L’oligarchie francaise accueille favorablement les mémoires de Jean-Marie Le Pen

Par Francis Dubois
2 mars 2018

La sortie en librairie jeudi 1er mars des mémoires de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national (FN) néofasciste et père de son actuelle présidente Marine Le Pen, a sucité une véritable promotion du livre par les médias patronaux français. On assiste à une vaste une opération de réhabilitation du régime collaborationniste de Vichy, de défense de la torture et des crimes de l’impérialisme français, et une tentative de minimiser l’Holocauste en falsifiant l’histoire.

Si la publication du livre a été confiée à un petit éditeur ultra conservateur qui «partage les valeurs nationales au cœur de l’engagement politique de Jean-Marie Le Pen» selon un de ses conseillers, c’est bien la presse et les médias grand publics bourgeois qui en on fait la promotion, en publiant de larges extraits et donnant interviews et publicité à son auteur.

Les extraits publiés avant la sortie du livre présentent le pétainiste ex-partisan de l’Organisation armée secrète, anticommuniste viscéral et fondateur du principal parti d'extrême-droite en France comme un observateur politique crédible de l’après-guerre.

Journaux et magazines à grand tirage reprennent à leur compte l’image de personnage proche du peuple, humain et cultivé, «féru de poésie», que Le Pen veut donner de lui-même. Le Point en fait sa Une et le qualifie de «metteur en scène de lui même [qui] tient à révéler au fil des pages un personnage moins connu du grand public, plus humain, plus romantique, moins éructant». Le Parisien parle, lui, de «récit aux allures de roman picaresque, dans lequel il prend particulièrement soin de narrer ses aventures militaires, quitte parfois à les enjoliver.»

Un politicien dont la falsification historique, l’antisémitisme et la négation des crimes nazis constituent le fonds de commerce, condamné maintes fois à cet effet par des tribunaux est maintenant présenté comme un «honnête homme», voire un «fils du peuple». Pourquoi?

Il est impossible de répondre à cette question sans prendre en compte les besoins politiques actuels de l'impérialisme français ainsi que la dégénérescence du capitalisme à l'échelle mondiale.

Alors que l’oligarchie financière française développe avec le nouvel axe militaire franco-allemand une politique de guerre néocoloniale au Moyen Orient et même de guerre entre grandes puissances, elle retourne à ses «fondamentaux», la dictature collaborationniste de Vichy et les guerres coloniales, surtout celle d’Algérie. Il lui faut aussi pour préparer la prochaine guerre, surmonter la résistance d’une population hostile à la guerre et falsifier l’histoire des crimes passés.

Les mémoires d'un Le Pen chantant les louanges de l'armée coloniale et de ses méthodes, défenseur de Vichy et falsificateur historique en grand, remplissent cette fonction.

Tout comme des professeurs allemands justifient et minimisent ses crimes de la Deuxième Guerre mondiale afin de réhabiliter le militarisme et Hitler, la bourgeoisie française tente de laver sa participation à l’Holocauste et ses crimes coloniaux.

Les pages des mémoires de Le Pen sont remplies d'hymnes à la gloire de l'impérialisme français en Indochine et en Algérie, et dont il se présente comme un partisan dévoué et inconditionnel. En 1960 déjà, bien avant la fondation du FN en 1972, au moment où l'OAS renforçait ses actions terroristes en Algérie et dans la métropole, Le Pen avait fondé «Le Front national pour l'Algérie française».

Les justifications cyniques par Le Pen de la torture utilisée massivement par l’armée française en Algérie sont reproduites complaisamment par Le Point qui le cite ainsi: «On a parlé de torture. On a flétri ceux qui l’avaient pratiquée. L’armée française revenait d’Indochine. Là-bas, elle avait vu des violences horribles qui passent l’imagination et font paraître l’arrachage d’un ongle pour presque humain... Cette horreur, notre mission était d’y mettre fin. ... Alors oui, l’armée française a bien pratiqué la question pour obtenir des informations durant la bataille d’Alger, mais les moyens qu’elle employa furent les moins violents possibles… rien qui touche à l’intégrité physique.»

Un autre thème mis en exergue par Le Point est la défense du régime de Vichy et de la collaboration avec le IIIe Reich. Reprenant le mythe répandu après la guerre d‘un Pétain voulant «protéger» les Français, Le Pen insiste que le régime de Pétain était un régime «légal et légitime, il avait passé avec le Reich un acte régulier et contraignant». « Le Maréchal avait l’écrasante responsabilité de s’en accommoder [de l'armistice] pour permettre à quarante millions de compatriotes de survivre» écrit-il. «Que l’on puisse discuter ensuite de la politique de collaboration, de ses fautes, de ses excès, à condition qu’on examine les fautes et les excès de tous, je le veux bien, mais cela ne remet pas en cause ce que je viens de décrire», dit-il encore cherchant à minimiser les crimes du régime.

Fondé en 1972, le FN a des liens directs avec le Parti populaire français (PPF) fasciste de Jacques Doriot un des piliers de la collaboration avec le Troisième Reich. Parmi ses dirigeants de la première heure se trouvent des gens comme Victor Barthélémy, l’ex-secrétaire général du PPF dont la participation à la Rafle du Vel d’Hiv est documentée, et qui sera secrétaire général du nouveau parti. Dans sa direction figurent d’autres ex-membres du PPF comme André Dufraisse, membre de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF). Un autre proche de Le Pen est Paul Malaguti, le «massacreur de Cannes» qui travailla pour la Gestapo de Cannes et sera responsable des finances du FN. Parmi les autres membres fondateurs, on trouve Henry Coston, qui avait créé les «jeunesses anti-juives» en 1930, et en 1933 un parti politique explicitement national-socialiste, Francois Brigneau du Rassemblement national populaire de Marcel Déat ou encore l'ex-Waffen SS et premier trésorier du FN Pierre Bousquet.

Une marque de fabrique de l’ex-dirigeant néo-fasciste est sa négation de l’Holocauste et ses déclarations antisémites. Dans les interviews accordées à l’occasion de la sortie de son livre il a réaffirmé que les «chambres à gaz» étaient «un détail de l’histoire», propos pour lesquels il avait été condamné en mars 2017. Il a encore déclaré cyniquement il y a quelques jours dans une interview qu’il «reconnaîtrait peut-être la Shoah» dans le deuxième tome de ses mémoires et qu’il n’avait pas à s’excuser de ses déclarations précédentes: « Je n'ai pas à demander pardon à qui que ce soit. Je peux avoir de la compassion pour ceux qui ont souffert, comme moi d'ailleurs, de la guerre.»

En rapportant favorablement les thèses de Le Pen, Le Point et toute une partie de la presse bourgeoise apportent leur pierre à l’opération de réhabilitation de l’impérialisme français et du régime de Vichy durant la Deuxième Guerre mondiale dont a absolument besoin l’oligarchie financière française. Les travailleurs et les jeunes rejetteront avec mépris ces tentatives.