Le meurtre d’Oussama ben Laden

Par Patrick Martin et Alex Lantier
3 mai 2011

Le président Barack Obama a annoncé dimanche que les forces spéciales américaines avaient tué Oussama ben Laden, dirigeant de longue date d’Al Qaïda, lors d’une opération commando contre une résidence à Abbottabad, au Pakistan.

Obama a fait ce communiqué après 23.30 heures, heure de la côte Est des Etats-Unis, plus d’une heure après que les principales agences d’information eurent annoncé qu’il ferait d’ici quelques minutes une importante déclaration relative à la sécurité nationale.

La déclaration d’Obama a laissé sans réponses des questions cruciales et en a soulevé bien d'autres.

Tout d'abord, Obama a déclaré que « peu après avoir pris mes fonctions, j’ai instruit Leon Panetta, le directeur de la CIA, de faire de l’élimination ou de la capture de ben Laden la priorité de notre guerre contre Al Qaïda, alors même que nous continuions à mener des opérations plus larges pour détruire, démanteler et vaincre son réseau. »

En d’autres termes, Obama implique, sans fournir d’explication, qu’entre 2001 et son investiture en janvier 2009, la capture ou le meurtre de ben Laden n’avait pas été la priorité majeure de la « guerre contre le terrorisme. »

Ensuite, le lieu du meurtre de ben Laden est hautement significatif. Obama a déclaré que les services de renseignement américains « avaient localisé ben Laden se cachant dans un camp au plus profond du Pakistan. » Obama a ensuite identifié plus exactement l’emplacement comme étant Abbottabad. Il n’a pas expliqué que cette ville est située à une soixantaine de kilomètres de Rawalpindi, le centre de l’establishment militaire pakistanais, et à seulement quelques kilomètres d’Islamabad, la capitale du pays. Cela équivaut à un fugitif se cachant juste à côté d’un commissariat de police.

Obama n’a pas non plus décrit la nature du « camp. » Mais la presse dit à présent que « l’homme le plus recherché du monde » vivait dans un confortable manoir. De plus, la ville d’Abbottabad est située sur la Route N35, l'autoroute Karakoram, d’une importance stratégique, qui relie le Pakistan à la Chine.

Dans une autre remarque énigmatique, Obama a dit que « notre coopération anti-terroriste avec le Pakistan a contribué à nous mener à ben Laden et au camp où il se cachait. »

La conclusion évidente à en tirer est que ben Laden – comme beaucoup l’ont soupçonné – a bénéficié, du moins jusque tout récemment, d’un haut niveau de protection de la part de forces puissantes au sein du gouvernement pakistanais, des agences militaires et de renseignement.

Bien qu’Obama ait demandé au pays « de remercier les innombrables agents de renseignement et de contre-terrorisme qui ont travaillé sans relâche pour arriver à ce résultat, » l’élément majeur du meurtre de ben Laden a été manifestement un changement de position de ses protecteurs de longue date au sein de l’Etat pakistanais. Pour des raisons qui finiront par apparaître, le régime pakistanais a décidé de se débarrasser de ben Laden.

Les faits extraordinaires concernant le lieu où se trouvait ben Laden tournent en dérision l’affirmation d’Obama selon laquelle les Etats-Unis « sont entrés en guerre contre Al Qaïda pour protéger nos citoyens, nos amis et leurs alliés. » Non, ce n'est pas vrai.

Tandis que le supposé cerveau terroriste était protégé par l’Etat pakistanais, allié crucial dans la « guerre contre le terrorisme, » les Etats-Unis ont déployé durant ces dix dernières années une énorme force armée en Afghanistan. Cette force armée a été triplée depuis l’entrée en fonctions d’Obama.

Rien dans les remarques d’Obama n’a laissé entendre que le meurtre de ben Laden entraînera un changement significatif de la politique étrangère américaine – et encore moins la fin de l’expansion incessante des interventions militaires.

Les trois guerres dans lesquelles les Etats-Unis sont actuellement engagés– en Afghanistan, en Irak et en Libye – n’on rien à voir avec la lutte contre Al Quaïda et la capture de ben Laden. Le régime de Saddam Hussein en Irak, pays que les Etats-Unis ont envahi en 2003, et le régime de Mouammar Kadhafi en Libye, pays actuellement bombardé par les forces américaines et de l’OTAN, étaient tous deux opposés à Al Qaïda. En Afghanistan, les forces d’Al Qaïda sont politiquement et militairement insignifiantes.

Le discours d’Obama et les commentaires de presse cherchaient tous deux clairement à mobiliser un soutien public pour des guerres qui sont devenues profondément impopulaires. Obama a demandé aux Américains de « se rappeler le sentiment d’unité qui a prédominé après les événements du 11 septembre 2001. Je sais que de temps à autre il a faibli. » Les commentateurs de presse ont à plusieurs reprises exprimé l’espoir que le meurtre de ben Laden rétablira le moral des soldats combattant en Afghanistan et justifier la perte de milliers de vies humaines. »

Ben Laden est, de façon indélébile, lié à un crime monstrueux, le meurtre, le 11 septembre 2001, de près de 3.000 personnes, la plupart mortes lors de la destruction des tours du World Trade Center à New York City, ainsi que lors d’autres attentats terroristes sanglants partout dans le monde. Mais, il n’a pas été la cause de l’explosion du militarisme américain qui a suivi les attentats du 11 septembre, il n'en a été que le prétexte.

Une chose est certaine: le meurtre de ben Laden ne mettra fin ni à la « guerre contre le terrorisme » pour laquelle il a servi de bête noire, ni aux guerres impérialistes en Afghanistan, en Irak et en Libye où les forces armées américaines ont été déployées pour garantir des positions stratégiques et des ressources pétrolières qui sont d’un intérêt vital pour l’impérialisme américain.

(Article original paru le 2 mai 2011)