La tirade de Trump à l’ONU et la logique de l’impérialisme

Par Bill Van Auken
23 septembre 2017

En 1938, Léon Trotsky a averti que l’impérialisme « marche maintenant les yeux fermés à la catastrophe économique et militaire ». Un an seulement après ces remarques, Hitler a déchaîné son armée contre une Pologne largement sans défenses et a mis en mouvement le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale impérialiste.

Les mots de Trotsky prennent une nouvelle pertinence à la suite de la tirade de Donald Trump aux Nations Unies, où le président américain menace ouvertement de lancer une guerre génocidaire, en utilisant des termes qui n’ont pas été entendus depuis les jours du Troisième Reich.

Si ne s’agissait de rien d’autre que du déchaînement d’un fou furieux, la menace de Trump de « détruire complètement » la Corée du Nord aurait été accueillie par un chœur de dénonciations dans les médias et dans tout l’établissement politique. Mais rien de ce genre n’a eu lieu. Ce qui est le plus frappant, c’est la douceur de la réponse, en particulier dans l’establishment politique américain et ses principaux médias. Dans la mesure où ce discours a rencontré des critiques, cela s’est traduit soit par la discussion de certains des excès rhétoriques les plus grotesques de Trump, soit en s’interrogeant sur l’intérêt tactique de son intervention.

Les menaces américaines contre la Corée du Nord se sont multipliées sans relâche tout au long de l’année. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas eu de discussion ni officielle ni publique sur les conséquences d’une guerre. Il n’y a pas eu de débat au Congrès sur la question, pas d’appel à des audiences ouvertes au Sénat, diffusées au public et, avant tout, aucune condamnation explicite et sans équivoque du gouvernement américain.

Il y a eu des études menées par l’armée américaine et ses groupes de réflexion associés qui fournissent des indications éclairantes de l’horreur qui s’ensuivrait. Le quotidien britannique le Telegraph cite des estimations que « la guerre conventionnelle pourrait coûter la vie à un million de personnes », alors que toute utilisation d’armes nucléaires multiplierait le nombre de morts par 10 ou plus.

Rob Givens, un général à la retraite qui a occupé le poste d’adjoint au chef d’état-major pour les opérations des États-Unis en Corée, a écrit : « nous infligerons 20 000 pertes au nord chaque jour de combat » tandis que la Corée du Nord « infligerait 20 000 victimes chaque jour rien qu’à Séoul au cours des premiers jours ». Le bilan des morts, a-t-il averti, serait sans commune mesure avec les millions de personnes tuées et mutilées pendant « nos 16 dernières années de combat actif au Moyen-Orient ».

Le magazine New Yorker contenait un article comprenant des projections de 10 000 morts à Séoul et un million dans toute la Corée du Sud rien que dans la première étape de la guerre, citant un général de l’armée américaine à la retraite comme avertissement : « La dévastation dans la péninsule serait désastreuse, tout simplement désastreuse […] Et si les États-Unis et la Chine entrent en guerre, personne ne pourra dire comment cela se terminera ».

L’article poursuit en citant Mark Fitzpatrick, directeur général du bureau de l’Institut international d’études stratégiques à Washington, qui a averti que même une défaite du régime nord-coréen ne créerait que les conditions d’une insurrection prolongée contre l’armée américaine qui éclipserait tout ce qu’on a vu en Irak ou en Afghanistan.

Le tourbillon déchaîné par une guerre contre la Corée du Nord ferait des États-Unis un paria mondial. Il déclencherait une vague de répulsion populaire dans le pays et dans le monde entier. Mais l’oligarchie financière et patronale, ainsi que ses représentants politiques, poursuivent leur programme militariste avec une combinaison d’imprudence et d’aveuglement.

Le discours de Trump, qui comprenait des menaces sauvages contre l’Iran et le Venezuela, est intervenu dans le contexte des manœuvres d’entraînement militaires les plus provocatrices jamais menés sur la péninsule coréenne, les bombardiers nucléaires américains B-1B et les avions de combat F-35 ont lâché des bombes près de la zone démilitarisée. En Europe, l’OTAN et la Russie mettent en scène des manœuvres simultanées et hostiles, tandis qu’en Syrie, les forces par procuration de Washington, aidés par des membres des forces spéciales américaines, sont au bord d’un affrontement militaire avec l’armée syrienne qui est soutenue par des forces spéciales russes dans la région désertique de Deir ez Zor à l’Est du pays.

Il ne s’agit plus de savoir si une nouvelle guerre mondiale et l’utilisation d’armes nucléaires sont possibles, mais plutôt de savoir quel conflit est susceptible d’en être le déclencheur parmi la myriade de conflits dans le monde.

Ce risque de guerre n’est pas sorti du cerveau malade de Donald Trump, mais de la logique de la crise du capitalisme américain et du monde, un système en crise fondé sur la propriété privée des moyens de production et la division du monde en États-nations concurrents.

Les menaces de génocide de Trump sont le produit final d’une évolution prolongée de l’impérialisme américain, qui s’est annoncée en 1945 comme la puissance impérialiste dominante par l’incinération des populations d’Hiroshima et de Nagasaki avec des armes nucléaires. Il a par la suite mené des guerres d’une violence vertigineuse en Corée du Nord et au Vietnam, tuant des millions de gens.

Au cours du dernier quart de siècle depuis la dissolution de l’Union soviétique, les États-Unis ont été pratiquement engagés dans une guerre perpétuelle alors que la classe dirigeante américaine, qu’elle soit représentée par des gouvernements démocrates ou républicains, cherchait à compenser le déclin de sa position économique dans les affaires du capitalisme mondial par la force des armes. Cette stratégie a produit une série d’échecs retentissants, de l’Afghanistan et l’Irak à la Libye et la Syrie.

Les débâcles successives du militarisme américain n’ont fait que rendre cette tendance guerrière encore plus frénétique, le regard du Pentagone se tourne de plus en plus des pays appauvris et largement sans défense vers les principaux rivaux régionaux et mondiaux de Washington. Cela remet en question des alliances qui remontent à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, telle que l’Allemagne, dont les relations avec les États-Unis se sont de plus en plus détériorées.

La question décisive aujourd’hui est l’intervention de la classe ouvrière dans la construction d’un mouvement contre la guerre.

Les événements sinistres de la semaine dernière ont confirmé de manière frappant la déclaration, publiée par le Comité international de la Quatrième Internationale en février 2016, « Le socialisme et de la lutte contre la guerre », qui a prévenu que « le monde entier est entraîné dans un tourbillon de violence impérialiste » et a élaboré les fondements politiques de la construction d’un nouveau mouvement anti-guerre de masse.

Le mouvement pour empêcher la guerre nécessite la mobilisation politique de la classe ouvrière américaine et internationale, en associant tous les éléments progressistes de la société sur la base d’un programme socialiste dirigé contre le système capitaliste qui est la cause fondamentale du militarisme et de la guerre.

(Article paru d’abord en anglais le 22 septembre 2017)