Les menaces de Trump contre l’Iran aggravent les tensions germano-américaines

Par Johannes Stern
16 octobre 2017

Dans un discours militariste à la Maison Blanche, le président américain Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions contre l’Iran et a menacé de mettre fin à l’accord nucléaire de 2015 avec le pays. « L’Iran ne respecte pas l’esprit de l’accord », a déclaré Trump vendredi. En conséquence, il y aura de nouvelles « sanctions sévères » imposées à la Garde révolutionnaire iranienne, décrite par Trump comme une « force terroriste corrompue ».

Le gouvernement des États-Unis ne certifiera pas une nouvelle fois l’accord négocié en 2015 et laissera au Congrès le soin de le « renforcer ». Si l’Iran ne s’entend pas avec le Congrès américain et d’autres, Washington mettra fin à l’accord. L’accord « fait l’objet d’un examen permanent », a averti Trump, « notre participation peut être annulée par moi, en tant que président, à tout moment. Comme nous l’avons vu en Corée du Nord, plus nous ignorons une menace, plus cette menace devient dangereuse ».

L’action agressive de Trump contre l’Iran a suscité de fortes réactions à Berlin. Peu de temps après le discours de Trump, le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, est intervenu devant les caméras pour déclarer : « C’est un signe problématique et, selon nous, dangereux. L’accord conclu avec l’Iran montre pour la première fois qu’il est possible d’empêcher la guerre par des négociations et, surtout, d’empêcher un pays d’acquérir des armes nucléaires. »

Gabriel, ainsi que d’autres personnalités politiques et médiatiques, ont déjà mis en garde contre les lourdes conséquences militaires, politiques et économiques qui pourraient suivre une telle mesure. « Une résiliation de l’accord iranien ferait du Moyen-Orient un foyer de crise », a déclaré Gabriel dans un entretien accordé à Redaktionsnetzwerk Deutschland.

Interrogé pour savoir si Trump jouait avec « la paix mondiale en Iran », Gabriel a répondu : « Ce serait un coup dévastateur pour le désarmement nucléaire. Certains États pourraient voir la rupture de l’accord iranien comme un signe qu’ils devraient acquérir des armes nucléaires aussi rapidement que possible. »

Il s’agit de « beaucoup plus que l’Iran », a ajouté Gabriel. « Il serait totalement futile de pousser la Corée du Nord vers l’adoption d’un traité de sécurité si l’accord iranien devait échouer ». Le monde ne serait « ni plus sûr ni plus pacifique si nous y remettons l’élément le plus dangereux, les armes nucléaires. » L’accord avec l’Iran ne doit « pas être abandonné », a ajouté Gabriel, car « la menace immédiate d’une nouvelle guerre reviendrait. »

Les avertissements de Gabriel n’ont rien à voir avec le pacifisme. En tant que principal porte-parole du militarisme allemand et européen, son objectif déclaré est la construction d’une armée européenne dominée par Berlin capable de faire valoir ses intérêts mondiaux indépendamment de l’OTAN et des États-Unis et, le cas échéant, contre ce dernier.

« La sécurité de l’Europe est de la responsabilité de l’Europe », écrit le social-démocrate Gabriel dans son dernier livre. « Nous devons devenir capables d’élaborer des stratégies et d’agir du point de vue de la politique étrangère et de sécurité, car elle est encore insuffisante. Cela implique de définir nos intérêts européens et de les articuler indépendamment des États-Unis. Nos intérêts à nous exigent aussi dans une certaine mesure une émancipation du cours tracé par Washington. »

Avec la nouvelle stratégie iranienne de Trump, Gabriel et de grandes sections de la classe dirigeante allemande pensent que le moment est venu de mettre en pratique cette aspiration. Il faut dire aux Américains « que leur comportement amène les Européens à une position commune avec la Russie et la Chine contre les États-Unis sur la question iranienne », explique Gabriel.

Comme l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, Pékin et Moscou sont signataires de l’accord d’Iran de 2015 et s’opposent à ce qu’il y soit mis fin. Même les politiciens et les représentants des médias qui ont été plutôt pro-américains et ont soutenu les guerres menées par les États-Unis, parlent maintenant ouvertement d’une rupture avec les États-Unis.

Le président de la commission des affaires étrangères du parlement allemand, Norbert Röttgen (Union chrétienne-démocrate, CDU) a déclaré à la ZDF-Morgenmagazin que Trump pose « la question du respect par les États-Unis » de l’accord. Röttgen a déclaré : « C’est très fondamental. Les Européens ne les suivront pas. Nous aurons un blocage transatlantique entre les États-Unis et l’Europe. »

L’article principal de la dernière édition de Die Zeit affirme que « les partenaires européens de l’Amérique, même les Britanniques, sont d’accord : l’accord doit être respecté. Si Trump le cassait, cela signifierait aussi une rupture avec ses partenaires. Les Européens doivent alors essayer seuls de maintenir le confinement diplomatique des fauteurs de troubles iraniens. Inévitablement sans l’Amérique – aux côtés de la Chine et de la Russie. "

Le ministère des Affaires étrangères allemand ne laisse aucun doute sur le fait que des conflits économiques et géostratégiques fondamentaux sont à l’origine de l’éclatement de l’alliance transatlantique. Interrogé pour savoir si la réponse à la politique iranienne de Trump était significativement plus d’investissements européens en Iran, Gabriel a répondu : « Oui. Mais si les États-Unis menacent les investissements en Iran avec des mesures punitives contre les entreprises concernées, alors il n’y aura pas grand-chose à faire avec l’investissement. Cela ne peut pas être dans nos intérêts. »

À l’instar de Paris et de Londres, Berlin a conclu des contrats d’une valeur de plusieurs milliards en Iran et considère que Trump est une menace pour ses efforts visant à développer de nouvelles ressources énergétiques et des marchés pour l’économie d’exportation allemande en Iran. En conséquence, l’économie allemande plaçait de grands espoirs dans l’accord iranien et la suspension des sanctions en janvier 2016. L’Association des chambres de commerce et d’industrie allemandes (DIHK) prévoyait un doublement des échanges de 2,4 milliards d’euros (2015) à 5 milliards d’euros sur deux ans, et dans les cinq ans une augmentation à 10 milliards d’euros.

Un retour au régime de sanctions dictées par les États-Unis serait « un coup dur pour les relations commerciales relancées de manière significative », a commenté Volker Treier, le chef du commerce extérieur du DIHK, à l’agence de presse allemande. L’économie allemande s’est « appuyée sur l’accord international et sur les nouvelles conditions de sanctions plus légères », a ajouté M. Treier. Après tout, l’Iran a la deuxième plus grande réserve de gaz naturel et la quatrième plus grande de pétrole au monde, et l’exploitation de ce potentiel serait « très difficile » sous de nouvelles sanctions.

La classe ouvrière ne doit pas sous-estimer ces développements dangereux. Comme dans la première moitié du siècle dernier, la concurrence entre les puissances impérialistes pour les marchés et les matières premières conduit une fois de plus à la guerre commerciale et aux conflits militaires. Seule une intervention politiquement consciente de la classe ouvrière s’appuyant sur un programme socialiste peut stopper les bellicistes et empêcher une autre catastrophe.

(Article paru en anglais le 14 octobre 2017)