Avant le sommet à Bruxelles, l’UE intensifie l’attaque contre les réfugiés

Par Alexandre Lantier
29 juin 2018

Avant l’ouverture du sommet de l’Union européenne (UE) à Bruxelles, les puissances européennes rivalisent entre elles pour formuler la politique la plus réactionnaire contre les réfugiés.

Mardi, l’Autriche a mobilisé une large force de gendarmes lourdement armés, de blindés et d’hélicoptères pour boucler sa frontière avec la Slovénie. Alors que Vienne se prépare à assumer la présidence de l’UE, elle signale que l’UE intensifiera les attaques déjà en cours contre les réfugiés.

Après que l’Italie a refusé l’asile aux 629 hommes, femmes et enfants désespérés à bord l’Aquarius, on a appris que 220 réfugiés étaient morts noyés en Méditerranée au large de la Libye. Le ministère de l’Intérieur néo-fasciste Matteo Salvini a réagi en refusant au navire Lifeline la permission d’entrer dans un port italien. Les gardes-côte libyens, financés par l’UE, ont aussi intercepté des navires ayant à bord 460 réfugiés, qu’ils ont renvoyés dans des camps en Libye.

Dans ces camps établis par l’UE après la guerre de l’OTAN en 2011 contre la Libye, des dizaines de milliers d’innocents vivent un cauchemar affreux. L’ONU et Amnesty International ont fait savoir que les détenus y sont battus, violés, vendus en tant qu’esclaves, et même assassinés. Reprenant les positions de Paris, Salvini veut construire davantage de ces camps, alors que l’UE travaille avec la Turquie et d’autres pays pour détenir des millions de réfugiés qui fuient les guerres en Irak et en Syrie.

L’UE fait pression sur ces pays pour commettre des atrocités pour décourager les migrations. Ces 14 derniers mois, l’Algérie a forcé plus de 13 000 réfugiés africains à retraverser le Sahara vers le Sud à pied. Beaucoup, y compris des femmes et des enfants, sont morts. La cheffe de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a réagi en promettant plus de fonds pour « trier les migrants » en Afrique.

À présent, ces politiques doivent s’appliquer en Europe. Quand le mini-sommet de l’UE sur les migrations s’est terminé sans accord, plusieurs conceptions ont fait surface sur comment agrandir l’actuel réseau de camps « hot spot » en Italie et en Grèce. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a proposé d’installer des camps en Albanie et en Tunisie ; Paris et Madrid ont proposé des « centres de détention clos » dans les principaux pays européens.

Après avoir promis d’expulser 600 000 personnes, Salvini se prépare à déporter d’Italie toute l’ethnie Rom, que les nazis avaient déjà tenté d’exterminer. Il a dit vouloir les déporter, même si « malheureusement, il faut garder ceux d’entre eux qui sont Italiens. »

Des millions de personnes à travers le monde sont horrifiées par ce traitement barbare des réfugiés. La bourgeoisie européenne revient à des politiques de terreur de masse et de nettoyage ethnique à une échelle que l’on n’a pas vu en Europe depuis l’ère nazie. Pour combattre cette offensive, toutefois, il faut une perspective et une stratégie révolutionnaires. Les appels moraux aux éléments de l’élite dirigeante, qui soutient unanimement la persécution des réfugiés, ne feront rien pour résoudre une crise qui ressort de la crise du capitalisme mondial.

Pour repousser cette offensive fascisante, il s’agit de mobiliser la classe ouvrière internationale de manière indépendante, sur un programme socialiste et anti-guerre.

La crise actuelle des réfugiés est la plus sérieuse depuis la Deuxième Guerre mondiale. Elle ressort d’un quart de siècle de guerres néocoloniales et d’interventions au Moyen-Orient et en Afrique, depuis la dissolution stalinienne de l’URSS en 1991. Guerres qui sont menées malgré une large opposition populaire. Plus de 60 millions de personnes ont fui les guerres en Irak, aux Balkans, en Syrie, en Libye, au Mali et au Sahel.

