sacs près de la scène de l'attentat. D'après les autorités, les frères Tsarnaev ont volé un 4x4 Mercedes tard dans la nuit du jeudi 18, et la police les a poursuivis en direction de Watertown, une banlieue au Nord de Boston. Tamerlan a été mortellement blessé au cours d'un échange de tirs avec la police, durant lequel il aurait lancé des explosifs, il est décédé à l'hôpital Beth Israel Deaconess à 1h 35 le vendredi matin. Dzhokhar est parvenu à s'enfuir de la scène de la fusillade.

D'après les premiers reportages, la police avait identifié les frères Tsarnaev comme suspects d'après des vidéos d'un cambriolage dans une épicerie à 10h du soir jeudi. Peu après, un agent de sécurité universitaire au MIT, Sean Collier, a été trouvé mort, abattu au volant de sa voiture de service. Un agent de sécurité des transports en commun a également été trouvé sérieusement blessé.

Dans un entretien accordé à Russia Today, la mère des frères, Zubeidat Tsarnaev, a dit qu'elle croit que ses fils ont été « piégés. » Elle a affirmé que le FBI avait « contrôlé » son fils Tamerlan durant une période de 3 à 5 ans, surveillant ses accès Internet et lui rendant visite chez lui à plusieurs reprises pour l'interroger.

Le 19 avril, le FBI a confirmé qu'il avait interrogé Tamerlan Tsarnaev en 2011 à la demande d'un gouvernement étranger qu'il n'a pas cité.

Les rues du centre-ville de Boston sont désertes durant l'état de siège [Photo: Brian Birne]

Les Bostoniens se sont vu dire que l'ordre de « confinement » était nécessaire parce qu'ils devaient à tout prix éviter Dzhokhar Tsarnaev, qui était décrit comme « armé et dangereux. » Le 19 avril à 6h de l'après-midi, cependant, le gouverneur du Massachusetts a soudainement retiré cet ordre lors d'une conférence de presse où se trouvaient le maire de Boston, Thomas Menino, et le colonel Timothy Alben de la Police du Massachusetts, alors qu'ils n'avaient pas encore interpellé Tsarnaev ni aucun autre suspect. Ils n'ont pas expliqué pourquoi ils considéraient les rues comme étant plus sûres après cette conférence de presse qu'après.

Alben a également contredit les premières informations selon lesquelles les frères Tsarnaev étaient responsables du cambriolage dans une épicerie.

Peu après que l’ordre de « confinement » ait été levé pourtant, Dzhokhar Tsarnaev a été trouvé caché sous une bâche dans un bateau dans le jardin d'un particulier à Watertown, couvert de sang. Les forces spéciales de la police ont été appelées, ont établi un périmètre, et tirés une série de coups vers Tsarnaev avant de l'emmener en détention et de le placer dans une ambulance. Il serait dans un état critique.

Plus tard ce jour-là, les chaînes de télévision ont montré un grand nombre de gens quittant leurs foyers rassurés et fêtant l’événement dans les rues de Boston.

En menant cet exercice extraordinaire et sinistre digne d'un état policier, le gouvernement Obama, l'armée, la police et les responsables au niveau de l'état du Massachusetts et de la ville se sont appuyés sur les médias pour créer un climat de peur et d'anxiété afin de décourager toute réflexion du public sur ses implications à long terme.

Sans nier le caractère horrible des crimes que constituent les attentats de Boston, ces implications sont très sérieuses. La mobilisation impressionnante de la police et de l'armée était clairement le résultat d’une préparation et d’une coordination sur des années entre diverses agences de l'armée, des services de renseignements et de la police et qui ont été développées sans relâche dans la décennie écoulée depuis les attentats du 9/11. Il est maintenant clair que, sur simple ordre de leur part, il est possible de placer une grande ville américaine sous ce que l'on aurait appelé un état de siège si cela c'était produit dans une dictature militaire d'Amérique latine.

Les événements de Boston ont révélé à quel degré la société américaine a été radicalement militarisée derrière un vernis démocratique de plus en plus érodé.

(Article original paru le 20 avril 2013)