Il faut soutenir les travailleurs de l’usine Chrysler de Dundee, au Michigan

Par Barry Grey
28 août 2012

Le Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) et le World Socialist Web Site appellent les travailleurs à travers l’ensemble des Etats-Unis et internationalement à soutenir la position prise par les travailleurs de l’usine de fabrication de moteurs Chrysler de Dundee, au Michigan. Au début du mois, les travailleurs ont voté à une majorité écrasante contre l’accord traître négocié par le syndicat des Travailleurs unis de l’automobile, (United Auto Workers, (UAW) et ils résistent aux tentatives du syndicat d'imposer cet accord.

Cet accord ignore toutes les craintes soulevées par les travailleurs qui sont obligés de travailler par plages de douze heures, sept jours sur sept. La moitié des membres de la section 723 du syndicat UAW sont des travailleurs nouvellement embauchés. Ceci signifie que, sous les termes de la réduction des salaires imposés en 2009, suite au renflouement de Chrysler et de General Motors imposé par gouvernement Obama avec le soutien de l’UAW, ils débutent avec un salaire quasiment de misère de 14,65 dollars de l’heure.

L’UAW a même fait pire que cette grille des salaires à deux niveaux. Il a permis à Chrysler d’exploiter une catégorie distincte de travailleurs contractuels de l’usine de Dundee qui ont démarré à 9 dollars de l’heure et en ne recevant pratiquement rien comme prestations sociales. Eux aussi doivent adhérer à l’UAW et voir leur salaire dérisoire davantage érodé par le prélèvement automatique de cotisations qui vont dans les coffres de l’appareil syndical.

La répudiation de l’accord par les travailleurs de l’usine de Dundee fait partie intégrante d’un mouvement international grandissant des travailleurs contre les vieilles organisations syndicales. Il y a des décennies que les syndicats officiels ont cessé de défendre les intérêts des travailleurs et s’alignent de plus en plus directement sur les entreprises et l’Etat capitaliste, en collaborant aux attaques contre les emplois, les salaires, les prestations et les conditions de travail.

En réaction à la crise mondiale déclenchée par le krach de Wall Street en septembre 2008, l’élite financière-patronale de chaque pays est en train d’appliquer une contre-révolution sociale visant à révoquer tous les acquis gagnés par les travailleurs au cours du 20ème siècle. L’opposition croissante des travailleurs à cet assaut est en train d’entrer en collision frontale avec les organisations droitières et anti-classe ouvrière qui prétendent les représenter. Les travailleurs tendent de plus en plus à considérer les syndicats officiels tels que l’UAW comme leurs ennemis, au même titre que les entreprises.

Ce conflit a jusqu’ici trouvé son expression la plus nette dans les événements survenus ce mois-ci en Afrique du Sud où le syndicat des mineurs (National Union of Mineworkers, NUM), qui s’est allié au gouvernement de l’African National Congress (ANC), a collaboré directement avec la police dans le massacre des mineurs grévistes de la mine de platine qui étaient organisés par un syndicat dissident. Le NUM ne se contente pas de défendre le massacre par le gouvernement de 34 travailleurs, mais il réclame une chasse aux sorcières pour détruire le syndicat rival et emprisonner les dirigeants combatifs de la grève.

Cet événement a démasqué les intérêts de classe irrémédiablement opposés représentés par les travailleurs d’un côté et les syndicats officiels de l’autre. Il a aussi démasqué les affirmations selon lesquelles ces organisations peuvent être réformées. Leur transformation en entités économiques (l’UAW possède 55 pour cent des actions de Chrysler) qui cherchent obtenir une part des profits extraits de la sueur des travailleurs est la conséquence d’un processus historique, et pas simplement de la corruption subjective des différents bureaucrates syndicaux. L'adoption universelle par les syndicats de partenariats syndicats-patronat est le résultat de leur caractère et de leur programme nationaux dans une situation de mondialisation capitaliste de la production.

La plus grande crainte de la classe dirigeante est que les travailleurs se libèrent eux-mêmes de la mainmise de ces organisations et entreprennent une lutte indépendante pour la défense de leurs droits sociaux fondamentaux. Une telle lutte rendra rapidement nécessaire l’unité de la classe ouvrière et une offensive politique et révolutionnaire dirigée contre le système capitaliste.