Avec l’émergence de conflits inter-impérialistes entre Washington et l’UE, la crise a atteint un nouveau stade. Après l’effondrement du G7 suite au lancement d’une guerre commerciale par les autorités américaines et européennes, l’UE veut devenir un rival militaire des États-Unis, de la Russie et de la Chine. Ce virage vers un militarisme débridé et la formation de blocs commerciaux qui divisent l’économie mondiale va de pair avec les attaques contre les droits démocratiques.

Un sursaut politique est nécessaire : comme dans les années 1930, les politiques fascisantes visent non pas les seuls réfugiés mais toute la classe ouvrière. L’année dernière, le sondage « Génération What » mené par l’UE a découvert qu’une majorité de jeunes Européens refuseraient de rejoindre l’armée mais rejoindraient un « soulèvement de masse ». Si les travailleurs permettent à l’UE de consolider ses camps de concentration et ses polices, cet appareil sévira contre l’opposition politique parmi les travailleurs.

Les travailleurs européens se mobilisent contre l’austérité, qui vise à rediriger des centaines de milliards d’euros vers l’armée. Les cheminots, les travailleurs d’Air France et les travailleurs de l’énergie en France, les métallos allemands et turcs, et les travailleurs aériens et de la distribution en Espagne font grève. Le tournant de l’UE vers l’extrême-droite est un signe. La question qui se pose est : quelle classe dirigera ? Il est urgent d’unifier les mouvements à travers l’Europe en une lutte commune pour le pouvoir.

Pour mener cette lutte, il faut s’opposer aux syndicats et aux partis petits-bourgeois en Europe, tels que Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, le NPA en France, et Die Linke en Allemagne. Ayant traité les guerres impérialistes en Libye et en Syrie de « révolutions démocratiques », ils s’alignent à présent sur la politique anti-immigré de l’UE quand ils ne la mènent pas activement.

Le gouvernement Syriza dirige les « hot spots » en Grèce, Podemos en Espagne est le principal soutien du gouvernement social-démocrate minoritaire qui, après avoir accueilli l’Aquarius, insiste que l’Espagne ne sera pas le refuge européen des immigrés qui fuiraient les persécutions ailleurs en Europe.

Pour s’opposer à l’offensive de l’UE, il s’agit pour les travailleurs de bâtir des organisations indépendantes sur les lieux de travail et dans les quartiers populaires afin de coordonner l’opposition et les grèves contre les attaques contre les immigrés. La défense de droits fondamentaux nécessite :

*Le démantèlement des camps de rétention au Moyen-Orient et en Afrique, le retrait des troupes européennes et américaines de ces régions, et le passage des réfugiés en toute liberté vers Europe.

*Le démantèlement des « hot spots » en Europe, et la régularisation des réfugiés et des sans-papiers.

*L’abolition de Frontex, la police aux frontières de l’UE.

*Le refus de la coopération avec les déportations et avec toute politique préparant le nettoyage ethnique.

*La dépense de milliers de milliards d’euros sur les services publics, les formations et des emplois pour tous les travailleurs, immigrés ou de souche. Il s’agit d’exproprier les richesses gaspillées lors des sauvetages des banques, et de les utiliser afin de subvenir aux besoins légitimes des masses travailleuses.

La classe ouvrière, qui entre en lutte avec une bourgeoisie qui se rue vers l’extrême-droite, n’aura d’autre choix que d’emprunter la voie révolutionnaire. Ces événements détruisent les mythes selon lesquels la dissolution stalinienne de l’URSS et la formation de l’UE ont mis fin à l’ère de révolutions et de guerres que fut le 20e siècle. Un retour aux traditions de lutte irréconciliable incarnées par la révolution d’octobre 1917 et la lutte contre le fascisme est essentiel pour empêcher de nouvelles catastrophes au 21e siècle.

Avant tout, la tâche critique et l’unification internationale des travailleurs dans une lutte révolutionnaire pour le socialisme. En Europe, ceci signifie le renversement de l’UE capitaliste et son remplacement par les États-Unis socialistes d’Europe.