Des travailleurs d’un restaurant Wendy’s du Wisconsin débrayent et exigent un salaire décent

Par Jacob Crosse
11 juin 2018

Le 31 mai, huit travailleurs ont fermé un restaurant Wendy's dans le village de Weston, juste à l'extérieur de Wausau, au Wisconsin. Collectivement, les travailleurs ont décidé qu'ils ne pouvaient plus tolérer des conditions de travail dangereuses, des salaires bas et des heures excessives.

Les travailleurs ont laissé une lettre à la direction pour expliquer pourquoi ils ont quitté le travail. «En raison du refus de cette société de payer un salaire décent et de régler les problèmes avant qu'il ne soit trop tard, les employés que vous auriez vu aujourd'hui ont tous quitté le travail. Nous vous souhaitons la meilleure des chances». La note a été signée: «L'équipe de Wendy’s».

La Wendy's Company, qui gère les franchises de la chaîne internationale de restauration rapide, a réalisé un chiffre d'affaires de 1,4 milliard de dollars en 2017. Todd A. Penegor, président et chef de la direction de Wendy, a dépassé les 5 millions de dollars en 2016. Cela prendrait à un «membre d’équipe» de Wendy's à Weston, payé 8 $ l'heure, environ 308 ans pour gagner le même montant. Plus de 77% des restaurants de Wendy's ne sont pas directement détenus par l'entreprise, mais comme c'est courant dans l'industrie de la restauration hyperexploitante, ils sont détenus par des franchisés.

Le restaurant Wendy’s à Weston, dans le Wisconsin, appartient à Starboard Group Management, situé à Coral Springs, en Floride. Starboard Group exploite 180 restaurants à travers les États-Unis avec 5 restaurants au Brésil, et revendique fièrement des ventes annuelles de 260 millions de dollars sur son site Web. Ni la direction de Starboard Group, ni son PDG, Andrew Levy, n'ont formellement répondu aux demandes des travailleurs ou aux demandes des médias de commenter le geste de revendication des travailleurs.

L'industrie de la restauration rapide aux États-Unis compte actuellement 3,65 millions de travailleurs, parmi les plus exploités du pays. Beaucoup de ces travailleurs sont forcés de travailler à temps partiel, de manière irrégulière et pendant de longues heures, et ont peu ou pas d'avantages sociaux.

Isis Hunter, âgée de 19 ans, l'une des huit travailleuses Wendy’s de Weston qui a débrayé, a expliqué à la presse la lutte qu'elle avait menée pour aller à l'école tout en travaillant des heures excessives. Alors qu'elle fréquentait le Wausau High School, Hunter travaillait souvent chez Wendy’s jusqu'à minuit et avait du mal à trouver un moyen de transport pour rentrer chez elle à la fin de son quart de travail. «Et vers la fin du semestre», a-t-elle dit au USA Today, «il est arrivé un point où j'ai choisi le sommeil au lieu d'aller à l'école».

Incapable de combler les postes vacants, la directrice adjointe, Kimberly Manteuffel, a été forcée de programmer des journées de 12 heures aux employés et à elle-même et parfois pendant 14 jours de suite. En rejoignant sa fille Isis dans l’arrêt de travail, Manteuffel a expliqué l'indifférence de l'entreprise aux demandes modestes des travailleurs, telles que l'embauche d'un nombre suffisant d'employés. Manteuffel a déclaré que plus de 30 employés avaient démissionné au cours des six derniers mois, invoquant des salaires insoutenables et des conditions de travail dangereuses comme principaux motifs de départ.

Nathan Brown, un ancien employé de dix-huit ans, a montré aux journalistes des marques de brûlures d'huile sur ses bras, causées par une friteuse défectueuse. D'autres travailleurs, contraints de rester debout douze à quatorze heures par jour, ont dû se faire soigner pour des douleurs dorsales et thoraciques.

La lutte de Manteuffel pour diriger le restaurant a finalement atteint un point de rupture la semaine dernière. Ses appels répétés à la direction, leur demandant une augmentation salariale pour les employés, même à son détriment, ont été laissés sans réponse. Après le départ des employés, Manteuffel a déclaré à USA Today qu'elle avait reçu des textos du directeur du district l'implorant de retourner dans la «famille Wendy’s» et offrant aux employés une augmentation insultante d'un dollar. Manteuffel n'a pas fait confiance aux offres de la direction, notant que dans le passé les augmentations promises ont pris des mois à se concrétiser, voire ne l’étaient jamais.

Alors que les travailleurs sont obligés de sacrifier leur santé et leur travail pour une entreprise indifférente à leur vie, l'industrie est «en plein essor». Les ventes de la restauration rapide sont estimées à plus de 200 milliards de dollars aux États-Unis et 570 milliards de dollars à travers le monde en 2018. Alors que les travailleurs génèrent d’immenses revenus pour ces restaurants, leur salaire demeure incroyablement bas.

Selon un rapport de Statista, la rémunération moyenne d'un travailleur de la restauration rapide à temps plein est seulement de 13.501 $. Le revenu généré par employé de la restauration rapide est quant à lui de 55.650 $, soit plus de quatre fois leur rémunération. Ce maigre salaire oblige les travailleurs à demander l'aide du gouvernement pour répondre à leurs besoins fondamentaux. On estime que plus de 50% des employés de la restauration rapide, soit près de 2 millions de personnes, utilisent des programmes d'assistance publique.

La position courageuse des travailleurs de Wendy’s au Wisconsin souligne l'opposition croissante de larges sections de travailleurs qui ont vu leur niveau de vie baisser pendant des décennies. Comme chez les enseignants et les travailleurs de l'automobile, ces travailleurs sont déterminés à se lever et à se battre pour de meilleures conditions de travail, une rémunération équitable et des avantages sociaux. Le soutien aux actions des travailleurs de Wendy’s était visible sur les médias sociaux: des lecteurs leur ont exprimé leur soutien et écrit qu’ils étaient d’accord avec leurs demandes.

Pendant ce temps, l'Union internationale des employés des services (SEIU) a cherché à canaliser la rébellion à Weston derrière la campagne frauduleuse du «Combat pour 15$» (Fight for Fifteen) et l'impasse du Parti démocrate.

Alors que les travailleurs de la restauration rapide veulent de plus en plus lutter contre leurs conditions d'hyperexploitation, le SEIU n'a pas l'intention de lutter pour une expansion du niveau de vie de ces travailleurs. Comme tous les autres syndicats aujourd'hui, le SEIU cherche à augmenter sa base de cotisations tout en travaillant en tant qu’associé de la direction dans l'exploitation de ces travailleurs.

Les emplois à bas salaires se sont multipliés à travers les États-Unis à la suite de la crise financière de 2008 et du renflouement des banques qui a entraîné un gigantesque transfert de richesse de la classe ouvrière à l'aristocratie financière. L'administration Obama et le Parti démocrate ont joué un rôle de premier plan dans ce processus en travaillant en étroite collaboration avec les syndicats, qui ont artificiellement réprimé les grèves.

Malgré les efforts des syndicats et du Parti démocrate pour saboter et contenir la lutte des classes, les travailleurs entrent de plus en plus en conflit avec ces organisations. Les travailleurs de l'industrie de la restauration rapide, tout autant que les enseignants, les travailleurs de l'automobile, les travailleurs des transports en commun et d'autres encore, font face à la même agression contre leur niveau de vie. Ce qu'il faut, c'est l'unification de toutes ces luttes, en opposition aux syndicats et aux partis des grandes entreprises, dans la lutte pour les intérêts de toute la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 8 juin 2018)