Dans la dernière victoire de l’extrême droite, les néo-fascistes progressent dans les élections en Autriche

Par Peter Schwarz
18 octobre 2017

Le résultat de l’élection autrichienne du week-end dernier suit une tendance internationale. Malgré la crise la plus profonde du capitalisme mondial depuis la Grande Dépression des années 1930 et le danger croissant d’une nouvelle guerre mondiale, les partis d’extrême droite montent en puissance tandis que les partis de la « gauche » officielle subissent des défaites successives.

La montée de Jarosław Kaczyński en Pologne et de Viktor Orbán en Hongrie ; le rôle de premier plan de l’UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni) anti-immigrés lors du référendum sur le Brexit en Grande-Bretagne ; la victoire de Donald Trump aux États-Unis ; l’arrivée en deuxième place du Front national dans les présidentielles françaises ; et l’entrée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite au Parlement allemand font tous partie de ce processus.

Fin 2016, les partis traditionnels du pouvoir et les commentateurs médiatiques en Europe ont exalté la victoire étroite dans l’élection présidentielle autrichienne d’Alexander Van der Bellen contre Nobert Hofer, candidat du Parti de la liberté autrichien (FPÖ) d’extrême droite, comme preuve que l’ascension de l’extrême-droite reculait.

Au lieu de cela, le FPÖ a progressé de façon significative lors des élections générales de dimanche, arrivant en deuxième place devant le Parti populaire conservateur (ÖVP). Les néo-fascistes sont maintenant prêts à entrer dans le gouvernement en coalition avec les conservateurs. Parallèlement, les partis de droite de l’establishment et ceux qui se disent de gauche ont tous adopté le programme anti-immigrants et chauvin du FPÖ.

Sebastian Kurz de l’ÖVP a conduit cet « écart du chemin traditionnel des démocrates – chrétiens vers les marges de droite », comme le Berlin Tagesspiegel l’a décrit. « Les positions de Kurz et du FPÖ populiste de droite ne se démarquent pour l’essentiel que dans les détails », ajoute le journal.

Les sociaux-démocrates autrichiens, qui ont terminé en troisième place, rivalisent avec les conservateurs pour attirer les néo-fascistes. Après le scrutin de dimanche, le chancelier fédéral Christian Kern du Parti social-démocrate (SPÖ) a renouvelé la proposition de son parti d’un gouvernement de coalition avec le FPÖ.

Quelle est la raison de la montée des partis d’extrême droite à travers l’Europe ? La réponse se trouve moins dans leur politique que dans celle de la supposée « gauche ».

Le SPÖ a depuis longtemps cessé d’être un parti de réforme sociale. C’est un parti bourgeois et pro-impérialiste dont le rôle est de défendre les intérêts du capital autrichien contre ses rivaux internationaux et sa propre classe ouvrière. En tant que PDG du système ferroviaire autrichien, Kern était un dirigeant d’entreprise, avec un salaire de 700 000 euros, avant d’assumer la direction du SPÖ et le poste de chancelier l’été dernier.

Les sociaux-démocrates travaillent en étroite collaboration avec la bureaucratie syndicale, qui fonctionne comme le bras droit du patronat, chargée de réprimer toute résistance ouvrière aux attaques contre l’emploi et les salaires, et de promouvoir le nationalisme économique pour bloquer la solidarité à l’échelle européenne et internationale. La branche syndicale du SPÖ a mené la campagne au sein du parti pour la collaboration avec les néo-fascistes.

Les sociaux-démocrates (et le Parti démocrate aux États-Unis) sont entourés par une pléthore de satellites pseudo-gauches qui, à l’instar des Verts, ont leur origine dans le mouvement de protestation des étudiants des années 1960 et représentent les intérêts des couches de la classe moyenne aisée.

Ce n’est pas que la masse des travailleurs soutienne les politiques racistes et fascistes. Au contraire, il y a beaucoup de signes de radicalisation politique à gauche, de montée du sentiment anticapitaliste et de relance de la lutte des classes. Aux États-Unis, 13 millions de personnes, principalement des jeunes et des travailleurs, ont voté l’année dernière aux élections primaires démocrates pour un candidat qu’ils croyaient socialiste, Bernie Sanders, pour finalement voir ce fonctionnaire de longue date au service des démocrates apporter son soutien à la candidate de Wall Street et de la CIA, Hillary Clinton.

