À temps partiel aux États-Unis

Par Kate Randall
24 juillet 2012

Selon le département du Travail des États-Unis, le nombre de demandes d’emploi a augmenté la semaine passée de 34.000 pour atteindre 386.000 en données désaisonnalisées. Le taux de chômage officiel américain est resté stable en juin à 8,2 pour cent pour le 41e mois consécutif où il se situe juste au-dessus de 8 pour cent.

Tous les signes laissent présager un ralentissement continu de l’économie américaine alors que le chômage de longue durée persiste. Seuls 80.000 emplois sont venus s’ajouter le mois dernier à la masse salariale, moins que les économistes avaient prévu et le troisième mois consécutif de croissance de l’emploi inférieure à 100.000.

Même ces chiffres mornes donnent toutefois un tableau plus optimiste que la réalité. Plus de 8 millions d’Américains travaillent à temps partiel, non pas par choix, mais parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à plein temps. Le nombre de travailleurs à temps partiel involontaires a augmenté de plus d’un demi-million rien que depuis mars. Ces « sous-employés » sont cependant comptabilisés comme des actifs.

Alors qu’aux États-Unis 2 millions de travailleurs de plus sont employés qu’en juin 2002, il y a actuellement 4 millions de travailleurs à temps partiel de plus qu’il y a dix ans. Et, même en comptabilisant ces 4 millions de travailleurs à temps partiel, il y a 4 millions de personnes en plus au chômage maintenant qu’il y a dix ans.

Ceci signifie qu’il y a 2 millions de moins de travailleurs à plein temps qu’en 2002, un changement sans précédent. Au cours de cette dernière décennie, il y a eu ce qui ne peut être décrit que comme un changement radical de la composition de la main-d’oeuvre américaine alors que les employeurs ont pris une décision délibérée de faire travailler davantage de salariés à temps partiel au lieu de les embaucher à temps plein.

En juin 2002, selon le Bureau des statistiques du travail (Bureau of Labor Statistics, BLS), 8.210.000 personnes ne travaillaient qu’entre 1 à 34 heures par semaine pour des « raisons économiques », en incluant le « travail à temps partiel ou des conditions économiques défavorables, l’incapacité de trouver un emploi à plein temps, ou une baisse saisonnière de la demande ». Les employés du gouvernement, les travailleurs du secteur privé et les travailleurs agricoles sont tous compris dans ce chiffre.

Depuis que les autorités, il y a trois ans, ont partout claironné la fin de la récession, les travailleurs à temps partiel sont devenus, dans la supposée reprise, l’un des piliers de la croissance timide des emplois en s’alignant aux côtés des intérimaires et des travailleurs contractuels, des travailleurs de l’automobile et autres dont les salaires ont été réduits de moitié, ainsi que des travailleurs trimant plus longtemps pour des salaires moindres.

Suite à la crise économique qui a éclaté en 2008, les entreprises sont confortablement assises sur une montagne d’argent thésaurisé s’élevant à des milliers de milliards de dollars et refusent de faire le moindre investissement pour créer des emplois. Le plan de relance minimum du gouvernement Obama s’est tari depuis longtemps et les gouvernements d’État et municipaux licencient les travailleurs par centaines de milliers. Lorsque des entreprises recrutent, elles font de plus en plus appel à des travailleurs à temps partiel, à des intérimaires et à des travailleurs contractuels.

Un récent article paru dans le Wall Street JournalIt’s Good Work if You Can Get It—and Especially if You Can Keep It ») fait état d’avantages pour les employeurs qui embauchent des travailleurs à temps partiel. « Pour les sociétés, le fait de recruter des travailleurs à temps partiel et des sous-traitants leur permet de faire valoir de multiples avantages. Les travailleurs à temps partiel ne bénéficient en général pas des prestations de soins de santé ou autres, en les rendant ainsi moins chers, et il est en général plus facile de les licencier si les choses vont mal pour l’entreprise. »

Le Wall Street Journal cite Brett Good, le directeur régional de la société de recrutement Robert Half International, qui a remarqué que le recrutement temporaire de travailleurs ou sur la base de projets particuliers « confère aux entreprises plus de flexibilité ». Il a ajouté, « C’est la mentalité “essayer avant d’acheter”. » 

Pour le nombre croissant de travailleurs intérimaires, toutefois, le nombre d’heures de travail réduit, le manque de prestation et la précarité de l’emploi forcent de plus en plus de gens à s’endetter, à voir leur logement saisi et à sombrer dans la misère.