Aux Etats-Unis, les travailleurs de l’automobile entrent de plus en plus souvent en conflit avec l’UAW. Il y a deux ans, les travailleurs de l’usine GM d’emboutissage à Indianapolis avaient rejeté l’exigence de l’UAW qu’ils acceptent une réduction de 50 pour cent des salaires. Une partie des travailleurs mirent sur pied un comité des travailleurs indépendant de l’UAW pour combattre les tentatives du syndicat de leur imposer une baisse de salaire.

Peu après, les travailleurs de l’usine GM de Lake Orion, dans la banlieue de Detroit, se sont révoltés contre l’imposition par l’UAW d’une réduction de 50 pour cent des salaires sans même la tenue d'un vote.

Le SEP et le WSWS soutiennent pleinement le mouvement des travailleurs contre l’UAW. Nous appelons les travailleurs à rompre avec cette agence des entreprises et du gouvernement afin de construire de nouveaux organismes démocratiques de lutte. Il faut mettre en place des comités de lutte des travailleurs, en excluant l'UAW et ses représentants, comités qui sont déterminés à défendre les emplois, les salaires, les prestations sociales et les conditions de travail et qui sont implacablement opposés à la subordination des besoins des travailleurs de l’automobile aux exigences de profit des entreprises.

La lutte pour cette perspective requiert une lutte contre une variété d’organisations pseudo-gauches petites bourgeoises telles l’International Socialist Organization (ISO) aux Etats-Unis et qui défendent les syndicats officiels et exigent que les travailleurs s’assujettissent à l’appareil syndical. Le point de vue social et politique qui sous-tend cette position est résumé de manière absolue dans un récent article par Jean Damu et publié dans le journal de « gauche » Counterpunch. L’article défend le gouvernement ANC et le NUM et promeut leur chasse aux sorcières contre les mineurs grévistes à la mine de platine.

Dans une défense en bloc des syndicats officiels, Damu prétend que « le syndicalisme double » est et a toujours été un instrument des patrons. L’histoire du mouvement ouvrier américain réfute cette affirmation.

L’UAW n’aurait jamais vu le jour si les travailleurs de l’automobile, des aciéries et autres industries de production de masse n’avaient pas fait scission dans les années 1930 du vieux syndicat artisanal dominé par la vieille Confédération syndicale américaine (American Federation of Labor, AFL) pour créer un nouveau mouvement, le Congrès des organisations industrielles (Congress of Industrial Organizations, CIO), afin d'organiser les travailleurs employés dans les industries de base.

L’établissement de l’UAW et du CIO avait requis des luttes quasi insurrectionnelles qui furent menées par des travailleurs guidés par des idées socialistes. Le mouvement fut toutefois interrompu par la bureaucratie syndicale qui le subordonna au Parti démocrate et aux intérêts de politique intérieure et extérieure de la classe dirigeante américaine. Après la Deuxième Guerre mondiale, le CIO et l’AFL se livrèrent à une chasse aux sorcières anticommuniste afin de purger les syndicats des forces combatives et militantes qui avaient été le fer de lance des batailles menées durant la décennie précédente.

L’abolition du « syndicalisme double » lors de la fusion en 1955 de l’AFL et du CIO sur la base de la collaboration de classe sur le plan national et de l’anticommunisme de la guerre froide sur le plan extérieur, a tracé la voie qui a conduit dans les années qui suivirent à l’effondrement du mouvement ouvrier et à la transformation des syndicats en instruments de répression et d’appauvrissement des travailleurs.

La construction de nouvelles organisations de lutte ouvrière doit être reliée à une nouvelle stratégie politique. La fin de l’UAW en tant qu’organisation ouvrière est inséparablement liée à son rejet du socialisme et à sa défense du système capitalisme. Ceci s’exprime politiquement dans son alliance avec le Parti démocrate et sa campagne actuelle menée pour la réélection d’Obama.

La tâche fondamentale à laquelle la classe ouvrière est confrontée est la construction de son propre parti politique de masse, un parti qui lutte pour un programme socialiste, comprenant l'expropriation des fortunes des banquiers et des PDGs et la nationalisation des grandes entreprises et des grandes banques en les plaçant sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière.

Le Socialist Equality Party participe aux élections de 2012 pour lutter pour ce programme en opposition aux Démocrates et aux Républicains et pour construire une nouvelle direction socialiste au sein de la classe ouvrière. Pour de plus amples renseignements contacter : socialequality.com.

(Article original paru le 27 août 2012)