Et en mai, une majorité de personnes de 18 à 35 ans interrogées par l’Union of European Broadcasters (Union européenne de radio-télévision) ont déclaré qu’elles participeraient à un « soulèvement à grande échelle » contre le statu quo. Neuf jeunes sur dix interrogés dans le cadre de l’enquête ont déclaré être d’accord sur le fait que « les banques et l’argent gouvernent le monde » et la même marge a indiqué que « l’écart entre les riches et les pauvres » se creuse.

Les victoires électorales de la droite sont en grande partie le résultat de la désertion massive des partis « travaillistes » et sociaux-démocrates qui, depuis des décennies, se sont dissociés de toute opposition au capitalisme et ont abandonné toute orientation vers la classe ouvrière ou les questions auxquelles les travailleurs sont confrontés. Au lieu de cela, ils ont promu la politique fondée sur l’identité ethnique et le genre, qui sert à enrichir une mince élite privilégiée parmi les minorités ethniques et les femmes, tandis que les masses de travailleurs de toutes ethnies subissent des attaques implacables contre leur niveau de vie.

De plus, les travailleurs savent pertinemment que ces partis sont complices dans l’imposition des politiques d’austérité exigées par les banques et les grandes entreprises.

La capacité des partis d’extrême droite à obtenir une audience plus large pour les politiques anti-immigrés et racistes est le résultat de l’absence de tout mouvement progressiste exprimant le mécontentement social au sein de l’establishment politique. L’extrême droite se renforce par défaut, à mesure que tout le spectre politique bourgeois, y compris les organisations de pseudo-gauche, vire furieusement à droite.

L’indifférence et l’hostilité du SPÖ, des syndicats et de la pseudo-gauche aux intérêts sociaux de la classe ouvrière ont créé un vide politique qui est comblé par l’extrême droite avec ses slogans démagogiques. L’agitation contre les réfugiés et les musulmans a dominé toute la campagne électorale autrichienne. Ils sont des boucs émissaires pour tous les problèmes sociaux imaginables – le chômage, la réduction des salaires, l’érosion des soins de santé – pour lesquels aucun parti traditionnel ne propose une solution progressiste.

L’Autriche a été considérée comme un modèle de pays social-démocrate jusqu’aux années 1980. Il y a eu des avancées sociales dans les domaines du logement social, de la prévoyance vieillesse, etc. Mais tout cela a été de plus en plus sacrifié à mesure que les entreprises et les banques autrichiennes se sont efforcées de devenir compétitives sur le marché mondial aux dépens de la classe ouvrière. La restauration capitaliste en Europe de l’Est et la création d’un vaste réservoir de main-d’œuvre bon marché dans des régions à faibles taux d’imposition gouvernés par d’anciens bureaucrates staliniens transformés en oligarques capitalistes ont stimulé cette offensive.

Vienne est à moins de 100 kilomètres des frontières avec la Hongrie et la Slovaquie, où le salaire moyen ne représente qu’un tiers de celui qui prévaut en Autriche. Les États fédéraux du Burgenland et de la Carinthie, deux bastions du FPÖ, bordent la Hongrie et la Slovénie.

Ces disparités sociales ont engendré des tensions et des angoisses sociales qui se sont intensifiées lorsque, à l’été 2015, des dizaines de milliers de réfugiés sont arrivés en Autriche via la route des Balkans. Ils fuyaient les guerres menées par les États-Unis et leurs alliés européens qui avaient détruit de grandes parties du Moyen-Orient. Au début, ils ont été accueillis avec une compassion populaire. Mais les conservateurs et les sociaux-démocrates ont adopté la xénophobie du FPÖ dans un effort pour canaliser le mécontentement social dans une direction réactionnaire.

Des millions de travailleurs et de jeunes cherchent un moyen de riposter et de défendre leurs intérêts sociaux. Ce qui est nécessaire, c’est la construction d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière, qui mobilise la résistance aux attaques sociales, à la guerre et à la dictature sur la base d’une perspective socialiste. Il est nécessaire de construire un parti qui défend inconditionnellement les droits démocratiques de tous les travailleurs, natifs et migrants, et qui unit la classe ouvrière contre toutes les divisions nationales et ethniques. Ce parti est le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections nationales, les Partis de l’égalité socialiste.

(Article paru en anglais le 17 octobre 2017)