Les jeunes ont été les plus durement touchés par le développement du travail à temps partiel. Selon un récent rapport du Centre John J. Heldrich pour le perfectionnement de la main-d’oeuvre (John J. Heldrich Center for Workforce Development) de l’université Rugers dans le New Jersey, seuls 16 pour cent de ceux qui avaient obtenu leur diplôme d’études secondaires en 2009-2011 et qui ne sont pas allés à l’université ont été employés à plein temps. 22 pour cent de plus ont travaillé à temps partiel, en grande partie parce qu’ils n’ont pu trouver un emploi à plein temps.

Selon le BLS, même si les travailleurs à temps partiel ont tendance à être plus jeunes que ceux travaillant à plein temps, et qu’ils sont concentrés dans des secteurs industriels tels le commerce de détail, les services sociaux et la restauration, des travailleurs de tous les secteurs de l’économie et de tous les groupes d’âge sont représentés. Un nombre disproportionné et grandissant de travailleurs à temps partiel sont des travailleurs plus âgés, sur le point de prendre leur retraite, ou qui ont perdu leur emploi en ne pouvant trouver que du travail à temps partiel.

Les travailleurs à temps partiel sont souvent obligés d’avoir deux ou plusieurs emplois. En juillet 2011, quelque 6,8 millions de gens ont cumulé plusieurs emplois, faisant la navette d’un emploi à temps partiel à bas salaire à un autre, et ne disposant que peu de temps à consacrer à leur famille ou à d’autres activités. Bien qu’occupant plusieurs emplois, la majorité de ces travailleurs ne bénéficie toujours pas de prestations médicales ou autres.

Tandis que la main-d’oeuvre à temps partiel augmente, les entreprises font produire davantage aux travailleurs à plein temps, tout en réduisant les coûts. Avec le soutien des syndicats et de la Maison-Blanche, des salaires de misère sont imposés à des couches de plus en vastes de la main-d’oeuvre américaine. La conséquence directe du renflouement de l’industrie automobile en 2009 a fait, par exemple, que Chrysler fut en mesure de réduire ses coûts de main-d’oeuvre de 35 pour cent entre 2006 et 2010.

Selon des chiffres publiés en juin par la Réserve fédérale, le salaire médian réel des travailleurs américains a baissé de 7,7 pour cent entre 2007 et 2010. La vision de la « relocalisation » du gouvernement Obama concrétise une nouvelle détérioration des salaires et des conditions de travail des travailleurs américains alors que les entreprises cherchent à imposer à des sections plus larges de la population travailleuse les réductions de salaire du type de celles appliquées dans l’industrie automobile.

L’extension du travail partiel est un élément clé de la décision du patronat et du gouvernement d’imposer ces conditions. Les travailleurs à temps partiel – dont un grand nombre occupent deux emplois ou plus, sans bénéficier d’avantages sociaux – sont dressés contre les travailleurs à plein temps qui travaillent plus durement pour des salaires moindres et qui doivent aussi faire face à la menace constante de perdre leur emploi.

L’incapacité du système capitaliste et de ses représentants politiques au sein des deux partis propatronaux de fournir des emplois à plein temps décemment payés est un réquisitoire contre le système de profit. Le droit à un emploi – l’un des droits sociaux les plus fondamentaux – ne peut être défendu que par le rejet du programme pro-capitaliste à la fois des démocrates et des républicains en construisant un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière basé sur un programme socialiste.

Le Parti de l’égalité socialiste (Socialist Equality Party, SEP) et nos candidats, Jerry White et Phyllis Scherrer, participent à l’élection présidentielle de 2012 pour soumettre un tel programme socialiste à un public le plus large possible. Nous invitons instamment tous les travailleurs, les étudiants et les jeunes à soutenir notre campagne et à s’impliquer. Pour de plus amples renseignements, visitez socialequality.com.

(Article original paru le 21 juillet 2012)